Felicia au soleil couchant
- Автор: Бенцони Жюльетта
- Серия: Волки Лозарга #3
- Язык: французский
- Жанр: Исторические любовные романы
Электронная книга - «Felicia au soleil couchant». Краткое содержание книги:
Аннотация
Belle et riche héritière d’une famille de banquiers morts dans des circonstances mystérieuses, Hortense de Lauzargues a su résister au désespoir qui l’attendait dans la demeure de son oncle et déjouer les manœuvres de ce châtelain féodal. Le destin a fini par la délivrer d’un mari épousé sous la contrainte alors que son cœur et ses sens appelaient Jean de la Nuit, le sauvage meneur de loups rencontré dans les environs de Lauzargues. Fuyant une province hostile, elle a retrouvé son rang dans le Paris tumultueux et révolutionnaire de 1830, lutté pour protéger son enfant et même, aux côtés de sa vieille amie Felicia, comtesse de Morosini, défié le pouvoir.Au moment où s’ouvre le troisième volet de ses aventures, le destin d’Hortense semble menacé de toute part. Est-ce la fin d’un rêve ? Le dernier acte avant la conquête du bonheur ?
A se trouver ainsi en face de celles qu’au temps du fameux Congrès on appelait les Trois grâces de Courlande – Wilhelmine de Sagan, Pauline de Hohenzollern-Elchingen et Jeanne d’Acerenza – Hortense et Felicia eurent d’abord la curieuse sensation de voir triple mais elles revinrent très vite de cette impression car les personnalités se dégagèrent d’autant plus rapidement que celle de la duchesse de Sagan dominait nettement les autres.
A cinquante ans, l’aînée des Courlande gardait un éclat et une majesté qui réduisaient ses sœurs à l’état de comparses. Elle avait été mariée trois fois : à un Français, le prince Louis de Rohan-Guéménée, à un Russe, le prince Vassili Troubetzkoï, et à un Allemand, le comte von Schulenburg, mais ces hommes, dont elle n’avait pas eu d’enfant d’ailleurs – sa seule fille lui venait de l’un de ses amants, le comte d’Armfeldt, un Suédois – ces trois hommes donc n’avaient fait que passer dans sa vie, y jouant un rôle purement décoratif et ne laissant pas plus d’empreinte sur Wilhelmine que la vague sur le sable d’une plage. Des amants, en revanche, elle en avait eu plusieurs dont certains, comme le tsar Alexandre Ier ou même Talleyrand pour qui elle avait eu quelques bontés, n’avaient pas compté vraiment mais d’autres lui étaient restés fortement attachés. C’étaient Armfeldt, le prince de Windischgrâtz qu’elle avait beaucoup aimé et surtout le chancelier d’Autriche, Clément de Metternich, qu’elle avait fait beaucoup souffrir sans qu’il parvienne toutefois à se guérir de cet amour.
Et ce n’était un secret pour personne que, souvent, le chancelier de François II franchissait le seuil du palais Palm pour venir évoquer avec Wilhelmine le temps si doux de leurs anciennes amours.
Se sachant en face d’une souveraine, Felicia et Hortense lui offrirent, dès le seuil, une révérence qui parut la charmer.
— Approchez, mesdames ! dit-elle en français mais avec un sensible accent slave. C’est toujours un plaisir de recevoir des étrangères de qualité et plus encore lorsqu’il s’agit de voisines. Vous me pardonnerez, j’espère, d’avoir différé tous ces jours à vous recevoir mais les affaires de Sagan m’ont beaucoup occupée. Naturellement, vous connaissez mes sœurs ? Non ? Alors voici Pauline…
Durant quelques instants, un véritable flot de paroles submergea les nouvelles venues, mêlant les présentations à ces considérations sur le temps et à des compliments sur l’élégance des visiteuses.
— Vous êtes romaine, je crois, princesse ? Est-ce à Rome que l’on habille aussi bien ?
— Non, Altesse, c’est à Paris, répondit Felicia. Je suis romaine sans doute, mais mon amie Hortense est française, comme Votre Altesse doit le savoir…
Wilhelmine eut un grand sourire et agita frénétiquement son éventail d’écaille et de dentelle comme s’il faisait tout à coup une chaleur torride.
— Bien sûr, bien sûr ! Ah, Paris ! il n’y a que là que l’on habille bien. Ma dernière sœur, la duchesse de Dino, est, sachez-le, la femme la mieux habillée du monde.
— Je le sais d’autant mieux, dit Hortense avec un sourire, que j’ai l’honneur de connaître Mme la duchesse, chez laquelle j’ai eu l’agrément de séjourner un moment.
— Rue Saint-Florentin ? Vous connaissez Douchka ?
— Mais oui, madame. La princesse Orsini la connaît bien, elle aussi. C’est même elle qui m’a présentée. Je regrette, à ce propos, de ne pouvoir apporter à Votre Altesse les pensées de sa sœur. Je n’ai pas revu Mme de Dino depuis son départ pour l’Angleterre.
— C’est depuis plus dommage, dit Jeanne d’Acerenza, que nous sommes sans nouvelles depuis longtemps. Apparemment, Douchka préfère toujours servir de secrétaire à ce vieux diable de Talleyrand plutôt qu’écrire à ses sœurs…
— Je sais qu’il la fascine par son esprit et cette espèce de génie sais qu’il possède, lança Pauline, la troisième sœur, mais j’espère sincèrement qu’elle n’est plus sa maîtresse. Un vieillard podagre ! C’est déjà assez dégoûtant qu’elle le fût devenue…
Le ton était méchant et Hortense décida que cette dame ne lui serait jamais sympathique, mais déjà Wilhelmine relevait le propos.
— Ne parlez donc pas de ce que vous ne connaissez pas, Pauline ! Ce vieillard podagre possède plus de charme que bien des jeunes et fringants officiers. Mais laissons cela et puisque vous êtes des amies de Douchka, vous serez de nos amies aussi. Voulez-vous sonner, Jeanne, pour que l’on nous serve le café ? Le froid s’infiltre partout dans ces grandes bâtisses et je me sens glacée. Nous avons toutes besoin de quelque chose de chaud.
Felicia retint un sourire. Que la duchesse eût froid n’avait rien d’étonnant : sa robe était un vaporeux assemblage de soies légères et de dentelles. Il arrivait même à Wilhelmine de Sagan de porter de la mousseline au cœur de l’hiver car elle ne se jugeait à son avantage que dans des vêtements aériens ou des fourrures mousseuses, ces dernières étant, évidemment, réservées à l’extérieur. Ce qui ne l’empêchait pas de s’intéresser vivement à ce que portaient les autres femmes et, tandis que l’on servait le célèbre café viennois couronné de crème fraîche et cerné de pâtisseries dont ces dames semblaient faire grand cas, les voyageuses venues de Paris subirent un feu roulant de questions sur ce qui se portait actuellement et sur les dernières tendances de la mode. Elles y répondirent de leur mieux et proposèrent même à leur hôtesse de lui montrer leurs dernières trouvailles si toutefois elle voulait bien honorer l’aile gauche du palais de son auguste présence. Ce qui fut accepté d’enthousiasme.
— Tout de même, dit Felicia, les dames de Vienne ne sont pas si déshéritées. Nous sommes allées chez une certaine Palmyre qui fait des merveilles…
— Palmyre est bien sans doute, concéda la duchesse, mais je la soupçonne d’être toujours en retard d’une mode. Et c’est agaçant.
A cet instant, Pauline de Hohenzollern, qui s’était approchée de l’une des fenêtres et en soulevait le rideau, remarqua :
— Tiens ! On dirait que le petit Napoléon est guéri. Le voilà qui sort du palais !…
Le cœur d’Hortense bondit et elle ne put maîtriser un premier mouvement qui la fit lever.
— Que Votre Altesse me pardonne, s’excusa-t-elle en rougissant, mais je n’ai encore jamais vu le prince et j’aimerais…
— Voir à quoi il ressemble ? C’est trop naturel et il en vaut la peine d’ailleurs. Venez, je vais vous montrer par la même occasion le balcon d’où nous avons, en 1814, assisté à l’entrée triomphale de notre cher tsar Alexandre. Mes fourrures !