Felicia au soleil couchant
- Автор: Бенцони Жюльетта
- Серия: Волки Лозарга #3
- Язык: французский
- Жанр: Исторические любовные романы
Электронная книга - «Felicia au soleil couchant». Краткое содержание книги:
Аннотация
Belle et riche héritière d’une famille de banquiers morts dans des circonstances mystérieuses, Hortense de Lauzargues a su résister au désespoir qui l’attendait dans la demeure de son oncle et déjouer les manœuvres de ce châtelain féodal. Le destin a fini par la délivrer d’un mari épousé sous la contrainte alors que son cœur et ses sens appelaient Jean de la Nuit, le sauvage meneur de loups rencontré dans les environs de Lauzargues. Fuyant une province hostile, elle a retrouvé son rang dans le Paris tumultueux et révolutionnaire de 1830, lutté pour protéger son enfant et même, aux côtés de sa vieille amie Felicia, comtesse de Morosini, défié le pouvoir.Au moment où s’ouvre le troisième volet de ses aventures, le destin d’Hortense semble menacé de toute part. Est-ce la fin d’un rêve ? Le dernier acte avant la conquête du bonheur ?
— Si vous vous précipitez ainsi sur tous les rouquins que vous apercevez, vous aurez des aventures désagréables. Il me semble que, si cet homme nous avait suivies, nous le saurions déjà. Et d’ailleurs, en admettant que ce soit lui, qu’alliez-vous lui dire ?
— Je n’en ai pas la moindre idée. Ce que je voulais, c’était une certitude. Vous n’imaginez pas comme il me fait peur.
— Avec moi, vous n’avez aucune raison d’avoir peur. A présent, regagnons la loge. Le spectacle va reprendre et nous pourrons observer à notre aise les gens de l’ambassade de France.
Mais, dans la loge du maréchal Maison, il n’y avait plus que Marmont et le petit homme à cheveux gris. Les jumelles des deux jeunes femmes eurent beau fouiller la salle, elles ne rencontrèrent Butler nulle part. Néanmoins, Felicia désigna à son amie un homme roux, vêtu d’un habit vert, qui était assis à l’orchestre et que la musique semblait plonger dans une sorte d’extase.
— C’est sûrement cet homme que vous avez vu…
Mais Hortense n’était pas convaincue. L’émotion qu’elle avait éprouvée était encore très fraîche et elle se promettait de poursuivre ses investigations dès le prochain entracte, quand, au beau milieu d’un grand air, Wilhelmine se leva, bâilla et déclara qu’il était temps de rentrer. Elle ne venait jamais au théâtre que pour passer un moment, se montrer et recevoir les hommages de l’entracte. Évidemment, il n’était jamais élégant d’arriver au début d’un spectacle mais Wilhelmine estimait qu’il n’était pas de meilleur ton d’y rester jusqu’au bout. Et comme, chez elle, arrivée et départ s’effectuaient toujours dans une sorte de brouhaha et d’agitation, comédiens et chanteurs préféraient de beaucoup que la loge de la duchesse de Sagan demeurât vide. Le public aussi d’ailleurs qui ne se gênait pas pour protester. Mais force fut aux invités de la duchesse de la suivre dans sa retraite.
Hortense dormit mal cette nuit-là et fit des cauchemars. L’idée que Patrick Butler était à Vienne s’était emparée de son esprit et s’y accrochait, gâchant la joie qu’elle avait eue de sa brève rencontre avec celui que Wilhelmine s’obstinait à appeler, non sans dédain, le petit Napoléon… Et elle avait si mauvaise mine quand elle rejoignit Felicia pour le petit déjeuner que celle-ci s’inquiéta.
— Vous n’allez tout de même pas vous rendre malade ? Je vais faire porter un billet au maréchal Marmont pour le prier de passer nous voir. Puisque vous l’avez vu parler avec cet homme, il doit bien savoir de qui il s’agit ? Et si cela ne suffit pas, nous pourrions demander à Duchamp d’essayer de savoir si Butler est à Vienne. Il connaît tous les hôtels.
L’idée de voir Marmont n’enchantait pas Hortense. Elle n’avait aucune sympathie pour l’homme et gardait rancune au traître d’Essonne. En outre, elle était agacée par la cour pressante qu’il faisait à Felicia et que la jeune femme accueillait, selon elle, de façon trop souriante. Elle avait tenté de s’en expliquer avec Felicia mais celle-ci n’avait fait que rire :
— Bien sûr que cet homme me déplaît ! Mais on ne prend pas les mouches avec du vinaigre et il peut nous être fort utile.
— Je ne crois pas. Duchamp dit qu’il échoue dans tout ce qu’il entreprend. Et puis il change un peu trop facilement d’avis. Voyez-le ! Après avoir suivi Charles X jusqu’en exil, le voilà qui papillonne autour de l’ambassade de France. Je parie qu’il brûle de servir Louis-Philippe…
— Il n’a aucune chance. Les Parisiens ont trop bonne mémoire et le lapideraient s’il osait reparaître dans les alentours des Orléans. En revanche… s’il revenait en serviteur dévoué de Napoléon II, il pourrait se voir accorder peut-être une chance de finir ses jours sur la terre de France. C’est, du moins, ce que je commence tout doucement à lui glisser dans l’esprit. Aussi, ma chère, faites-lui bonne figure. Vous m’aiderez…
Mais, cette fois, Hortense n’eut pas besoin des recommandations de Felicia pour sourire au duc de Raguse quand, dans l’après-midi, il se présenta au palais Palm. Bien qu’il n’apportât que peu d’éclaircissement au problème qui hantait la jeune femme.
— Je me souviens en effet d’avoir parlé hier soir avec un homme roux dans la loge de l’ambassadeur mais du diable si je peux vous dire son nom ! On vous présente toujours force gens aux entractes des théâtres et s’il fallait retenir tous ces noms ! D’autant que ma mémoire n’est plus ce qu’elle était.
— Faites un effort ! insista Felicia. Ne s’appelait-il pas Butler ? Patrick Butler ?
Marmont la regarda d’un air sincèrement navré.
— Honnêtement, je n’en sais rien. C’est peut-être cela mais quant à vous l’affirmer ! Vous allez décidément me prendre pour une vieille baderne, princesse. Vous me battez aux armes et quand vous me demandez un nom je suis incapable de vous le dire. Mais je vous promets d’essayer de me renseigner. Je verrai Maison. Puisque cet homme était chez lui il doit tout de même bien savoir qui il invite. Encore que je n’en sois pas absolument certain…
— Ce serait un peu fort ? dit Hortense.
— Mais pas impossible, belle dame. Maison est loin d’être une lumière et comme il est ici depuis peu, il mélange tout et se perd dans les noms étrangers qui défilent à ses oreilles. Mais, je vous l’ai dit : je le verrai. A présent, parlons d’autre chose ! Si vous ne m’aviez appelé, je serais venu tout de même. Demain a lieu, à la Redoute, le premier bal de carnaval. Tout Vienne y sera, la ville et la Cour. C’est toujours un peu mélangé mais assez amusant car il s’agit d’un bal masqué. Me permettez-vous de vous y accompagner ? Ce serait pour moi une grande joie que d’escorter de si jolies femmes. Et puis, vous qui aimez la musique, vous pourrez y danser au son de l’orchestre de Joseph Lanner. C’est l’un des deux rois de la valse qui se partagent le cœur des Viennois.
CHAPITRE VIII
UN BAL À LA REDOUTE
Dire que Johann Strauss[10] et Joseph Lanner se partageaient le cœur des Viennois relevait d’un aimable euphémisme. En réalité, une véritable « guerre des valses » emportait alors la capitale autrichienne, les partisans de l’un des chefs d’orchestre se refusant farouchement à reconnaître à l’autre le moindre talent. Et cela donnait lieu parfois à de réels affrontements qui avaient pour champs de bataille les immenses salles de danse que, depuis l’empereur Joseph II, on avait construites dans divers quartiers de la ville. Des salles où pouvaient évoluer plusieurs milliers de personnes et qui, pour le luxe et l’élégance, n’avaient rien à envier aux plus somptueux palais de l’aristocratie. Les fidèles des deux grands hommes y communiaient avec ferveur dans leur passion pour la valse.
Dans cette étrange guerre, c’était bien souvent Strauss, le « Napoléon de la valse », qui l’emportait. Noir de cheveu, noir de poil, il emportait dans la magie endiablée de son archet les habitués du fameux bal Sperl et il arrivait qu’il jouât même à la cour. Mais pour ce soir de carnaval, c’était vers le blond, le tendre Joseph Lanner qu’allaient les suffrages et le Tout-Vienne se dirigeait joyeusement vers la salle de la Redoute, proche des remparts. Les bals y étaient toujours fastueux et l’on était sûr de s’y amuser.
Quand, un peu avant minuit, Hortense et Felicia y pénétrèrent sous la conduite de Marmont, une foule multicolore tournoyait déjà sous les immenses lustres de cristal que les hautes glaces des murs reflétaient à l’infini. C’était un monde de personnages de rêve qui se laissait emporter au rythme de la danse, glissant sur le parquet miroitant dans l’odeur de cire chaude des milliers de bougies qui faisaient resplendir la Redoute. Les masques de satin ou de velours cachaient des visages de Colombine, d’Arlequin, de Pierrot, d’Isabelle et des autres charmants personnages de la commedia dell’arte auxquels se mêlaient des rois et des reines de fantaisie, des bergères enrubannées, des sultans et des magiciens, des sauvages et des paysannes d’opérette. En dépit du froid qu’il faisait au-dehors, la chaleur de la salle commençait à faner les guirlandes de fleurs disposées autour des glaces et exaltait jusqu’à la migraine le mélange des parfums.