Le Seigneur des anneaux [1 La fraternité de l'anneau]
- Автор: Толкин Джон Рональд Руэл
- Серия: Le Seigneur des Anneaux #1
- Год: 2014
- Язык: французский
- Год: Christian Bourgois
- ISBN: 9782267027419
- Жанр: Фэнтези
Электронная книга - «Le Seigneur des anneaux [1 La fraternité de l'anneau]». Краткое содержание книги:
Version 104826 - 2014-09-30 14:40:02 +0200
Au bout d’une heure ou deux, ils avaient perdu tout sens de l’orientation ; mais s’ils étaient sûrs d’une chose, c’était qu’ils n’allaient plus du tout vers le nord depuis longtemps. On les détournait de leur chemin, et ils devaient se contenter de suivre un trajet choisi pour eux : vers l’est et le sud, soit vers le cœur de la Forêt, et non vers la sortie.
L’après-midi était fort avancé lorsqu’ils descendirent ou plutôt dégringolèrent dans un ravin plus large et plus profond qu’aucun de ceux qu’ils avaient rencontrés jusqu’alors. Il était si escarpé et si embroussaillé qu’il s’avéra impossible d’en ressortir, que ce soit en avançant ou en reculant, sans abandonner leurs poneys et leurs bagages. Ils n’eurent d’autre choix que de suivre le ravin – vers le bas. Le sol devint mou, et marécageux par endroits ; des sources coulaient le long des pentes, et ils se trouvèrent bientôt à suivre un ruisseau qui murmurait et gazouillait dans son lit herbeux. Puis le terrain se mit à plonger rapidement, et le ruisseau se fit plus vigoureux et plus sonore, ses eaux bondissantes dévalant la pente avec célérité. Ils se trouvaient dans une gorge profonde et peu éclairée, surplombée d’arbres perchés loin au-dessus de leurs têtes.
Après avoir clopiné le long du ruisseau sur une certaine distance, ils sortirent tout à coup de la pénombre. Devant eux, les rayons du soleil filtraient comme à travers un portail. Parvenus à cette ouverture, ils s’aperçurent qu’ils étaient descendus par une crevasse dans une haute berge escarpée, presque une falaise. À ses pieds se trouvait un vaste espace d’herbes et de roseaux ; et au loin se dessinait une autre berge, presque aussi abrupte. Un après-midi doré par un soleil tardif reposait, somnolent et chaud, sur les terres blotties dans cet écrin. Là, une sombre rivière aux eaux brunes serpentait paresseusement, bordée de vieux saules, surplombée de saules, encombrée de saules tombés et tachetée de milliers de feuilles de saule flétries. L’air en était rempli : elles virevoltaient, jaunes, du haut des branches ; car une brise légère et chaude soufflait doucement dans la vallée, et les roseaux bruissaient, et les rameaux de saules grinçaient.
« Eh bien, maintenant, j’ai au moins une idée d’où nous sommes ! dit Merry. C’est tout juste si nous n’avons pas pris la direction opposée à celle que nous voulions. Cette rivière est l’Oserondule ! Je vais aller en reconnaissance. »
Il pénétra dans la lumière et disparut parmi les herbes longues. Au bout d’un moment, il réapparut, et leur dit que le sol était assez ferme entre la rivière et le pied de la falaise ; à certains endroits, il y avait du gazon dur jusqu’au bord de l’eau. « Qui plus est, ajouta-t-il, il semble y avoir une sorte de sentier qui court de ce côté-ci de la rivière. Si nous tournons à gauche pour le suivre, nous ne pouvons pas manquer d’aboutir à la lisière orientale de la Forêt. »
« Encore heureux ! dit Pippin. En supposant que la piste se rende jusque-là, et ne mène pas simplement à un bourbier où nous enliser. Qui a tracé cette piste, selon toi, et dans quel but ? Je suis sûr que ce n’était pas pour nous dépanner. Je commence à sérieusement me méfier de cette forêt et de tout ce qu’elle contient, et à croire les histoires qu’on raconte. Et puis, as-tu idée de la distance que nous devrons parcourir vers l’est ? »
« Non, dit Merry. Aucune idée. Je ne sais pas du tout à quelle hauteur nous nous trouvons sur l’Oserondule, ni qui peut bien être venu ici assez souvent pour tracer un sentier le long de la rive. Mais je ne vois pas d’autre issue possible. »
À défaut d’autre choix, ils se mirent en file, et Merry les conduisit au sentier qu’il avait découvert. Roseaux et herbes poussaient partout en abondance et, par endroits, les dépassaient de plusieurs têtes ; mais lorsqu’ils l’eurent trouvé, le sentier se révéla facile à suivre dans ses tours et détours, cherchant le sol plus ferme parmi les étangs et les marécages. Il franchissait ici et là d’autres petits ruisselets qui, du haut de la vallée, descendaient le long de ravines et se jetaient dans l’Oserondule ; à ces endroits, des troncs d’arbres ou des faisceaux de branchages étaient soigneusement disposés pour faciliter le passage.
Les hobbits commencèrent à avoir très chaud. Des armées de mouches de toutes sortes bourdonnaient à leurs oreilles, et le soleil de l’après-midi leur brûlait le dos. Ils finirent par arriver sous un léger ombrage, donné par de grands rameaux gris étendus au-dessus du sentier. Chaque pas en avant devint plus ardu que le précédent. La somnolence semblait surgir du sol et s’insinuer dans leurs jambes, et tomber doucement des airs pour se poser sur leurs têtes et sur leurs paupières.
Frodo se sentit le menton et la tête lourds. Juste devant lui, Pippin tomba à genoux. Frodo s’arrêta. « Ça ne sert à rien, entendit-il dire Merry. Incapable de faire un pas de plus sans me reposer. Besoin d’une sieste. Il fait bon sous les saules. Moins de mouches ! »
Frodo n’aimait guère ce qu’il entendait. « Allons ! cria-t-il. On ne peut pas faire la sieste tout de suite. Il nous faut sortir de la Forêt avant. » Mais les autres étaient trop endormis pour s’en soucier. Sam se tenait près d’eux l’air stupide, bâillant et cillant des paupières.
Soudain, Frodo sentit le sommeil l’envahir à son tour. La tête lui tournait. L’air semblait presque totalement silencieux, à présent. Les mouches avaient cessé de bourdonner. Seul un bruissement à peine audible, un friselis comme d’un chant à demi murmuré, semblait s’éveiller là-haut parmi les branches. Levant des yeux ensommeillés, il vit que se penchait sur lui un immense saule, vieux et chenu. Il semblait énorme, déployant ses rameaux innombrables dans toutes les directions, comme des bras tendus et des mains aux longs doigts ; son tronc noueux et tordu présentait de larges fissures qui grinçaient faiblement tandis que remuaient ses branches. Ses feuilles, virevoltant sur le ciel clair, l’éblouirent ; et il tomba à la renverse et demeura étendu dans l’herbe.
Merry et Pippin se traînèrent jusqu’à l’arbre et s’allongèrent contre le tronc. Derrière eux, les grandes fissures s’ouvrirent tout grand pour les recevoir tandis que l’arbre se balançait en grinçant. Ils levèrent le regard vers les feuilles grises et jaunes ; elles dansaient doucement dans la lumière, chantaient. Ils fermèrent les yeux, puis il leur sembla presque pouvoir discerner des mots, des mots rafraîchissants qui leur parlaient d’eau et de sommeil. Ils s’abandonnèrent au sortilège et tombèrent profondément endormis au pied du grand saule gris.
Frodo resta étendu un moment, luttant contre le sommeil qui l’envahissait ; puis, par un effort de volonté, il se remit debout. Une irrésistible envie d’eau fraîche le subjuguait. « Attends-moi, Sam, balbutia-t-il. Veux me baigner les pieds un peu. »
Rêvant à moitié, il s’avança d’un pas confus jusqu’à la rivière, où l’arbre projetait de grandes et sinueuses racines, tels de noueux dragonneaux tendant le cou pour boire. Il chevaucha l’une d’entre elles et trempa ses pieds échauffés dans l’eau brune et fraîche ; et là, il tomba soudain endormi à son tour, adossé contre l’arbre.
Sam s’assit et se gratta la tête, bâillant comme une caverne. Il était inquiet. L’après-midi touchait à sa fin, et cette soudaine envie de dormir lui semblait décidément troublante. « Y a pas que du soleil et de la chaleur derrière tout ça, marmonna-t-il pour lui-même. Ce gros arbre-là me plaît pas trop. Je lui fais pas du tout confiance. Écoute-le qui chante pour nous endormir ! Je vais pas laisser faire ça ! »
Il se releva avec effort et, d’un pas chancelant, alla voir ce qu’étaient devenus les poneys. Il découvrit que deux d’entre eux s’étaient aventurés assez loin dans le sentier ; et il venait de les rattraper et de les ramener près des autres, lorsqu’il entendit deux bruits : l’un fort, l’autre plus doux mais néanmoins très distinct. L’un était un grand éclaboussement, comme si un gros paquet était tombé dans l’eau ; l’autre ressemblait au déclic d’une serrure quand une porte se referme en silence.