Dictionnaire amoureux de San-Antonio
- Автор: Bouhier Éric
- Год: 2017
- Язык: французский
- Год: Éditions Plon
- ISBN: 978-2259243421
- Жанр: Путеводители
Электронная книга - «Dictionnaire amoureux de San-Antonio». Краткое содержание книги:
Ce dictionnaire tente d'éveiller la curiosité sur l'homme et les aspects riches de sa création littéraire unique. Comment évoquer avec amour le si prolifique Frédéric Dard ? Devant l'ampleur de la tâche, le plus simple était de faire comme l'auteur : tous les matins, afficher une page blanche, surmonter l'angoisse et laisser place à l'imagination désordonnée. Avec une idée forte que San-Antonio semblait me souffler à l'oreille : « Faut qu'on le capte bien, le grand, qu'on s'imprègne à fond de lui, qu'on pige son beau talent, […] et puis, tu comprends : qu'on ait envie de le choper par le cou pour l'accolade de la tendresse, histoire de bien se sentir un homme auprès de cet homme-là. »
Biographie de l'auteur
Médecin, publicitaire, muséographe, enseignant et écrivain depuis dix ans, Éric Bouhier a une véritable passion pour l'œuvre de San-Antonio. L'écriture de ce dictionnaire amoureux est l'aboutissement d'une lecture assidue depuis l'adolescence et d'un travail de recherche mené ces vingt dernières années avec des proches de Frédéric Dard et des membres d'une association dédiée à entretenir la mémoire de l'écrivain.
Se rendre du jardin Frédéric-Dard à la mairie du 18e, c’est parcourir cette partie de Montmartre célèbre dans le monde entier, bien avant qu’Amélie Poulain nous l’ait fait revisiter. On part du haut de la rue Lepic où le moulin de la Galette surveille encore quelques vignes, témoins d’un lointain Paris viticole. Au sommet de la butte, on rejoint la basilique du Sacré-Cœur. L’envie nous prend de sauter dans le funiculaire pour gagner le Bateau-Lavoir en rêvant d’y croiser les fantômes de Gauguin, de Matisse, d’Utrillo, de Dufy, de Picasso, de Cocteau et de tant d’autres. Ah ! Paris ! Mais, non, la mairie est sur le versant opposé, au pied de la colline. Ce n’est pas le funiculaire, mais des centaines de marches que l’on s’amuse à descendre en imaginant croiser Francis Carco et son Jésus-la-Caille ou pousser la lourde du troquet à Fifi-les-belles-noix, la tenancière du rade où se retrouvent San-A. et Messieurs les hommes ! Pour un peu, on entendrait les perdreaux de Police-Secours se pointer à la recherche de Paul-le-Pourri et du beau Tonio au sortir d’une castagne mémorable dans un vrai carnaval de verroterie. Poussons un peu plus loin. Nous ne sommes pas au bout de nos surprises, car voici la rue Berthe — Béru ne doit pas être loin —, les restaurants Chez Marie et Tartempion (le titre d’un Grancher) qui cernent le nouveau square du quartier. Décidément, Frédéric est en bonne compagnie dans ce 18e qui a peut-être été, au sortir de Saint-Laguche (Saint-Lazare), le terrain de ses premiers pas parisiens. Je suis nouveau à Paname et je connais personne, dit-il à Fifi, juste avant de détruire et la cabane et la tronche au Pourri, dans le San-Antonio cité plus haut !
Je suis resté longtemps sur mon banc, tant l’atmosphère était douce et ma lecture lente et appliquée. Antoine a retrouvé la petite fille, sauvée de justesse par l’intervention musclée et inhabituelle de Félicie. Pour clôturer le récit, il a droit à son repos du guerrier avec Martha, une grande fille pâle et blonde qui a des yeux qui disent gentiment : « Où est-ce qu’on se met[31] ? » Après plusieurs séances de « Poupée mongole » et de « Délices de Zanzibar » en cours d’intrigue, Tonio-la-main-preste lui prouve une fois de plus qu’il mérite ses surnoms de Délabreur de sommiers, Spadassin d’alcôves et Beau Gosse qui transforme les têtes des femmes en girouettes et leur partie inférieure en lampe à souder.
Abandonnant le Chevalier de Bitauvent à ses parties fines, je me suis promis de relire le San-Antonio suivant, La Tombola des voyous, voir si Béru et Pinuche sont de la partie. Ce n’était pas le cas dans celui-ci. C’est curieux comme je me sens un peu orphelin quand ils ne sont pas là. Je m’apprêtais à partir quand une jeune femme est venue s’asseoir à l’autre extrémité du banc, soit à un mètre cinquante de l’endroit où j’étais. Elle avait de fins écouteurs reliés à son téléphone et ne faisait pas attention à moi. Malgré cette précaution, le son était assez fort pour que je devine les paroles de la chanson qu’elle écoutait :
J’ai souri de cette curieuse coïncidence. Renaud ! Un autre enfant qui se cherche ! Un « fils de cœur » de Frédéric. À partager la même crainte de la vie et à fanfaronner tous deux pour apprivoiser cette vie si garce, ils s’étaient trouvés !
Ma voisine est ravissante. Comment ferait le bel Antoine pour attirer son attention ? me suis-je demandé. Rappelle-toi la rencontre avec Martha, page, page… Ah, voilà ! Elle me coule un regard qui ferait fondre un bonhomme de neige. C’est mal parti ! La mienne a les yeux braqués sur la ligne bleue des Vosges. Un demi-chapitre est nécessaire au Tombeur de Saint-Cloud pour lui cramponner la paluche, manière de me rendre compte si elle va m’envoyer chez Plumeau… Et lui lâcher enfin la phrase qui tue : j’aimerais vous parler un peu de la France. Avant de conclure par un : À ce soir, ravissante Déesse de l’ombre… lui valant la question suivante, déchirante et pleine de promesses : Vous partez ? À quoi San-Antonio, l’homme qui remplace le beurre et les maris en voyage, fait cette foudroyante réponse, reléguant tous les James Bond et Malko Linge de la Terre au rang de dragueurs de bal musette : Oui, ma bonne vieille maman doit commencer à s’inquiéter. Il faut se donner du mal pour élever ses parents !
Je me suis retrouvé seul, ma « belle du jour » est partie sans que je m’en rende compte. Je n’avais plus que des projets… de lecture, plein la tête.
Je me souviens
Je me souviens de quelques anecdotes souriantes recueillies par des journalistes ou glanées dans les récits autobiographiques de Frédéric. Pourquoi la mémoire sélectionne-t-elle celles-là plus que d’autres ? Mystère. Il est possible qu’elles nous renvoient à des histoires que nous avons vécues sous une forme proche.
Ou pas !
Je me souviens du « papillon soudanais » : une figure de jambes en l’air et de haut vol que San-Antonio pratique avec une de ses conquêtes. En spécialiste du renvoi en bas de page, San-A. explique qu’il enverra volontiers la recette de cette prouesse matelassière à qui lui en fera la demande, contre un mandat de 500 francs. En deux mois, il reçoit plus de 20 000 francs qu’il est obligé de renvoyer, accompagnant chaque fois l’argent d’une lettre d’excuse.
Je me souviens de ce repas où Fernand Raynaud raconte à Léo Ferré et Frédéric ses démêlés avec la justice, après avoir giflé une femme qui s’accrochait à sa voiture à la sortie d’un gala. « Vous vous croyez tout permis parce que vous êtes un humoriste célèbre ? », lui a lancé le juge. Raconté par « l’humoriste célèbre », l’anecdote déclenche le rire des deux convives. Fernand Raynaud part furieux, pensant que ses deux amis se fichent de lui !
Je me souviens d’un San-Antonio où l’on lit cette phrase étrange : … une batterie de cuisine t cv n c b erdS, k hgu, q è. Une petite fille curieuse avait voulu imiter son papa ! Lequel explique au lecteur : Un ange est venu déposer cette ligne incohérente et j’entends l’y laisser sans y changer un seul mot.
Je me souviens que la même petite fille venait souvent se réfugier sous le bureau de son papa, où la berçait le cliquetis de la machine. Une scène à la John et John-John Jr Fitzgerald Kennedy.
Je me souviens que le même papa trouvait de temps en temps le carnet secret de sa fille posé sur son bureau. Il lui écrivait un mot d’amour et cachait le carnet sous son oreiller.
Je me souviens que San-Antonio a eu maille à partir avec la justice, à trois reprises.
31
Trop de « qui » et de « que » dans cette phrase. Ça l’alourdit. Je la publie néanmoins telle quelle pour montrer à mes jeunes lecteurs la hideur d’une littérature bâclée. Et aussi pour m’éviter d’en ciseler une autre. San-A.