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Les Mille Et Une Nuits Tome II

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Les Mille Et Une Nuits Tome II
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Scheherazade voulait poursuivre, mais elle vit que le sultan des Indes, qui s était aperçu que le jour paraissait, sortait du lit, et cela fit qu’elle cessa se parler. Elle reprit le même conte la nuit suivante, et lui dit:

CLXXXIX NUIT.

Sire, la réponse du prince Camaralzaman affligea extrêmement le sultan son père. Ce monarque eut une véritable douleur de voir en lui une si grande répugnance pour le mariage. Il ne voulut pas néanmoins la traiter de désobéissance ni user du pouvoir paternel. Il se contenta de lui dire: «Je ne veux pas vous contraindre là-dessus; je vous donne le temps d’y penser, et de considérer qu’un prince comme vous, destiné à gouverner un grand royaume, doit penser d’abord à se donner un successeur. En vous donnant cette satisfaction, vous me la donnerez à moi-même, qui suis bien aise de me voir revivre en vous, et dans les enfants qui doivent sortir de vous.»

Schahzaman n’en dit pas davantage au prince Camaralzaman. Il lui donna entrée dans les conseils de ses états, et lui donna d’ailleurs tous les sujets d’être content qu’il pouvait désirer. Au bout d’un an, il le prit en particulier: «Eh bien! mon fils, lui dit-il, vous êtes-vous souvenu de faire réflexion sur le dessein que j’avais de vous marier dès l’année passée? Refuserez-vous encore de me donner la joie que j’attends, de votre obéissance, et voulez-vous me laisser mourir sans me donner cette satisfaction?»

Le prince parut moins déconcerté que la première fois, et il n’hésita pas longtemps à répondre en ces termes, avec fermeté: «Sire, dit-il, je n’ai pas manqué d’y penser avec l’attention que je devais; mais après y avoir pensé mûrement, je me suis confirmé davantage dans la résolution de vivre sans engagement dans le mariage. En effet, les maux infinis que les femmes ont causés de tout temps dans l’univers, comme je l’ai appris pleinement dans nos histoires, et ce que j’entends dire chaque jour de leurs malices, sont les motifs qui me persuadent de n’avoir de ma vie aucune raison avec elles. Ainsi Votre Majesté me pardonnera si j’ose lui représenter qu’il est inutile qu’elle me parle davantage de me marier.» Il en demeura là et quitta le sultan son père brusquement, sans attendre qu’il lui dît autre chose.

Tout autre monarque que le roi Schahzaman aurait eu de la peine à ne pas s’emporter, après la hardiesse avec laquelle le prince son fils venait de lui parler, et à ne l’en pas faire repentir. Mais il le chérissait, et il voulait employer toutes les voies de douceur avant de le contraindre. Il communiqua à son premier ministre le nouveau sujet de chagrin que Camaralzaman venait de lui donner: «J’ai suivi votre conseil, lui dit-il; mais Camaralzaman est plus éloigné de se marier qu’il ne l’était la première fois que je lui en parlai, et il s’en est expliqué en des termes si hardis, que j’ai eu besoin de ma raison et de toute ma modération pour ne pas me mettre en colère contre lui. Les pères qui demandent des enfants avec autant d’ardeur que j’ai demandé celui-ci, sont autant d’insensés qui cherchent à se priver eux-mêmes du repos dont il ne tient qu’à eux de jouir tranquillement. Dites-moi, je vous prie, par quels moyens je dois ramener un esprit si rebelle à mes volontés.

«- Sire, reprit le grand vizir, on vient à bout d’une infinité d’affaires avec la patience: peut-être que celle-ci n’est pas d’une nature à y réussir par cette voie. Mais Votre Majesté n’aura en rien à se reprocher d’avoir usé d’une trop grande précipitation si elle juge à propos de donner une autre année au prince à se consulter lui-même. Si, dans cet intervalle, il rentre dans son devoir, elle en aura une satisfaction d’autant plus grande qu’elle n’aura employé que la bonté paternelle pour l’y obliger. Si, au contraire, il persiste dans son opiniâtreté, alors, quand l’année sera expirée, il me semble que Votre Majesté aura lieu de lui déclarer en plein conseil qu’il est du bien de l’état qu’il se marie. Il n’est pas croyable qu’il vous manque de respect à la face d’une compagnie célèbre que vous honorerez de votre présence.»

Le sultan, qui désirait si passionnément de voir le prince son fils marié, que les moments d’un si long délai lui paraissaient des années, eut bien de la peine à se résoudre d’attendre si longtemps. Il se rendit néanmoins aux raisons de son grand vizir, qu’il ne pouvait désapprouver.

Le jour, qui avait déjà commencé de paraître, imposa silence à Scheherazade en cet endroit. Elle reprit la suite du conte la nuit suivante, et dit au sultan Schahriar:

CXC NUIT.

Sire, après que le grand vizir se fut retiré, le sultan Schahzaman alla à l’appartement de la mère du prince Camaralzaman, à qui il y avait longtemps qu’il avait témoigné l’ardent désir qu’il avait de le marier. Quand il lui eut raconté avec douleur de quelle manière il venait de le refuser une seconde fois, et marqué l’indulgence qu’il voulait bien avoir encore pour lui par le conseil de son grand vizir: «Madame, lui dit-il, je sais qu’il a plus de confiance en vous qu’en moi, que vous lui parlez et qu’il vous écoute plus familièrement. Je vous prie de prendre le temps de lui en parler sérieusement et de lui faire bien comprendre que s’il persiste dans son opiniâtreté il me contraindra à la fin d’en venir à des extrémités dont je serais très-fâché, et qui le feraient repentir lui-même de m’avoir désobéi.»

Fatime, c’était ainsi que s’appelait la mère de Camaralzaman, marqua au prince son fils, la première fois qu’elle le vit, qu’elle était informé du nouveau refus de se marier qu’il avait fait au sultan son père, et combien elle était fâchée qu’il lui eût donné un si grand sujet de colère.» Madame, reprit Camaralzaman, je vous supplie de ne pas renouveler ma douleur sur cette affaire. Je craindrais trop, dans le dépit où j’en suis, qu’il ne m’échappât quelque chose contre le respect que je vous dois.» Fatime connut par cette réponse que la plaie était trop récente, et ne lui en parla pas davantage pour cette fois.

Longtemps après, Fatime crut avoir trouvé l’occasion de lui parler sur le même sujet avec plus d’espérance d’être écoutée. «Mon fils, dit-elle, je vous prie, si cela ne vous fait pas de peine, de me dire quelles sont donc les raisons qui vous donnent une si grande aversion pour le mariage. Si vous n’en avez pas d’autre que celle de la malice et de la méchanceté des femmes, elle ne peut pas être plus faible ni moins raisonnable. Je ne veux point prendre la défense des méchantes femmes: il y en a un très-grand nombre, j’en suis très-persuadée; mais c’est une injustice des plus criantes de les taxer toutes de l’être. Hé! mon fils, vous arrêtez-vous à quelques-unes dont parlent vos livres, qui ont causé, à la vérité, de grands désordres, et que je ne veux pas excuser? Mais, que ne faites-vous attention à tant de monarques, tant de sultans et tant d’autres princes particuliers dont les tyrannies, les barbaries et les cruautés font horreur, à les lire dans les histoires que j’ai lues comme vous? Pour une femme, vous trouverez mille de ces tyrans et de ces barbares. Et les femmes honnêtes et sages, mon fils, qui ont le malheur d’être mariées à ces furieux, croyez-vous qu’elles soient fort heureuses?

«- Madame, reprit Camaralzaman, je ne doute pas qu’il n’y ait un grand nombre de femmes sages, vertueuses, bonnes, douces et de bonnes mœurs. Plût à Dieu qu’elles vous ressemblassent toutes! Ce qui me révolte, c’est le choix douteux qu’un homme est obligé de faire pour se marier, ou plutôt qu’on ne lui laisse pas souvent la liberté de faire à sa volonté.

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