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Intrigue à l'anglaise

Электронная книга - «Intrigue à l'anglaise». Краткое содержание книги:

Trois mètres de toile manquent à la fameuse tapisserie de Bayeux, qui décrit la conquête de l'Angleterre par Guillaume le Conquérant.
Que représentaient-ils ? Les historiens se perdent en conjectures. Une jeune conservatrice du patrimoine, Pénélope Breuil, s'ennuie au musée de Bayeux, jusqu'au jour où sa directrice, dont elle est l'adjointe, est victime d'une tentative de meurtre ! Entre-temps, des fragments de tapisserie ont été mis aux enchères à Drouot. Pénélope, chargée par le directeur du Louvre de mener discrètement une enquête, va jouer les détectives et reconstituer l'histoire millénaire de la tapisserie, de 1066 à la mort tragique de Lady Diana sous le pont de l'Alma…
Intrigue à l'anglaise a reçu le prix Arsène Lupin.
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Reste le dernier bouquet, étrange. Pas de carte, des roses anciennes, du papier journal et du raphia, le plus sympa. Du rural, du vrai, du raffiné. L'admirateur normand anonyme ? Sans doute un gars du cru, renversé en voyant la photo du journal. Le mystère du bel inconnu. Une menace. Pénélope n’a pas demandé que l’on s’intéresse à elle.

Au moins, comme ça, c’est clair, toute la ville me connaît. Si je mets une annonce dans ce canard, « Pénélope cherche son Ulysse », je vais avoir aux trousses les pêcheurs aux mille ruses de Port-en-Bessin, le Saint-Tropez normand, ou les garçons de plage de Luc-sur-Mer, Luxure-mer, la plage la plus froide de France. Il faut voir les choses de manière un peu positive. Il faut surtout acheter des vases. Quand on reçoit cinq bouquets le jour où l’on s’installe avec une valise et quelques caisses, le plus urgent, ce sont les vases. La difficulté, à Bayeux, c’est d’éviter la porcelaine et les sujets inspirés par la Tapisserie, mais bon, des vases tout simples, un peu design, des verres de couleur…

Demain, elle explorera quelques boutiques sur les rives de l’Aure. Le fleuve Pactole qui arrose Bayeux. Sa propriétaire lui a déjà fait la plaisanterie d’usage : « Vous verrez, chez nous, on roule sur l’Aure, c’est garanti. » Une bonne tête, cette dame de Bayeux, qui a tout fait repeindre avant l’arrivée de Péné. Le temps n’est pas si gris. Aimer Bayeux, ses plages, Arromanches, Vierville-sur-Mer qui domine Omaha Beach, Saint-Laurent, Ver-sur-Mer, les musées du Débarquement avec leurs chars rouillés tous les dix kilomètres. La meilleure tactique, c’est de s’installer. De toute façon, pas de virée prévue à Paris avant un mois. Et pas question de fouilles en Égypte avant deux ans.

Pénélope feuillette le reste du journal, serre le morceau de porcelaine blanche à travers le tissu. C'est passionnant La Renaissance : un meurtre à Prunoy-en-Bessin, cadavre aux yeux arrachés, mis dans un verre à dents, sans doute sur le lavabo d’un hôtel borgne, les boyaux dispersés avec art à travers le garage ; un curé pédophile à dix kilomètres de Bayeux, couvert par le pieux silence de l’évêque ; un adolescent violé et égorgé par l’entraîneur de basket dans les toilettes de la piscine municipale, sans que les maîtres nageurs se soient rendu compte de rien. Les profs de gym, quand ils ne sont pas pervers, ils sont idiots. Sinon pourquoi seraient-ils devenus profs de gym ?

2.

La colonne Vendôme

Paris, samedi 30 août 1997

Un peu après cinq heures, quand les habitués de l’hôtel se font servir un thé, presque seule dans la piscine du Ritz, la princesse fait ses longueurs.

Sur le dos, elle regarde les personnages peints en trompe l’œil dans le ciel bleu du plafond. Un vrai décor de fast-food, style Pompéi. Du faux marbre mal peint, des silhouettes qui ont l’air d’être en chemise de nuit. Les nouveaux riches qui viennent là devraient râler un peu plus. C'est la déco la plus ringarde du monde. Surtout ces grandes dames romaines qui ressemblent à des cadavres empaillés. La plus pâle, on dirait le fantôme de cette pauvre Pamela Harrimann, l’ambassadeur des États-Unis à Paris, qui avait commencé sa carrière en épousant un de mes cousins côté Spencer, le fils de Winston Churchill. La malheureuse s’est noyée là-dedans, dans cette eau-là. On a la fin qu’on mérite, la piscine du Ritz, c’était pour elle. Chère femme. C'est elle sans doute, à gauche. En robe blanche, un fantôme de manoir écossais. Si le Ritz était hanté ? Il doit l’être, avec ces grands hommes, Hemingway rôde au bar, Marcel Proust dans la salle à manger. Ensuite moi, sur les tapis si moelleux, qui plaisent tellement à mes nouveaux amis. Bientôt, c’est promis, nous irons en Égypte. Ils n’arrêteront pas cette petite musique sous l’eau, le comble du chic, du raffinement. Toujours le même clavecin. Pourquoi y a-t-il toujours de la musique sous l’eau à la piscine du Ritz ? Ils pourraient changer le disque. Si je demande qu’on arrête, on va commenter. On va répéter que tout le personnel est obligé de se plier à mes caprices, on en parlera encore dans dix ans. Encore trois allers-retours et c’est bon.

« Mate un peu ses jambes.

— Ne la regarde pas, la pauvre ! Au moins, elle a droit à une heure de tranquillité dans la journée. Ici personne ne fait trop attention à eux, surtout comme ça, au creux de l’après-midi. On ira goûter dehors, ça sera moins cher. On se surveille, tu sais, dans les palaces, on fait ceux qui ne reconnaissent pas les vedettes, pour ne pas avoir l’air trop badauds. On est au Ritz, quoi. On est peut-être une vedette soi-même.

— Toi ? Attention à eux ? Qui est l’autre ?

— Ben mon petit Wandrille, tu ne lis pas les journaux ?

— Pas depuis que j’écris dedans. Elle n’est pas seule ?

— C'était dans tous les magazines, et son bronzage, c’est le soleil de Porto Cervo, en Sardaigne, le village-vacances tout confort de Karim Agha Khan. Baiser volé par les paparazzi, un peu flou mais bien net. Mariage scandaleux annoncé à la rentrée, un demi-frère en préparation pour le futur roi William. Ils se connaissent depuis six semaines, elle est déjà enceinte de huit, les journalistes sont surinformés. C'est l’Égyptien que j’attends. Ils repartent demain.

— Tu veux l’interviewer ?

— Pas de temps à perdre. Mieux que ça. J’ai quelque chose à lui vendre.

— À lui ? Marc !

— S'il vient à la piscine, c’est le meilleur moyen d’entrer en contact. J’ai pris un abonnement au Club du Ritz la semaine dernière, dès qu’on a pensé qu’ils pourraient venir, après la Sardaigne.

— Tu sais, je crois que si c’est un mec qui sort avec elle, il a déjà tout. Tu étais à la fête chez Agathe et Henri ?

— Regarde, l’Égyptien, il arrive, il a son blouson, il ne vient pas nager, il vient la chercher. Et derrière, avec la serviette, c’est qui ? Un abonné de la piscine, pas un client de l’hôtel. Garde du corps ?

— Tu reconnais comment ?

— La serviette de couleur. Les membres du Club de sport ont la serviette blanche.

— Comme nous, pas de honte. Elle s’essuie avec une serviette jaune.

— Donc elle descend ici, quelle perspicacité mon vieux.

— Envolés. Tu viens de rater ton marché du siècle.

— Sauf s’ils veulent aller au hammam.

— Ils vont se replier dans leur suite. Tu imagines, si tu avais eu la bague de James Bond, les photos qu’on aurait pu faire ? Une fortune mon grand, tu viens de laisser filer une fortune.

— Ce que je veux lui proposer vaut plus cher. Un scoop, auprès duquel, leur romance, c’est de l’eau tiède. Et ça intéressera aussi les journaux. Et le trône d’Angleterre, mon petit vieux, le trôôôôôône d'Angleterre ! »

Impossible de sortir du Ritz par la grande porte. Depuis que « la voiture » est arrivée, vers quatre heures, on a installé des barrières, pour contenir les photographes. Wandrille et Marc sont mitraillés à tout hasard, des bellâtres bien mis, avec le bon sac de sport, on ne sait jamais. Dans le petit restaurant de la rue Danièle-Casanova, chez Éva, à l’angle de la place Vendôme, la conversation continue. Wandrille s’est assis en face de Marc. Éva sert un thé et un double expresso, le chignon haut.

« Au fait, Wandrille, félicitations, on te lit tous les matins maintenant. Et en plus ta petite chronique sur la télé est très bien, je te le dis comme je le pense ; qui aurait cru à la fac que tu finirais comme ça, je veux dire, avec autant de talent, d’humour, de sensibilité surtout, oui, c’est cela, de sensibilité.

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