Felicia au soleil couchant
- Автор: Бенцони Жюльетта
- Серия: Волки Лозарга #3
- Язык: французский
- Жанр: Исторические любовные романы
Электронная книга - «Felicia au soleil couchant». Краткое содержание книги:
Аннотация
Belle et riche héritière d’une famille de banquiers morts dans des circonstances mystérieuses, Hortense de Lauzargues a su résister au désespoir qui l’attendait dans la demeure de son oncle et déjouer les manœuvres de ce châtelain féodal. Le destin a fini par la délivrer d’un mari épousé sous la contrainte alors que son cœur et ses sens appelaient Jean de la Nuit, le sauvage meneur de loups rencontré dans les environs de Lauzargues. Fuyant une province hostile, elle a retrouvé son rang dans le Paris tumultueux et révolutionnaire de 1830, lutté pour protéger son enfant et même, aux côtés de sa vieille amie Felicia, comtesse de Morosini, défié le pouvoir.Au moment où s’ouvre le troisième volet de ses aventures, le destin d’Hortense semble menacé de toute part. Est-ce la fin d’un rêve ? Le dernier acte avant la conquête du bonheur ?
— Elle paraît bien jeune pour une tante ?
— Elle a vingt-six ans. Je crois d’ailleurs que les sentiments qui les unissent sont d’une nature rien moins que familiale. Le jeune duc éprouverait pour Sophie une vénération bien proche de l’amour. Quant à l’archiduchesse, mariée à un brave homme d’archiduc lourd et endormi à souhait, elle aurait peut-être quelque peine à démêler ce qui appartient, dans les sentiments qu’elle porte à ce beau neveu, à cette tendresse maternelle dont il manque tant.
— Disons les choses clairement, dit Felicia qui écoutait et qui aimait les situations nettes. Ils s’aiment ?
L’éventail de la duchesse de Sagan pencha cette fois vers celui de la Romaine.
— Certains vont même jusqu’à parler de passion partagée et les plus mauvaises langues prétendent que le petit François-Joseph mis au monde l’an passé par Sophie et qui est un superbe bébé blond ne serait pas tout à fait le fils du bon François-Charles. C’est depuis cette naissance d’ailleurs que – peut-être pour donner le change – le petit Napoléon s’affiche avec une jeune femme de la meilleure société : la comtesse Nandine Karolyi, née princesse Kaunitz… Il est vrai que Nandine se montre aussi beaucoup avec Maurice Esterhazy, l’un des meilleurs amis du prince… Je vous la montrerai tout à l’heure…
Le second acte de la Flûte enchantée s’achevait au milieu d’un tonnerre d’applaudissements qui prouvaient que, contrairement aux Parisiens qui allaient au théâtre pour bavarder, les Viennois, eux, y allaient pour écouter. Le rideau se releva plusieurs fois puis la vaste salle se trouva livrée à la vie mondaine. Il était de coutume, comme à Paris, de se rendre visite de loge à loge, les hommes se déplaçant pour aller saluer les femmes qui, elles, ne bougeaient guère. Bientôt, la loge de la duchesse de Sagan se trouva envahie. Où qu’elle allât, Wilhelmine semblait toujours traîner autour d’elle une véritable cour. Felicia et Hortense, qui s’étaient rapprochées, en profitèrent pour dévorer des yeux la loge impériale où d’ailleurs se jouait une petite scène : sanglé dans un frac bleu nuit constellé de décorations, le prince de Metternich venait d’y faire son entrée et s’inclinait devant l’archiduchesse alors occupée à bavarder joyeusement avec son neveu.
A l’aspect du nouveau venu, le sourire de la jeune femme s’effaça et ce fut avec un air d’ennui véritablement impérial qu’elle laissa le chancelier effleurer de ses lèvres son gant de soie brodée. Puis elle se détourna légèrement tandis que Metternich s’adressait au jeune prince comme si ce qu’ils pouvaient se dire ne l’intéressait en rien.
Dans l’entourage de Wilhelmine, quelqu’un dit :
— L’aversion de l’archiduchesse Sophie pour Metternich est de plus en plus évidente. Je pense qu’elle finira par lui tourner carrément le dos.
— Elle le déteste à ce point ? Mais pourquoi ? demanda Felicia, intervenant tranquillement dans la conversation.
Celui qui avait parlé, un jeune fat portant un nom d’Europe centrale extrêmement difficile à retenir et plus encore à orthographier, se mit à rire :
— Elle lui reproche sa politique. Quelle audace, n’est-ce pas, pour une petite archiduchesse ? Il est vrai qu’elle aurait, paraît-il, sur la question, des idées tout à fait personnelles. Et des ambitions…
— Justifiées si elle doit coiffer un jour la couronne impériale ?
— Oh ! cela n’aurait rien d’étonnant ! Ferdinand, l’héritier du trône, est un simple d’esprit. Son frère François-Charles pourrait lui succéder assez vite. Mais je crois surtout que le plus grand grief de Sophie tient à la rigueur dans laquelle Metternich tient le jeune Reichstadt…
Brusquement, Hortense, qui suivait le dialogue avec attention, cessa d’écouter. Son regard, errant sur la salle, venait de se fixer sur la loge dans laquelle le nouvel ambassadeur de France, le maréchal Maison, étalait son ventre et ses favoris gris curieusement hérissés auprès d’une dame d’un âge certain coiffée en barbes de dentelle et emballée de velours pourpre qui devait être sa femme. Derrière eux, trois hommes causaient ensemble dont l’un était le maréchal Marmont, et le second, un petit homme mince à cheveux gris. Mais le troisième érigeait, sur un habit vert foncé, une crinière rousse dont la vue accéléra les battements du cœur d’Hortense. Cette chevelure… cette tournure… ce visage dont elle n’apercevait qu’un profil perdu mais qu’elle croyait bien reconnaître… est-ce que ce n’était pas Patrick Butler ?
Elle avait guetté son apparition tout au long du voyage mais, depuis qu’elle était à Vienne, elle avait fini par penser qu’il avait perdu sa trace, qu’il avait renoncé et que, peut-être honteux de sa conduite envers une femme mais somme toute satisfait, il était reparti vers ses brumes bretonnes et une maison d’armement naval qui tout de même devait réclamer sa présence de temps en temps. Et voilà qu’il apparaissait brusquement dans ce théâtre viennois !… Mais était-ce vraiment lui ? Une ressemblance était toujours possible…
Décidée à en avoir le cœur net et poussée par une sorte de panique, Hortense, sans autre explication, bousculant même Felicia, se précipita hors de la loge et, ramassant ses amples jupes de taffetas rose pâle, s’élança au long de la galerie en demi-cercle qui contournait les loges. Elle ne voyait rien, elle n’entendait rien. Pas même l’appel de Felicia qui s’élançait à sa poursuite. Elle ne savait pas très bien ce qu’elle ferait, ce qu’elle dirait si l’homme était bien Butler mais il fallait qu’elle le voie de près.
Un choc brutal arrêta son élan et elle se retrouva le nez contre une épaule vêtue de velours bleu azur :
— Mon Dieu, madame, où courez-vous si vite ? dit une voix douce et bien timbrée tandis que deux mains fermes la retenaient de tomber. Elle s’écarta, voulut s’excuser et resta sans voix. L’homme qu’elle venait de heurter si brutalement n’était autre que le duc de Reichstadt, qui sortait tout juste de la loge impériale.
Les jambes fauchées, elle plongea dans ce qui pouvait passer à la rigueur pour une révérence.
— Mon… monseigneur, réussit-elle à balbutier d’une voix presque blanche, je… je demande… pardon à…
Le prince eut un sourire qui pénétra jusqu’au fond du cœur d’Hortense.
— Je parie que vous êtes française, dit-il en riant. Savez-vous que votre allemand est détestable ?
— Je le crois volontiers, monseigneur, fit-elle, en français cette fois. Je ne sais que quelques phrases et encore bien mal.
— Comme vous avez raison ! Quand on a la chance d’être français, on ne devrait jamais parler une autre langue. Je vous salue, madame…
Deux officiers l’avaient rejoint et il s’éloignait déjà pour entrer dans une autre loge. Hortense resta là, ne sachant plus bien où elle en était, ce qui permit à Felicia de la rejoindre.
— Eh bien, ma chère, fit-elle en souriant, vous avez d’étranges façons de faire connaissance avec les gens qui vous intéressent ! Mais me direz-vous ce qui vous a pris de partir ainsi en courant ?
Hortense passa sur son front une main qui tremblait :
— J’ai aperçu un homme dans la loge du maréchal Maison, un homme qui causait avec le duc de Raguse…
— Et alors ?
— Je suis presque certaine que c’était Patrick Butler. En tout cas, il lui ressemblait beaucoup… la même couleur de cheveux… la même stature…
Felicia prit doucement mais fermement le bras de son amie et l’obligea à revenir sur ses pas.