Felicia au soleil couchant
- Автор: Бенцони Жюльетта
- Серия: Волки Лозарга #3
- Язык: французский
- Жанр: Исторические любовные романы
Электронная книга - «Felicia au soleil couchant». Краткое содержание книги:
Аннотация
Belle et riche héritière d’une famille de banquiers morts dans des circonstances mystérieuses, Hortense de Lauzargues a su résister au désespoir qui l’attendait dans la demeure de son oncle et déjouer les manœuvres de ce châtelain féodal. Le destin a fini par la délivrer d’un mari épousé sous la contrainte alors que son cœur et ses sens appelaient Jean de la Nuit, le sauvage meneur de loups rencontré dans les environs de Lauzargues. Fuyant une province hostile, elle a retrouvé son rang dans le Paris tumultueux et révolutionnaire de 1830, lutté pour protéger son enfant et même, aux côtés de sa vieille amie Felicia, comtesse de Morosini, défié le pouvoir.Au moment où s’ouvre le troisième volet de ses aventures, le destin d’Hortense semble menacé de toute part. Est-ce la fin d’un rêve ? Le dernier acte avant la conquête du bonheur ?
Identiquement vêtues de dominos lilas piqués du même bouquet de violettes, leurs traits dissimulés sous des masques vénitiens à barbe de dentelle de même nuance que leurs costumes, Hortense et Felicia s’arrêtèrent au seuil de la salle, saisies par ce tourbillon de sons et de couleurs qui leur faisait un peu tourner la tête.
— Que de monde ! soupira Hortense. Et tous ces masques ! Comment reconnaître quelqu’un dans tout cela ?
— En effet, Maria Lipona, qui devait se rendre au bal avec plusieurs amis, leur avait donné rendez-vous. Mais Felicia, habituée depuis longtemps aux veglioni des carnavals romains, ne s’émut pas pour autant.
— Ce ne sera pas aussi difficile que vous l’imaginez. Maria sait comment nous sommes habillées et je sais moi qu’elle doit porter un domino de satin jaune citron avec des branches de mimosa et un masque blanc.
— Ce n’est pas de jeu ! protesta le maréchal en riant. La règle veut que l’on ignore tout de ses amis, et qu’ils ne sachent rien de vous. On s’amuse alors beaucoup à les chercher et, quand on les a trouvés, à les aborder et à leur poser, en prenant une voix de fausset, toutes sortes de questions abracadabrantes.
— On voit que vous connaissez bien mon pays, dit Felicia. C’est en effet ainsi que cela se pratique chez nous et, à Rome, j’aurais pu donner à mon amie d’utiles conseils mais nous sommes trop neuves ici et nous ne connaissons pas assez ces gens pour pouvoir nous amuser vraiment. La comtesse Lipona le sait…
— Je pense que nous la retrouverons facilement dès que la valse aura cessé… Ah ! c’est fini.
Les couples venaient en effet de s’arrêter et rejoignaient les loges disposées tout autour de la salle. Abandonné, le parquet redevint semblable à un grand lac sombre où les lumières des lustres mettaient autant d’étoiles. Il était beaucoup plus facile de voir qui se trouvait là.
— Tenez ! fit Felicia, voilà le domino jaune que nous cherchons…
Il était d’autant plus aisé de reconnaître Maria Lipona qu’ayant trop chaud parce qu’elle venait de danser, elle retirait justement son masque et s’en éventait tout en bavardant avec un groupe d’arlequins bleus et de dominos noirs. Elle accueillit ses amies avec sa bonne humeur habituelle puis, avec une jolie désinvolture, renvoya ses compagnons se livrer au plaisir de la danse.
— J’ai envie de bavarder un peu, leur dit-elle. Laissez-nous entre femmes.
Ils s’inclinèrent en silence et s’éloignèrent. D’ailleurs à cet instant Lanner – le Mozart de la valse si Strauss en était le Napoléon – levait son archet et entraînait ses violons. Une délicieuse musique se fit entendre.
— Par ma foi, dit Marmont, je vous laisse causer. Cette musique donnerait des fourmis dans les jambes à un paralytique. Je vais danser. Cela me rappellera mon beau temps…
Il s’éloigna et on le vit inviter une grande femme blonde en robe de velours rubis coiffée d’un hennin médiéval ennuagé de dentelles. La valse les emporta tous les deux.
— On savait danser dans la Grande Armée, apprécia Maria Lipona. Mes chères, je vous attendais avec impatience. Je me suis d’ailleurs démasquée dans l’espoir que vous me retrouveriez plus vite. J’avais hâte de vous apprendre que le prince est là.
— Vous en êtes certaine ? demanda Felicia.
— Tout à fait. Voyez-vous là-bas cette princesse chinoise en robe turquoise et masquée d’or ? C’est Nandine Karolyi. Le déguisement est transparent car, à cause de son type légèrement mongol, Reichstadt et son ami Esterhazy l’appellent « le Chinois ». Dieu sait pourquoi ce masculin d’ailleurs ! Elle est féminine en diable… A présent, voyez-vous ce domino violet à côté d’elle et cet autre, noir avec un masque blanc en forme de bec d’oiseau ? Le premier, c’est Maurice Esterhazy, mais l’autre c’est notre prince. D’ailleurs… regardez ! une mèche blonde dépasse du capuchon et retombe sur le masque…
— Je vois, dit Felicia. Mais vous avez une idée derrière la tête, Maria. A quoi pensez-vous ?
— Il faut que l’une de vous l’aborde. C’est la meilleure occasion que vous aurez jamais de lui parler…
— Dans un bal ? C’est de la folie ! murmura Hortense. Que pourrions-nous dire ?
— Au moins que vous existez et que vous souhaitez une entrevue sans témoins. La comtesse Camerata aurait donné cher pour une occasion comme celle-là !
— Vous avez parfaitement raison, dit Felicia. Mais nous irons toutes les deux, Hortense et moi. Ce sera plus facile ainsi de l’isoler. Venez Hortense !
— Mais Felicia, je n’oserai jamais…
— C’est moi qui oserai. Vous, contentez-vous de faire semblant de perdre votre masque. Il vous a déjà rencontrée. Il devrait vous reconnaître…
Tel un vaisseau de haut bord remorquant une timide frégate, Felicia fendit la foule, entraînant après elle Hortense dont le cœur battait la chamade. Elles rejoignirent le prince que leurs flots de faille lilas séparèrent de ses amis et comme en se jouant, l’entraînèrent à l’écart vers l’une des hautes fenêtres. Il protesta gentiment contre cette aimable violence.
— Hé là, belles dames, que me voulez-vous ?
— Ta tournure nous plaît, beau masque, et nous avons envie de te connaître mieux, dit Felicia d’une voix de fausset assez effroyable et qui fit sourire Hortense.
— Qui te dit que j’en vaux la peine ? Vous êtes toutes deux jeunes et belles, cela se devine aisément. Moi je suis sans intérêt : un solitaire, rien qu’un solitaire et qui aime sa solitude.
— J’en demeure d’accord. L’aigle est toujours solitaire.
— L’aigle ?
— Ou l’aiglon ? dit doucement Hortense qui se décidait enfin à se lancer dans l’aventure. Monseigneur, ne croyez pas que nous souhaitions vous importuner, ajouta-t-elle en français. Nous saisissons seulement cette occasion pour vous demander de nous accorder, où et quand il vous plaira, un moment d’entretien.
— Pourquoi m’appelez-vous monseigneur ? Qui êtes-vous ?
Instantanément, le masque de satin lilas fut au bout des doigts d’Hortense dont les yeux dorés plongèrent dans ceux du prince qui sourit.
— Tiens ! La jeune dame française du théâtre « An der Wien ». Me direz-vous qui vous êtes ?
— Hortense, comtesse de Lauzargues. Je suis née, monseigneur, le même jour que vous et l’Empereur a été mon parrain, la reine de Hollande ma marraine.
— Et moi, dit Felicia retrouvant sa voix chaude, je suis Maria-Felicia, princesse Orsini, comtesse Morosini. Nous ne sommes venues à Vienne que pour vous, monseigneur. Par grâce, accordez-nous cet entretien. Nous habitons le palais Palm…
— Je vous en prie, remettez vos masques et ayons l’air de plaisanter. Je suis surveillé sans cesse…
Ses yeux en effet étaient pleins d’inquiétude alors même que ses lèvres souriaient. Felicia déploya son éventail et, comme par jeu, lui donna un petit coup sur la main :
— Alors, monseigneur ?
— Quittons-nous ! Je vous promets de vous faire tenir prochainement de mes nouvelles.
Comme s’il venait de se livrer à une excellente plaisanterie, les deux femmes éclatèrent de rire avec un bel ensemble puis, prenant chacune une des mains du prince, le firent tourner deux ou trois fois puis s’éloignèrent avec de nouveaux rires. La foule se referma sur leur sillage et elles rejoignirent Maria Lipona qui, de loin, avait suivi leur manège.