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Les Mille Et Une Nuits Tome II

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Les Mille Et Une Nuits Tome II
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«- Agréable Maimoune, reprit Danhasch, oserais-je vous demander qui peut être ce prince dont vous me parlez? – Sache, lui dit Maimoune, qu’il lui est arrivé à peu près la même chose qu’à la princesse dont tu viens de m’entretenir. Le roi son père voulait le marier à toute force. Après de longues et de grandes importunités, il a déclaré franc et net qu’il n’en ferait rien. C’est la cause pourquoi, à l’heure que je te parle, il est en prison dans une vieille tour où je fais ma demeure, et où je viens de l’admirer.

«- Je ne veux pas absolument vous contredire, repartit Danhasch; mais, ma belle dame, vous me permettrez bien, jusqu’à ce que j’aie vu votre prince, de croire qu’aucun mortel ni mortelle n’approche de la beauté de ma princesse. – Tais-toi, maudit, répliqua Maimoune; je te dis encore une fois que cela ne peut pas être. – Je ne veux pas m’opiniâtrer contre vous, ajouta Danhasch; le moyen de vous convaincre si je dis vrai ou faux, c’est d’accepter la proposition que je vous ai faite de venir voir ma princesse, et de me montrer ensuite votre prince.

«- Il n’est pas besoin que je prenne cette peine, reprit encore Maimoune; il y a un autre moyen de nous satisfaire l’un et l’autre: c’est d’apporter ta princesse et de la mettre à côté de mon prince sur son lit. De la sorte, il nous sera aisé, à moi et à toi, de les comparer ensemble et de vider notre procès.»

Danhasch consentit à ce que la fée souhaitait, et il voulait retourner à la Chine sur-le-champ. Maimoune l’arrêta. «Attends, lui dit-elle, viens, que je te montre auparavant la tour où tu dois apporter ta princesse.» Ils volèrent ensemble jusqu’à la tour, et quand Maimoune l’eut montrée à Danhasch: «Va prendre ta princesse, lui dit-elle, et fais vite, tu me trouveras ici. Mais, écoute, j’entends au moins que tu me paieras une gageure si mon prince se trouve plus beau que ta princesse, et je veux bien aussi t’en payer une si la princesse est plus belle.»

Le jour, qui se faisait voir assez clairement, obligea Scheherazade de cesser de parler. Elle reprit la suite la nuit suivante, et dit au sultan des Indes:

CXCII NUIT.

Sire, Danhasch s’éloigna de la fée, se rendit à la Chine et revint avec une diligence incroyable, chargé de la belle princesse endormie. Maimoune la reçut et l’introduisit dans la chambre du prince Camaralzaman, où ils la posèrent ensemble sur son lit, à côté de lui.

Quand le prince et la princesse furent ainsi à côté l’un de l’autre, il y eut une grande contestation sur la préférence de leur beauté entre le génie et la fée. Ils furent quelque temps à les admirer et à les comparer ensemble sans parler. Danhasch rompit le silence: «Vous le voyez, dit-il à Maimoune, et je vous l’avais bien dit, que ma princesse était plus belle que votre prince. En doutez-vous, présentement?

«- Comment! si j’en doute! reprit Maimoune: oui vraiment, j’en doute. Il faut que tu sois aveugle pour ne pas voir que mon prince l’emporte de beaucoup au-dessus de ta princesse. Ta princesse est belle, je ne le désavoue pas; mais ne te presse pas, et compare-les bien l’un avec l’autre sans prévention: tu verras que la chose est comme je le dis.

«- Quand je mettrais plus de temps à les comparer davantage, reprit Danhasch, je n’en penserais pas autrement que ce que j’en pense. J’ai vu ce que je vois du premier coup d’œil, et le temps ne me ferait pas voir autre chose que ce que je vois. Cela n’empêchera pas néanmoins, charmante Maimoune, que je ne vous cède si vous le souhaitez. – Cela ne sera pas ainsi, repartit Maimoune; je ne veux pas qu’un maudit génie comme toi me fasse de grâce. Je remets la chose à un arbitre, et si tu n’y consens, je prends gain de cause sur ton refus.»

Danhasch, qui était prêt à avoir toute autre complaisance pour Maimoune, n’eut pas plus tôt donné son consentement, que Maimoune frappa la terre de son pied. La terre s’entr’ouvrit, et aussitôt il en sortit un génie hideux, bossu, borgne et boiteux, avec six cornes à la tête, et les mains et les pieds crochus. Dès qu’il fut dehors, que la terre se fut rejointe et qu’il eut aperçu Maimoune, il se jeta à ses pieds, et en demeurant un genou en terre, il lui demanda ce qu’elle souhaitait de son très-humble service.

«Levez-vous, Caschcasch, lui dit-elle (c’était le nom du génie), je vous fais venir ici pour être juge d’une dispute que j’ai avec ce maudit Danhasch. Jetez les yeux sur ce lit, et dites-nous sans partialité qui vous paraît plus beau du jeune homme ou de la jeune dame.»

Caschcasch regarda le prince et la princesse avec des marques d’une surprise et d’une admiration extraordinaires. Après qu’il les eut bien considérés sans pouvoir se déterminer: «Madame, dit-il à Maimoune, je vous avoue que je vous tromperais et que je me trahirais moi-même si je vous disais que je trouve l’un plus beau que l’autre. Plus je les examine, et plus il me semble que chacun possède au souverain degré la beauté qu’ils ont en partage, autant que je puis m’y connaître; et l’un n’a pas le moindre défaut par où l’on puisse dire qu’il cède à l’autre. Si l’un ou l’autre en a quelqu’un, il n’y a, selon mon avis, qu’un moyen pour être éclairci: c’est de les éveiller l’un après l’autre, et que vous conveniez que celui qui témoignera plus d’amour par son ardeur, par son empressement et même par son emportement l’un pour l’autre, aura moins de beauté en quelque chose.»

Le conseil de Caschcasch plut également à Maimoune et à Danhasch. Maimoune se changea en puce et sauta au cou de Camaralzaman. Elle le piqua si vivement qu’il s’éveilla et y porta la main; mais il ne prit rien: Maimoune avait été prompte à faire un saut en arrière et à reprendre sa forme ordinaire, invisible néanmoins comme les deux génies, pour être témoin de ce qu’il allait faire.

En retirant la main, le prince la laissa tomber sur celle de la princesse de la Chine. Il ouvrit les yeux, et il fut dans la dernière surprise de voir une dame couchée près de lui, et une dame d’une si grande beauté. Il leva la tête et s’appuya du coude pour la mieux considérer. La grande jeunesse de la princesse et sa beauté incomparable l’embrasèrent en un instant d’un feu auquel il n’avait pas encore été sensible, et dont il s’était gardé jusqu’alors avec tant d’aversion.

L’amour s’empara de son cœur de la manière la plus vive, et il ne put s’empêcher de s’écrier: «Quelle beauté! quels charmes! mon cœur! mon âme!» Et en disant ces paroles il la baisa au front, aux deux joues et à la bouche avec si peu de précaution, qu’elle se fût éveillée si elle n’eût dormi plus fort qu’à l’ordinaire par l’enchantement de Danhasch.

«Quoi! ma belle dame, dit le prince, vous ne vous éveillez pas à ces marques d’amour du prince Camaralzaman! Qui que vous soyez, il n’est pas indigne du vôtre.» Il allait l’éveiller tout de bon, mais il se retint tout à coup. «Ne serait-ce pas, dit-il en lui même, celle que le sultan mon père voulait me donner en mariage? Il a eu grand tort de ne me la pas faire voir plus tôt. Je ne l’aurais pas offensé par ma désobéissance et par mon emportement si public contre lui, et il se fût épargné à lui-même la confusion que je lui ai donnée.» Le prince Camaralzaman se repentit sincèrement de la faute qu’il avait commise, et il fut encore sur le point d’éveiller la princesse de Chine. «Peut-être aussi, dit-il en se reprenant, que le sultan mon père veut me surprendre; sans doute qu’il a envoyé cette jeune dame pour éprouver si j’ai véritablement autant d’aversion pour le mariage que je lui en ai fait paraître. Qui sait s’il ne l’a pas amenée lui-même, et s’il n’est pas caché pour se faire voir et me faire honte de ma dissimulation. Cette seconde faute serait de beaucoup plus grande que la première. À tout événement, je me contenterai de cette bague pour me souvenir d’elle.»

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