Felicia au soleil couchant
- Автор: Бенцони Жюльетта
- Серия: Волки Лозарга #3
- Язык: французский
- Жанр: Исторические любовные романы
Электронная книга - «Felicia au soleil couchant». Краткое содержание книги:
Аннотация
Belle et riche héritière d’une famille de banquiers morts dans des circonstances mystérieuses, Hortense de Lauzargues a su résister au désespoir qui l’attendait dans la demeure de son oncle et déjouer les manœuvres de ce châtelain féodal. Le destin a fini par la délivrer d’un mari épousé sous la contrainte alors que son cœur et ses sens appelaient Jean de la Nuit, le sauvage meneur de loups rencontré dans les environs de Lauzargues. Fuyant une province hostile, elle a retrouvé son rang dans le Paris tumultueux et révolutionnaire de 1830, lutté pour protéger son enfant et même, aux côtés de sa vieille amie Felicia, comtesse de Morosini, défié le pouvoir.Au moment où s’ouvre le troisième volet de ses aventures, le destin d’Hortense semble menacé de toute part. Est-ce la fin d’un rêve ? Le dernier acte avant la conquête du bonheur ?
Le ciel, ce jour-là, était d’un bleu léger, nuancé de gris et l’air avait l’odeur des chevaux et le parfum de la terre humide. Et puis Hortense aimait bien le Prater, qui était certainement l’un des plus beaux parcs d’Europe. Une partie en était peuplée de boutiques, de cafés, de théâtres en plein air, mais sitôt que l’on s’écartait de l’allée centrale, on trouvait des arbres centenaires couvrant de leurs branches immenses de larges espaces d’herbe où, en été, il devait être bien agréable de se promener à pied. Parfois, on apercevait des biches et des chevreuils auxquels personne n’avait le droit de toucher et qui renforçaient encore l’impression délicieuse d’être au cœur d’une véritable forêt. Certains de ces arbres étaient de grands sapins noirs et Hortense, en les voyant, sentait son cœur s’emplir à la fois d’amour et de chagrin parce qu’ils lui rappelaient ceux qui s’élevaient si haut dans les alentours de son petit château de Combert. Et sa pensée, alors, repartait vers l’Auvergne, vers son petit Étienne qui devait bien souvent réclamer sa maman, vers Jean dont le souvenir se faisait de jour en jour plus douloureux.
Comment avait-il reçu sa dernière lettre ? Qu’en avait-il pensé ? Avait-il compris et pardonné celle qui avait osé lui mentir parce qu’elle l’aimait de façon trop exclusive ? Aucune nouvelle n’était arrivée de France en dépit de l’adresse qu’Hortense n’avait pu s’empêcher de donner, mais ce silence commençait à peser cruellement sur la jeune femme quand l’inaction et l’inquiétude lui laissaient la tête vide. C’est pourquoi elle aimait promener au Prater sa mélancolie. Pour le simple plaisir d’y retrouver une nature semblable à celle qu’elle aimait.
La longue semaine s’acheva, une autre la suivit et une troisième commençait quand, enfin, une invitation leur arriva. Une invitation tout à fait inattendue portée par un valet de la Cour : l’archiduchesse Sophie faisait savoir à la princesse Orsini et à la comtesse de Lauzargues qu’elle les attendrait l’après-midi même à 3 heures.
— Que nous veut-elle ? fut la première réaction d’Hortense, mais Felicia voyait plus loin :
— Je croirais volontiers que c’est là le rendez-vous que nous attendions. Nous ne pouvions espérer être convoquées par le prince lui-même. Une femme a plus de latitude pour recevoir d’autres femmes…
En attendant, elle s’en alla prévenir Duchamp pour revoir avec lui l’ensemble du plan qu’ils avaient établi de concert. C’était d’ailleurs l’heure de sa leçon d’escrime.
Il était assez simple, ce plan, et consistait d’abord en une grande réception donnée par Felicia et Hortense au palais Palm. Une réception où l’on inviterait Wilhelmine, ses sœurs, Marmont, le maréchal Maison, quelques anti-Français notoires, quelques étrangers aussi afin de n’éveiller aucun soupçon. Le duc de Reichstadt pourrait y faire une apparition comme il lui arrivait, à présent, d’en faire dans certains salons. Mais il n’en ressortirait pas. Tandis que von Trautheim rentrerait à la Hofburg sous les vêtements du prince, ce qui assurerait aux fugitifs quelques heures d’avance, celui-ci prendrait place dans la voiture de Felicia sous les habits et le passeport d’Hortense qui, elle-même, rejoindrait Duchamp, habillée en garçon afin de suivre, à cheval et à une heure d’intervalle, la berline emportant Felicia et le prince. Des relais seraient disposés par Duchamp et ses amis et l’on se rejoindrait une fois la frontière franchie.
Naturellement, et pour ne pas éveiller l’attention, les bagages seraient faits la veille sous le prétexte d’un séjour dans le château que les Lipona possédaient en Bohême. Une fois hors d’Autriche, Hortense reprendrait sa place et son identité et le prince, en habit bourgeois, suivrait la voiture avec les quelques partisans qui n’attendaient qu’un signal pour se mettre à son service. Duchamp s’était procuré depuis longtemps les passeports nécessaires. Ensuite il faudrait sans doute aviser, Duchamp étant partisan de se réfugier dans la première place forte française dont la garnison pourrait être facilement gagnée, et Felicia préférant rentrer directement à Paris pour y rameuter, rue de Babylone, tous ceux qui brûlaient de voir se lever un nouvel empire.
— Reste à savoir, soupira Hortense en conclusion, si notre prince consentira à se confier à nous pour courir cette aventure.
— Il n’a aucune raison valable de refuser, affirma Felicia. Je sais, par les rapports que Duchamp reçoit de la Hofburg, qu’avec son ami Prokesch François ne cesse d’échafauder des plans d’évasion. Le plus difficile sera peut-être de convaincre ledit Prokesch sans lequel il refuserait sans doute de partir. Mais, au fond, ce que nous proposons est simple et devrait réussir…
Cela paraissait incroyablement facile en paroles. En serait-il de même pour la réalisation ? En rentrant de chez Duchamp, Felicia rapporta un front soucieux. Non seulement il fallait réussir mais encore il fallait faire vite car, en France, les choses commençaient à se présenter un peu moins bien : le ministère Laffitte venait d’être remplacé par celui de Casimir Perier. Or, Laffitte, qui gardait en son cœur le souvenir de l’Empereur, représentait une aide sans prix qui, à présent n’existait plus. Ou, tout au moins, n’offrirait plus la même efficacité.
— Vous voyez comment ce fils de régicide paie ses dettes ? s’était écrié Duchamp. Laffitte s’est à moitié ruiné pour l’aider à grimper sur le trône mais, à présent, le roi-citoyen craint qu’il ne prenne trop de place et installe dans son fauteuil son pire adversaire ! Heureusement, Laffitte garde de nombreux amis et, avec tous les anciens soldats de Napoléon qui peuvent désormais quitter leurs résidences surveillées, nous aurons, je pense, assez de troupes pour balayer l’homme au parapluie…
Ces paroles enthousiastes réconfortaient un peu les deux femmes tandis que, sur les pas du valet de l’archiduchesse revenu les chercher, elles franchissaient une petite porte de la Hofburg menant directement à l’Amalienhof sur laquelle Sophie avait ses appartements.
Ceux-ci comportaient toute la somptuosité convenable pour une future impératrice : meubles lourds et abondamment dorés, nombreux portraits représentant les enfants de la grande souveraine qu’avait été Marie-Thérèse, somptueux gobelins couleur framboise et surtout dans d’admirables céladons chinois, des brassées de fleurs qui embaumaient les salons que l’on fit traverser aux visiteuses jusqu’à une petite pièce plus exiguë et plus intime au seuil de laquelle une dame d’honneur les attendait.
Celle-ci leur sourit mais ne les invita pas à s’asseoir. Tout Vienne savait le goût de l’archiduchesse Sophie pour le respect de l’étiquette et c’était déjà une assez fabuleuse entorse qu’elle y faisait en recevant ainsi des femmes, même très nobles, qui ne lui avaient pas été présentées.
— Veuillez attendre ici, dit la dame d’honneur. Son Altesse impériale va venir dans un instant. Elle désire vous recevoir seule.
Ayant dit, elle disparut dans un bruit de soie froissée, laissant les deux visiteuses debout au milieu de la pièce habitée par le battement d’une grande pendule dorée et le ronflement léger du grand poêle de faïence blanc et or qui entretenait une douce chaleur.
— J’ai les jambes qui tremblent, souffla Hortense.
— Moi aussi, admit Felicia, mais tâchez tout de même de ne pas rater votre révérence : ce serait d’un effet déplorable.
La porte blanc et or surmontée d’un cartouche dans le goût de Boucher s’ouvrit et les deux jeunes femmes plongèrent avec ensemble dans leurs révérences mais, au lieu d’une robe de soie, leurs yeux découvrirent une paire de bottes étincelantes suivies d’une autre paire de bottes.