L'homme des jeux [The Player of Games - fr]
- Автор: Бэнкс Иэн М.
- Год: 1992
- Язык: французский
- Год: Robert Laffont
- ISBN: 2-221-06931-5
- Переводчик: Helene Collon
- Жанр: Космическая фантастика
Электронная книга - «L'homme des jeux [The Player of Games - fr]». Краткое содержание книги:
Le Contact, service de la Culture spécialisé dans l’évaluation et l’infiltration de civilisations étrangères nouvellement découvertes, considère l’Empire d’Azad, terrifiant de puissance et de cruauté, comme un danger potentiel. L’Empire repose, historiquement, sur un jeu infiniment complexe dont le gagnant devient Empereur.
Si bien que Gurgeh, contre son gré, manipulé mais fasciné par le défi, se retrouve à cent mille années-lumière de sa confortable demeure, devenu un pion des IA qui régissent la Culture et lancé dans le formidable jeu d’Azad.
Avec la série de la Culture, Iain Banks renouvelle avec panache et humour l’aventure spatiale. Comme dans L’usage des armes, il construit une société d’envergure galactique, bigarrée, baroque et attachante qui deviendra une référence dans l’histoire des futurs.
Dans la cour abritée où vint s’arrêter la voiture étaient dressées d’immenses superstructures dorées où se consumaient douze mille bougies de couleur et de taille variées ; une pour chaque participant au jeu. Au bal proprement dit étaient invités un bon millier de personnes, dont une moitié étaient des joueurs-de-jeux ; le reste se composait de leurs partenaires, d’officiels, de prêtres, d’officiers et de bureaucrates satisfaits de leur situation présente et qui, titularisés, jouissaient d’une sécurité de l’emploi totale excluant toute mutation – quel que soit le succès remporté au jeu par leurs inférieurs hiérarchiques ; ceux-là ne tenaient donc pas à entrer en lice.
Le reste de l’assemblée comprenait les mentors et administrateurs des collèges d’Azad (les instituts où l’on enseignait le jeu), qui se dispensaient eux aussi de participer au tournoi.
Gurgeh trouvait la soirée trop chaude à son goût ; il régnait une tiédeur poisseuse et stagnante, chargée d’odeurs citadines. La tunique était lourde et étonnamment inconfortable ; il se demanda au bout de combien de temps il pourrait s’en aller sans se montrer impoli. Ils pénétrèrent dans le palais par une immense entrée flanquée de portes de métal poli, massives et incrustées de joyaux. Les vestibules et les salles qu’ils traversèrent regorgeaient de fastueux objets d’art qui jetaient mille feux, posés sur des guéridons ou accrochés aux murs et aux plafonds.
Les invités étaient aussi fantastiques que le cadre. Les femmes, qui semblaient présentes en grand nombre, flamboyaient sous l’éclat de leurs bijoux et de tenues aux ornements extravagants. Gurgeh se dit que, dans leurs robes en forme de cloche, à hauteur de l’ourlet ces femmes devaient être aussi larges que hautes. Elles passaient à côté de lui en bruissant et laissaient derrière elles un sillage très marqué de parfums lourds et obsédants. Un grand nombre de ceux qu’il croisa lui jetèrent un bref coup d’œil ou examinèrent franchement Gurgeh et ce drone flottant, bourdonnant et crépitant qu’était Flère-Imsaho, quand ils ne s’arrêtaient pas pour les dévisager carrément. Tous les quatre ou cinq mètres le long des murs, mais aussi de chaque côté des portes, se tenaient des mâles en uniforme – pantalons longs et couleurs criardes ; parfaitement immobiles, les jambes un peu écartées, les mains jointes derrière leur dos droit comme un i, ils fixaient obstinément les hauts plafonds décorés de fresques.
« Pourquoi restent-ils là sans bouger ? demanda Gurgeh au drone, en eächic mais à voix basse, de manière que Péquil ne puisse l’entendre.
« Pour faire de l’effet, répondit la machine.
« De l’effet ? s’enquit Gurgeh après un instant de réflexion.
« Oui, pour bien montrer que l’Empereur est assez riche et assez influent pour payer des centaines de larbins à ne rien faire.
« Les gens ne le savent-ils donc pas déjà ? »
Le drone ne répondit pas tout de suite. Puis il soupira.
« Je vois que vous n’avez pas encore percé à jour la psychologie de la richesse et du pouvoir, Jernau Gurgeh. »
Ce dernier poursuivit son chemin avec un demi-sourire, sur le côté du visage que Flère-Imsaho ne pouvait voir.
Les apicaux qu’ils croisaient étaient tous vêtus d’une lourde tunique semblable à la sienne : chamarrée, mais pas ostentatoire. Mais ce qui frappa le plus Gurgeh fut que l’endroit – et tous les gens qu’il contenait – semblait figé dans une autre époque. Tout ce qu’il voyait, aussi bien dans le palais lui-même que dans la tenue des invités, aurait pu être fabriqué un millier d’années plus tôt au moins ; lorsqu’il avait fait des recherches sur cette société, il avait regardé des enregistrements d’anciennes cérémonies impériales. Il pensait donc posséder une connaissance suffisante des modes et tendances du passé. Il trouvait très bizarre qu’en dépit de son avancement technologique – certes limité, mais très évident – l’Empire ait un côté formel enraciné dans le passé. Les anciennes coutumes, les anciennes modes et structures architecturales étaient également courantes dans la Culture, mais on les employait en toute liberté voire au jugé ; il existait toute une gamme d’autres styles, et personne n’y adhérait de manière rigide et permanente à l’exclusion de tout le reste.
« Attendez ici, on va vous annoncer », lui dit le drone.
Il le tira par la manche pour l’immobiliser à côté d’un Péquil tout sourire, sur le seuil d’une porte ouvrant sur une colossale volée de marches, elle-même débouchant dans la grande salle de bal. Péquil tendit une carte à un apical en uniforme qui se tenait en haut des marches et dont la voix amplifiée résonna de part et d’autre de l’immense salle.
« L’honorable Lo Péquil Monénine, A.A.B. Niveau Deux Principal, médaillé de l’Empire, Ordre du Mérite et Palme… accompagné de Chark Gavant-sha Gernow Morat Gurgee Dam Hazéze. »
Ils descendirent le grand escalier. La scène qui s’étalait à leurs pieds dépassait en éclat et en majesté toutes les réceptions auxquelles Gurgeh eût jamais assisté. La Culture ne faisait pas les choses sur cette échelle, voilà tout. La salle de bal ressemblait à une vaste piscine miroitante où l’on aurait jeté mille fleurs fabuleuses avant de remuer le tout.
« Ce héraut a massacré mon nom, dit Gurgeh au drone. (Puis il lança un regard à Péquil.) Mais pourquoi notre ami a-t-il l’air si fâché ?
« Parce qu’on a oublié d’ajouter « senior » à la suite de son nom, je crois, répondit Flère-Imsaho.
« Cela a donc tant d’importance ?
« Gurgeh, dites-vous bien que dans cette société tout a de l’importance, répondit la machine avant d’ajouter d’un ton morne : Au moins vous a-t-on annoncés, vous deux.
« Bonjour, bonjour ! » s’écria quelqu’un au moment où ils parvenaient au bas de l’escalier.
Un individu de haute taille qui semblait appartenir au sexe mâle se fraya un chemin entre deux Azadiens pour venir se tenir au côté de Gurgeh. Il était vêtu d’une ample tunique aux couleurs tapageuses. Il avait une barbe, des cheveux châtains retenus par un chignon, des yeux verts aux prunelles luisantes et au regard fixe, et pouvait passer pour originaire de la Culture. Il tendit une main aux longs doigts couverts de bagues, saisit celle de Gurgeh et la serra.
« Je me présente : Shohobohaum Za ; ravi de faire votre connaissance. Je connaissais votre nom avant que ce criminel, là-haut, ne l’écorche. C’est bien Gurgeh, n’est-ce pas ? Ah, Péquil ! Vous êtes là aussi ? (Il lui mit de force un verre entre les mains.) Tenez, vous buvez bien de cette saleté, je crois ? Salut, drone ! Dites donc, Gurgeh, poursuivit-il en le prenant par les épaules, vous voulez quelque chose de correct à boire, hein ?
« Jernow Morat Gurgee, commença Péquil qui paraissait fort mal à l’aise, je vous présente… »
Mais Shohobohaum Za entraînait déjà Gurgeh à travers les petits groupes massés au pied de l’escalier.
« Au fait, ça va, Péquil ? lança-t-il par-dessus son épaule à l’apical éberlué. Bien ? Oui ? Tant mieux. À tout à l’heure. J’emmène cet autre exilé boire un petit coup ! »
Ce fut un Péquil livide qui lui répondit d’un geste mal assuré. Flère-Imsaho hésita, puis resta avec l’Azadien.
Shohobohaum Za se retourna vers Gurgeh, ôta son bras de ses épaules et reprit d’une voix moins stridente :
« Quel vieux raseur, ce Péquil. J’espère que vous ne m’en voulez pas de vous avoir tiré de ses griffes.