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Les Mille Et Une Nuits Tome II

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Les Mille Et Une Nuits Tome II
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C’était une fort belle bague que la princesse avait au doigt. Il la tira adroitement et mit la sienne à la place. Aussitôt il lui tourna le dos, et il ne fut pas longtemps à dormir d’un sommeil aussi profond qu’auparavant par l’enchantement des génies.

Dès que le prince Camaralzaman fut bien endormi, Danhasch se transforma en puce à son tour et alla mordre la princesse au bas de la lèvre. Elle s’éveilla en sursaut, se mit sur son séant, et en ouvrant les yeux elle fut fort étonnée de se voir couchée avec un homme. De l’étonnement elle passa à l’admiration, et de l’admiration à un épanchement de joie qu’elle fit paraître dès qu’elle eut vu que c’était un jeune homme si bien fait et si aimable.

«Quoi! s’écria-t-elle, est-ce vous que mon père m’avait destiné pour époux? Je suis bien malheureuse de ne l’avoir pas su. Je ne l’aurais pas mis en colère contre moi, et je n’aurais pas été si longtemps privée d’un mari que je ne puis m’empêcher d’aimer de tout mon cœur. Éveillez-vous, éveillez-vous; il ne sied pas à un mari de tant dormir la première nuit de ses noces.»

En disant ces paroles, la princesse prit le prince Camaralzaman par le bras et l’agita si fort, qu’il se fût éveillé si, dans le moment, Maimoune n’eût augmenté son sommeil en augmentant son enchantement. Elle l’agita de même à plusieurs reprises, et comme elle vit qu’il ne s’éveillait pas: «Eh quoi! que vous est-il arrivé? Quelque rival jaloux de votre bonheur et du mien aurait-il eu recours à la magie, et vous aurait-il jeté dans cet assoupissement insurmontable lorsque vous devez être plus éveillé que jamais?» Elle lui prit la main, et en la baisant tendrement elle s’aperçut de la bague qu’il avait au doigt. Elle la trouva si semblable à la sienne, qu’elle fut convaincue que c’était elle-même quand elle eut vu qu’elle en avait une autre. Elle ne comprit pas comment cet échange s’était fait, mais elle ne douta pas que ce ne fût la marque certaine de leur mariage. Lassée de la peine inutile qu’elle avait prise pour l’éveiller, et assurée, comme elle le pensait, qu’il ne lui échapperait pas: «Puisque je ne puis venir à bout de vous éveiller, dit-elle, je ne m’opiniâtre pas davantage à interrompre votre sommeiclass="underline" à nous revoir!» Après lui avoir donné un baiser à la joue en prononçant ces dernières paroles, elle se recoucha et mit très-peu de temps à se rendormir.

Quand Maimoune vit qu’elle pouvait parler sans craindre que la princesse de la Chine ne s’éveillât: «Eh bien! maudit, dit-elle à Danhasch, as-tu vu? es-tu convaincu que ta princesse est moins belle que mon prince? Va, je veux bien te faire grâce de la gageure que tu me dois. Une autre fois, crois-moi quand je t’aurai assuré quelque chose.» Et se tournant du côté de Caschcasch: «Pour vous, ajouta-t-elle, je vous remercie. Prenez la princesse avec Danhasch, et reportez-la ensemble dans son lit, où il vous mènera.» Danhasch et Caschcasch exécutèrent l’ordre de Maimoune, et Maimoune se retira dans son puits.

Le jour, qui commençait à paraître, imposa silence à la sultane Scheherazade. Le sultan des Indes se leva, et la nuit suivante, la sultane continua de lui raconter le même conte en ces termes:

CXCIII NUIT.

SUITE DE L’HISTOIRE DE CAMARALZAMAN.

Sire, dit-elle, le prince Camaralzaman, en s’éveillant le lendemain matin, regarda à côté de lui si la dame qu’il avait vue la même nuit y était encore. Quand il vit qu’elle n’y était plus: «Je l’avais bien pensé, dit-il en lui-même, que c’était une surprise que le roi mon père voulait me faire: je me sais bon gré de m’en être gardé.» Il éveilla l’esclave, qui dormait encore, et le pressa de venir l’habiller sans lui parler de rien. L’esclave lui apporta le bassin et l’eau: il se lava, et après avoir fait sa prière, il prit un livre et lut quelque temps.

Après ces exercices ordinaires, Camaralzaman appela l’esclave: «Viens çà, lui dit-il, et ne mens pas. Dis-moi comment est venue la dame qui a couché cette nuit avec moi, et qui l’a amenée.

«- Prince, répondit l’esclave avec un grand étonnement, de quelle dame entendez-vous parler? – De celle, te dis-je, reprit le prince, qui est venue, ou qu’on a amenée ici cette nuit, et qui a couché avec moi. – Prince, repartit l’esclave, je vous jure que je n’en sais rien. Par où cette dame serait-elle venue, puisque je couche à la porte?

«- Tu es un menteur, maraud, répliqua le prince, et tu es d’intelligence pour m’affliger davantage et me faire enrager.» En disant ces mots, il lui appliqua un soufflet dont il le jeta par terre, et, après l’avoir foulé longtemps sous les pieds, il le lia au-dessous des épaules avec la corde du puits, le descendit dedans, et le plongea plusieurs fois dans l’eau par-dessus la tête. «Je te noierai, s’écria-t-il, si tu ne me dis promptement qui est la dame, et qui l’a amenée.»

L’esclave, furieusement embarrassé, moitié dans l’eau, moitié dehors, dit en lui-même: «Sans doute que le prince a perdu l’esprit de douleur, et je ne puis échapper que par un mensonge. Prince, dit-il d’un ton de suppliant, donnez-moi la vie, je vous en conjure; je promets de vous dire la chose comme elle est.»

Le prince retira l’esclave et le pressa de parler. Dès qu’il fut hors du puits: «Prince, lui dit l’esclave en tremblant, vous voyez bien que je ne puis pas vous satisfaire dans l’état où je suis: donnez-moi le temps d’aller changer d’habit auparavant. – Je te l’accorde, reprit le prince; mais fais vite et prends bien garde de ne me pas cacher la vérité.»

L’esclave sortit, et après avoir fermé la porte sur le prince, il courut au palais dans l’état où il était. Le roi s’y entretenait avec son premier vizir, et se plaignait à lui de la mauvaise nuit qu’il avait passée au sujet de la désobéissance et de l’emportement si criminels du prince son fils, en s’opposant à sa volonté.

Ce ministre tâchait de le consoler et de lui faire comprendre que le prince lui-même lui avait donné lieu de le réduire. «Sire, lui disait-il, Votre Majesté ne doit pas se repentir de l’avoir fait arrêter. Pourvu qu’elle ait la patience de le laisser quelque temps dans sa prison, elle doit se persuader qu’il abandonnera cette fougue de jeunesse, et qu’enfin il se soumettra à tout ce qu’elle exigera de lui.»

Le grand vizir achevait ces derniers mots, lorsque l’esclave se présenta au roi Schahzaman. «Sire, lui dit-il, je suis bien fâché de venir annoncer à Votre Majesté une nouvelle qu’elle ne peut écouter qu’avec un grand déplaisir. Ce qu’il dit d’une dame qui a couché cette nuit avec lui, et l’état où il m’a mis, comme Votre Majesté le peut voir, ne font que trop connaître qu’il n’est plus dans son bon sens.» Il fit ensuite le détail de tout ce que le Prince Camaralzaman avait dit et de l’excès dont il l’avait traité, en des termes qui donnèrent créance à son discours.

Le roi; qui ne s’attendait pas à ce nouveau sujet d’affliction: «Voici, dit-il à son premier ministre, un incident des plus fâcheux, bien différent de l’espérance que vous me donniez tout à l’heure. Allez, ne perdez pas de temps voyez vous-même ce que c’est, et venez m’en informer.»

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