Le Seigneur des anneaux [1 La fraternité de l'anneau]
- Автор: Толкин Джон Рональд Руэл
- Серия: Le Seigneur des Anneaux #1
- Год: 2014
- Язык: французский
- Год: Christian Bourgois
- ISBN: 9782267027419
- Жанр: Фэнтези
Электронная книга - «Le Seigneur des anneaux [1 La fraternité de l'anneau]». Краткое содержание книги:
Version 104826 - 2014-09-30 14:40:02 +0200
Mais au bout d’un moment, il se mit à faire très chaud et étouffant. Les arbres se resserrèrent de chaque côté et leur cachèrent la vue du chemin. Ils sentirent de nouveau, plus forte que jamais, la malveillance du bois les enserrer. Le silence était tel que les sabots de leurs poneys, bruissant parmi les feuilles mortes et trébuchant de temps en temps sur une racine traîtresse, semblaient tambouriner dans leurs oreilles. Frodo voulut chanter une chanson pour les encourager, mais sa voix se réduisit à un murmure.
Ô voyageurs des sombres bois
ne flanchez pas ! Car si noirs qu’ils soient
tous doivent un jour prendre fin,
voir le soleil les passer enfin :
le soleil couchant, le soleil levant,
la fin du jour ou le jour naissant.
Car à l’est ou à l’ouest, tous les bois meurent…
Meurent : à l’instant même où il prononçait ce mot, sa voix défaillit. L’air semblait lourd, et l’élocution, pénible. Tout juste derrière eux, une grosse branche tomba d’un vieil arbre les surplombant et vint se fracasser dans le sentier. Devant, les arbres parurent se rapprocher.
« Ils n’aiment pas que tu leur parles de prendre fin ou de mourir, dit Merry. Je m’abstiendrais de chanter pour l’instant. Attends que nous soyons bel et bien traversés, alors nous pourrons nous retourner et leur claironner notre meilleur refrain ! »
Il parlait avec entrain, et s’il ressentait quelque inquiétude sérieuse, il ne la montrait pas. Les autres ne firent aucune réponse. Ils étaient découragés. Frodo sentait un lourd fardeau s’appesantir sur son cœur, et chaque pas en avant lui faisait regretter davantage d’avoir même songé à défier la menace des arbres. Il était justement sur le point de s’arrêter pour leur proposer de rebrousser chemin (si c’était encore faisable), quand les choses prirent une nouvelle tournure. Le sentier cessa de grimper, devenant à peu près plat pendant un moment. Les arbres sombres s’écartèrent, et ils purent voir le sentier se dérouler presque en ligne droite. Là-devant, mais à quelque distance, se trouvait une éminence verte, sans arbres, s’élevant comme une tête dégarnie au-dessus du bois qui l’entourait. Le sentier semblait se diriger tout droit vers elle.
Ils se pressèrent alors en avant, ravis à l’idée de pouvoir s’élever un moment au-dessus de la toiture forestière. Le sentier plongea, puis se remit à monter, les menant enfin au pied de la colline escarpée. Là, il quittait les arbres et se perdait dans l’herbe verte. Le bois se dressait tout autour de la colline comme une épaisse chevelure taillée en cercle autour d’un crâne rasé.
Les hobbits menèrent leurs poneys en haut, faisant plusieurs fois le tour avant d’atteindre le sommet. Là, ils s’arrêtèrent et contemplèrent la vue. Le ciel ensoleillé était radieux, quoique voilé, et ils ne pouvaient voir très loin. Plus près d’eux, la brume avait presque disparu, mais demeurait tapie çà et là dans des creux ; tandis qu’au sud, d’un long repli qui encochait toute la Forêt, montait un brouillard semblable à de la vapeur, ou à des volutes de fumée blanche.
« Ça, dit Merry en pointant l’index, c’est le tracé de l’Oserondule. Il descend des Coteaux et coule vers le sud-ouest, coupant la Forêt en deux pour rejoindre le Brandivin en aval de Finhaie. Il nous faut à tout prix éviter d’aller de ce côté ! La vallée de l’Oserondule, à ce qu’on dit, est la partie la plus bizarre du bois – le foyer de toute la bizarrerie, si on veut. »
Les autres regardèrent dans la direction indiquée par Merry, mais ne virent guère que des brumes au-dessus de la vallée humide et profondément encaissée ; au-delà, la moitié sud de la forêt se perdait dans le lointain.
Le soleil devenait chaud au sommet de la colline. Il devait être environ onze heures ; mais la brume automnale voilait encore une bonne partie du paysage dans les autres directions. À l’ouest, ils ne parvenaient pas à distinguer la Haie, ni la vallée du Brandivin au-delà. Du côté nord où se portaient tous leurs espoirs, ils ne voyaient rien qui pût ressembler à la grande Route de l’Est qu’ils désiraient atteindre. Ils se trouvaient sur une île dans un océan d’arbres, et l’horizon était voilé.
Au sud-est, le terrain plongeait brusquement, comme si le versant de la colline se poursuivait sous les arbres, tel un rivage insulaire qui serait en réalité le flanc d’une montagne surgie d’eaux profondes. Ils s’assirent au bord de la croupe verte et scrutèrent les bois qui s’étendaient à leurs pieds, tout en prenant leur repas de midi. Tandis que le soleil passait au zénith, ils purent distinguer, loin à l’est, les lignes gris-vert des Coteaux qui se trouvaient là-bas, par-delà la Vieille Forêt. Cette vue les réconforta grandement, car il faisait bon de voir au-delà du bois, bien qu’ils n’aient eu aucune intention d’aller de ce côté, s’ils pouvaient l’éviter : les Coteaux des Tertres, dans les légendes hobbites, étaient d’aussi sinistre réputation que la Forêt elle-même.
Enfin, ils se décidèrent à poursuivre. Le sentier qui les avait amenés à la colline réapparaissait du côté nord ; mais ils ne le suivaient pas depuis longtemps lorsqu’ils se rendirent compte que celui-ci obliquait sans cesse vers la droite. Il ne tarda pas à descendre rapidement, et les hobbits comprirent qu’il devait conduire à la vallée de l’Oserondule : à l’opposé de la direction qu’ils souhaitaient prendre. Après quelque discussion, ils décidèrent de quitter ce sentier qui les fourvoyait et de bifurquer vers le nord ; car bien qu’ils n’aient pu l’apercevoir du haut de la colline, la Route était assurément de ce côté et ne pouvait se trouver à plus de quelques milles. Toujours du côté nord et à gauche du sentier, le terrain semblait aussi plus sec et plus découvert, grimpant vers des côtes où les arbres étaient plus élancés, et où les pins et sapins remplaçaient les chênes, les frênes et autres arbres, étranges et sans nom, de la forêt plus dense.
Leur choix parut judicieux, au début. Ils avançaient assez vite ; mais chaque fois qu’ils apercevaient le soleil à travers une trouée, ils semblaient avoir tourné vers l’est de façon inexplicable. Et au bout d’un certain temps, les arbres se resserrèrent une fois de plus, alors que de loin, ils avaient paru plus minces et moins enchevêtrés. Puis, de profonds ravins s’ouvrirent devant eux de façon inopinée, comme de grandes ornières laissées par des roues de géants, ou de larges fossés et routes affaissées, tombés depuis longtemps en désuétude et envahis par les buissons de ronces. La plupart de ces ravins venaient complètement en travers de leur route et ne pouvaient être franchis qu’en descendant au fond pour ensuite en ressortir, ce qui, avec leurs poneys, était tout aussi pénible que compliqué. Chaque fois qu’ils arrivaient en bas, ils faisaient face à d’épais buissons et à un enchevêtrement de broussailles qui, pour une quelconque raison, ne pouvaient être contournés par la gauche, mais cédaient uniquement lorsqu’ils prenaient à droite : ils étaient donc obligés de faire un bout de chemin au fond avant de pouvoir remonter de l’autre côté. Chaque fois qu’ils ressortaient d’un creux, les arbres semblaient plus denses et plus sombres ; et à gauche et vers le haut il semblait toujours aussi difficile de trouver un chemin, si bien qu’ils étaient forcés de prendre à droite et vers le bas.