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Histoire de la Russie et de son empire

Электронная книга - «Histoire de la Russie et de son empire». Краткое содержание книги:

Fruit de plus de dix ans de travail, ce maître-livre raconte la riche et grande histoire de la Russie, des origines à la fin de l’URSS, en passant par l’établissement d’une autocratie impérialiste assise sur la force de l’orthodoxie et d’un nationalisme conquérant. Un classique dont l’ampleur et l’intelligence se conjuguent avec un rare bonheur d’écriture, ici présenté dans une édition entièrement revue et augmentée d’une préface inédite de Marie-Pierre Rey.
Michel Heller (1922-1997), né en Biélorussie, a été arrêté, puis déporté durant six ans, avant d’émigrer en Pologne, puis en France, où il a notamment enseigné l’histoire et la littérature soviétiques à l’université Paris-IV-Sorbonne.
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Le biographe de Dmitri Donskoï, notant que l’Histoire « en a gardé le souvenir, comme du vainqueur des Tatars », n’en estime pas moins que « sa politique intérieure fut également remarquable, peut-être plus brillante encore19 ». Nous avons évoqué les grandes orientations de cette politique : agrandissement des possessions de Moscou, renforcement du pouvoir autocratique du prince. Le testament de Dmitri est le digne couronnement de son œuvre. Depuis Ivan Kalita, nous l’avons vu, les princes moscovites, lorsqu’ils partagent leurs domaines, en attribuent une plus large part à leurs aînés. Au début du XVe siècle, le « supplément à l’aînesse » prend de telles proportions qu’il fait de cet avantage matériel une véritable force politique. L’accroissement constant, plusieurs générations durant, de la votchina de l’aîné devient le fondement du pouvoir politique dont jouit le grand-prince de Moscou. Un calcul effectué par Vassili Klioutchevski montre la différence entre les lots attribués aux héritiers. Dans son testament, le grand-prince indique la part que chacun d’eux devra verser pour chaque millier de roubles à payer aux Tatars. Dmitri partage ses biens entre ses cinq fils. La quote-part de l’aîné, Vassili Ier, n’est pas de deux cents, mais de trois cent quarante roubles, soit plus du tiers. Dmitri Donskoï ne s’arrête pas là : il lègue à Vassili, en propriété indivise, la grande-principauté de Vladimir. Le grand-prince de Moscou devient donc aussi, héréditairement, grand-prince de Vladimir. Une décision qui accroît considérablement la puissance matérielle et politique de Moscou.

Le testament de Dmitri ne permet pas, malgré tout, d’occuper le trône sans l’autorisation du khan. Vassili Ier obtient l’investiture en 1389. Il gardera la couronne de Moscou jusqu’à sa mort, en 1425. Les historiens russes ne portent pas un intérêt excessif à Vassili Dmitrievitch. Pourtant, les trente-six années de son règne sont une période de rudes épreuves pour Moscou. Bien que Vassili Ier ne semble pas avoir frappé les chroniqueurs par des talents particuliers, il possède manifestement les qualités nécessaires à son temps. Prudent mais sachant, au besoin, se montrer résolu, il a un art de la diplomatie qu’il met maintes fois à profit.

Sa première épreuve, Vassili la subit à Saraï. En 1383, Dmitri envoie son fils trouver le khan qui, en dépit des accords passés, a cédé aux instances (et aux présents) du prince de Tver et accordé le iarlyk de grand-prince au rival de Moscou. Vassili réussit à assurer le titre à Dmitri, mais Toqtamich le garde en otage à la Horde. Deux ans plus tard, Vassili s’évade et, à travers Kiev sous domination lituanienne, regagne Moscou. À Kiev, il a épousé Sophie, fille du grand-duc de Lituanie, Witowt.

L’évasion de Vassili ne nuira pas aux relations entre le prince moscovite et le khan. Après la mort de son père, Vassili n’obtient pas seulement le iarlyk de grand-prince pour Moscou, mais en 1390, il se rend à Saraï et achète celui de la principauté de Nijni-Novgorod. La chronique rapporte que Vassili y consacra beaucoup « d’or, d’argent et de présents somptueux », à l’intention des familiers du khan et de Toqtamich lui-même, mais Nijni-Novgorod, la cité la plus riche de la Volga, valait la dépense. En outre, la perte de Nijni-Novgorod entraînait un affaiblissement considérable du rival de Moscou, le prince de Souzdal, qui possédait la ville.

L’acquisition de Nijni renforce Moscou et déplace les limites de la principauté loin à l’est. La chose n’est pas sans risque, mais elle offre un champ de manœuvres que les continuateurs de la politique de Vassili ne manqueront pas de mettre à profit.

L’agrandissement du territoire, qui porte en même temps un coup aux adversaires de Moscou dans les autres principautés, est l’une des trois grandes orientations de la politique moscovite. Les deux autres concernent les relations avec les Tatars et la Lituanie. Les rapports entre Moscou et la Horde sont déterminés par la guerre entre Toqtamich et Timour-Tamerlan. Pendant plus de dix ans, sur d’énormes distances – de l’Amou-Daria à l’Irtych, du Terek à l’Oka –, les héritiers de Gengis guerroient contre les Türks, nouveaux prétendants à la suprématie en Eurasie. En 1387, Toqtamich, devenu khan de la Horde d’Or avec l’aide de Timour, profite de ce que le « Boiteux de fer » se bat en Perse pour attaquer les terres de son bienfaiteur. Timour rentre en hâte et met Toqtamich en déroute. Un an plus tard, ayant repris des forces, le khan de la Horde agresse à nouveau Timour. Un détachement de Moscou combat aux côtés des Tatars. Une fois encore, l’armée de Timour remporte la victoire.

Avec un entêtement stupéfiant, Toqtamich s’efforce sans cesse de vaincre l’armée de Timour-Tamerlan et subit défaite sur défaite. Invariablement, Tamerlan, sa victoire assurée, se refuse à rester sur les territoires conquis ; il regagne ses terres, ne laissant que ruines et cendres dans les villes prises, massacrant leurs défenseurs et emmenant avec lui nombre de prisonniers. Les Türks à peine partis, le khan de la Horde d’Or se manifeste à nouveau. En 1393, Toqtamich, depuis Tana (Azov), adresse une lettre au roi de Pologne, exigeant de lui qu’il paie le tribut. En 1395, Tamerlan décide d’en finir avec son adversaire décidément trop remuant. Il choisit, cette fois, la voie la plus directe, à travers le Caucase, pour gagner les principales villes de la Horde d’Or : Saraï et Astrakhan. Sur les bords du Terek, l’armée de Toqtamich est mise en déroute. Le khan s’enfuit. Timour-Tamerlan saccage Tana, Saraï et remonte vers le nord, menant son armée contre le tributaire du khan de la Horde, Moscou. Réunissant une importante armée, le prince Vassili marche vers l’Oka, frontière de la principauté de Moscou. La chronique évoque, en cette circonstance, un enthousiasme religieux qui rappelle les sentiments animant les Russes à la veille du combat contre Mamaï. Sur ordre du grand-prince et du métropolite Cyprien, l’icône miraculeuse de la Vierge, qu’Andreï Bogolioubski avait prise à Kiev, est transportée de Vladimir à Moscou. Après avoir mis à sac la ville russe de Ielets, Timour renonce et quitte la terre de Riazan en direction du sud. La guerre que se livrent Toqtamich et Tamerlan entraîne dans son tourbillon sanglant tous les peuples du continent eurasien et a un impact considérable sur les relations entre Moscou et la Lituanie. Dans le triangle Toqtamich-Vassili-Witowt, les alliances changent continuellement, selon l’issue des combats : les adversaires d’hier se liguent contre les amis de la veille, puis se séparent et créent de nouvelles unions. Chacune des parties en présence poursuit ses propres buts, consistant essentiellement en un élargissement du territoire sur lequel elle exerce son autorité.

Devenu grand-duc de Lituanie en 1392, Witowt poursuit la politique d’Olgerd, s’efforçant d’assurer son hégémonie sur le monde orthodoxe d’Europe orientale. En 1395, profitant de ce que Moscou est occupée à repousser l’attaque de Tamerlan, Witowt s’empare de la principauté de Smolensk. L’année suivante, le prince lituanien inclut dans ses possessions la ville de Liouboutsk, sur l’Oka, s’immisçant ainsi entre Moscou et Riazan. Il projette d’effectuer, par le sud, un mouvement tournant autour la principauté de Moscou. Vaincu pour la énième fois, Toqtamich, cependant, se réfugie en Lituanie. Witowt décide alors d’aider le khan destitué à retrouver son trône. Avec un protégé à Saraï, la Lituanie disposerait d’un sérieux instrument de pression sur Moscou.

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