Felicia au soleil couchant
- Автор: Бенцони Жюльетта
- Серия: Волки Лозарга #3
- Язык: французский
- Жанр: Исторические любовные романы
Электронная книга - «Felicia au soleil couchant». Краткое содержание книги:
Аннотация
Belle et riche héritière d’une famille de banquiers morts dans des circonstances mystérieuses, Hortense de Lauzargues a su résister au désespoir qui l’attendait dans la demeure de son oncle et déjouer les manœuvres de ce châtelain féodal. Le destin a fini par la délivrer d’un mari épousé sous la contrainte alors que son cœur et ses sens appelaient Jean de la Nuit, le sauvage meneur de loups rencontré dans les environs de Lauzargues. Fuyant une province hostile, elle a retrouvé son rang dans le Paris tumultueux et révolutionnaire de 1830, lutté pour protéger son enfant et même, aux côtés de sa vieille amie Felicia, comtesse de Morosini, défié le pouvoir.Au moment où s’ouvre le troisième volet de ses aventures, le destin d’Hortense semble menacé de toute part. Est-ce la fin d’un rêve ? Le dernier acte avant la conquête du bonheur ?
— Je m’en charge, naturellement, dit Marmont. Je dirai à l’ambassadeur ce qui s’est passé… en insistant sur le fait qu’il importunait une dame afin qu’on ne pose pas trop de questions. C’est bien ce que vous voulez, n’est-ce pas ? D’ailleurs je n’ai pas beaucoup de sympathie pour ce… Butler ? Nous sommes d’accord ?
— Nous le sommes ! dit Felicia, qui ajouta avec audace :
— Nous ne tenons nullement à ce que l’ambassadeur de Louis-Philippe se mêle de nos affaires.
— Je vois…
Il se tourna vers Duchamp et, avec un sourire qui le rajeunit soudain d’extraordinaire façon :
— Peut-être faudra-t-il faire preuve de quelque imagination pour que le maréchal admette qu’un simple maître d’armes nommé Grünfeld se soit tout à coup changé en paladin au service d’une jeune et belle dame française ?…
— Nous sommes tous comme ça… en Alsace ! grogna le faux Grünfeld.
— Nous étions surtout tous comme cela dans la Grande Armée. Mais, n’ayez crainte, je garderai mes impressions pour moi…
— Pourquoi le feriez-vous ? dit Felicia avec insolence.
— Peut-être pour qu’il arrive à vos grands yeux noirs de s’adoucir parfois en pensant à moi, princesse. Il se pourrait que je brûle de me dévouer pour vous…
Il prit sa main, la baisa avec un rien d’insistance, salua Maria Lipona, adressa à la ronde un « au revoir » général et quitta la bibliothèque. Le médecin, qui buvait une tasse de café, dit alors :
— J’allais oublier : le blessé réclame une dame qui se nomme Hortense…
— Il n’imagine tout de même pas qu’elle va y aller et, pourquoi donc pas, s’installer à son chevet ? Dites-lui qu’elle est déjà repartie, s’écria Felicia.
— Non, coupa Hortense. Il vaut mieux que j’y aille. Après tout peut-être a-t-il enfin compris ?
— Quand donc cesserez-vous de croire aux fées ?…
— Et moi je pense qu’il faudrait pour cela plus qu’un coup d’épée, renchérit Duchamp. Ce n’est qu’un Breton au crâne dur.
— Bien sûr, mais j’y vais tout de même. Merci à vous, mon ami. Merci de ce que vous avez fait pour moi. Et, se haussant légèrement, elle posa ses lèvres sur la joue du colonel qui, du coup, devint rouge comme une belle cerise :
— Je recommencerai aussi souvent qu’il le faudra et s’il faut le tuer pour de bon…
— Peut-être pourriez-vous laisser ce soin à Timour ? dit Felicia en riant. Lui aussi a un compte à régler avec Butler.
— A dire vrai, celui-ci semblait fort mal en point. Sous son hâle profond, son visage montrait une vilaine teinte grisâtre et ses yeux, quand il les ouvrit à l’approche d’Hortense, étaient curieusement décolorés.
— J’ai senti votre parfum, souffla-t-il péniblement. Vous voilà débarrassée de moi… pour un temps. Mais… pour un temps seulement. Jamais je ne… renoncerai à vous. Je vous aime trop… pour cela.
— Vous m’aimez mal puisque vous ne songez qu’à me nuire. Si vous consentiez seulement à vous conduire autrement, je n’aurais aucune raison de souhaiter ne plus vous revoir ? Pourquoi ne pas être un ami au lieu d’un ennemi ?
Le blessé eut un ricanement qui s’acheva en grimace douloureuse et appuya sa main sur sa poitrine :
— Un ami ? Qu’est-ce qu’un ami ? Moi, je veux être votre… amant… votre époux, rien d’autre.
— Un ami, c’est l’homme qui vous a blessé. Il m’aime lui aussi, bien qu’il n’espère rien sinon me défendre, me protéger. Je lui dois déjà la vie. A vous, je ne dois que des larmes… et un souvenir honteux.
— Je vous le ferai oublier… je le jure !
— N’y pensez pas et essayez de dormir. Demain je prendrai de vos nouvelles.
Et sans paraître voir la main qu’il essayait de tendre vers elle pour la retenir, Hortense quitta la chambre où d’ailleurs le médecin revenait avec le baron Degerfeld. Elle salua les deux hommes au passage et rejoignit ses amies dans la bibliothèque.
— Je crois, dit-elle à Felicia, que nous pouvons repartir à présent mais, ma chère Maria, je ne vous remercierai jamais assez de vous dévouer à ce point pour nous et d’hospitaliser si généreusement cet homme.
— Laissez donc ! dit la comtesse gaiement, vous savez très bien que j’adore avoir des invités et celui-là, après tout, ne manque pas d’originalité. Il peut être intéressant…
— S’il pouvait tomber amoureux de vous, vous nous rendriez le plus grand des services, fit Felicia.
— Je peux toujours essayer. Quant à vous, efforcez-vous de ne plus penser qu’à ce qui vous attend. Ce soir, vous avez remporté une grande victoire puisqu’on vous a promis une entrevue. C’est la meilleure des nouvelles… Il nous reste à espérer l’aide de Dieu.
Le bel espoir de cette nuit de carnaval s’effrita un peu au cours de la semaine qui suivit parce que aucune nouvelle du prince ne parvint au palais Palm. Felicia et Hortense pensèrent d’abord qu’il était peut-être à nouveau souffrant, mais elles savaient par Marmont, qui devenait un habitué de l’heure du thé, que tout était normal à la Hofburg et que le fils de Napoléon poursuivait, avec le duc de Raguse, ses leçons d’histoire impériale. Alors pourquoi ne donnait-il pas signe de vie ? Se méfiait-il encore ou bien n’avait-il promis que pour se débarrasser de deux femmes qu’après tout il considérait peut-être comme de simples folles ? Mais c’était là une idée difficile à supporter et, d’un commun accord, les deux amies préféraient l’éviter. Felicia trompait son impatience en faisant des armes avec une sorte de rage. Chaque jour, à présent, elle se rendait chez Duchamp et ferraillait durant une grande heure sous l’œil d’Hortense qui l’accompagnait le plus souvent pour s’ennuyer un peu moins. Les thés chez Wilhelmine de Sagan et quelques visites à Maria Lipona chez qui Butler se remettait très lentement ne suffisaient pas à les occuper.
Duchamp trépignait presque autant que ses amies. Le colonel entretenait une énorme correspondance avec certains de ses anciens compagnons restés en France et, par eux, se tenait au courant de ce qui s’y passait.
— Je crois que nous aurions intérêt à faire vite, disait-il. Les choses ne vont pas au mieux pour le roi-citoyen, là-bas. Paris s’agite toujours plus ou moins. Il y a eu des émeutes contre l’Église, des appels à la république à l’annonce des divers mouvements révolutionnaires qui secouent actuellement plusieurs villes d’Italie comme Modène, Bologne, Parme, la Romagne et même les Marches. Louis-Philippe croit apaiser les esprits en faisant supprimer les fleurs de lys de l’écusson royal et du sceau de l’État, mais il n’y a vraiment pas là matière à enthousiasme. Et d’enthousiasme, c’est de cela dont le peuple a le plus grand besoin. Qu’on lui ramène un jeune empereur, beau et tout auréolé de la gloire de son père et il ne pensera plus à aucune république… Mais que faire sinon attendre encore ?
En dépit du froid vif, Hortense et Felicia se promenaient chaque jour au Prater dans l’espoir d’apercevoir le prince dont on leur affirmait qu’il avait coutume de s’y rendre quotidiennement. Mais sans doute ses heures étaient-elles capricieuses car elles ne l’entrevirent qu’une seule fois, au cours de cette mortelle semaine. Encore était-ce derrière la vitre miroitante d’une voiture et elles ne purent même pas voir s’il avait répondu à leur salut, s’il les avait reconnues. Avec son impétuosité, Felicia voulut lancer son attelage sur les traces de la voiture de la Cour, mais Hortense l’en dissuada :
— Cela ne sert à rien. Nous ne pourrions que l’importuner. Continuons plutôt notre promenade… Il fait presque beau.