Felicia au soleil couchant
- Автор: Бенцони Жюльетта
- Серия: Волки Лозарга #3
- Язык: французский
- Жанр: Исторические любовные романы
Электронная книга - «Felicia au soleil couchant». Краткое содержание книги:
Аннотация
Belle et riche héritière d’une famille de banquiers morts dans des circonstances mystérieuses, Hortense de Lauzargues a su résister au désespoir qui l’attendait dans la demeure de son oncle et déjouer les manœuvres de ce châtelain féodal. Le destin a fini par la délivrer d’un mari épousé sous la contrainte alors que son cœur et ses sens appelaient Jean de la Nuit, le sauvage meneur de loups rencontré dans les environs de Lauzargues. Fuyant une province hostile, elle a retrouvé son rang dans le Paris tumultueux et révolutionnaire de 1830, lutté pour protéger son enfant et même, aux côtés de sa vieille amie Felicia, comtesse de Morosini, défié le pouvoir.Au moment où s’ouvre le troisième volet de ses aventures, le destin d’Hortense semble menacé de toute part. Est-ce la fin d’un rêve ? Le dernier acte avant la conquête du bonheur ?
Tout en parlant, il se défaisait de son grand manteau à col de fourrure, ôtait son habit de drap prune à boutons d’argent et acceptait des mains de Duchamp masque et plastron qu’il ajusta en habitué. Le visage de Felicia avait déjà disparu sous son masque et, la pointe de sa lame à terre, elle attendait calmement que le maréchal eût choisi une épée.
L’assaut fut bref et d’une incroyable rapidité. Le démon des armes semblait habiter la jeune femme, ce matin. Se donnant tout juste le temps de quelques passes pour étudier le jeu de son adversaire, elle se rua sur lui comme à l’assaut d’une redoute ; sa lame semblait le prolongement naturel de son corps souple et nerveux et, par trois fois, elle toucha le maréchal qui recula et s’avoua vaincu sans plus de façons.
— Je crois qu’il vaut mieux nous en tenir là ! fit celui-ci en ôtant son masque, montrant un visage en sueur. Si je m’obstine, je vais me couvrir de ridicule. Mais permettez-moi de vous offrir mes compliments, princesse : vous êtes un bretteur redoutable…
— Dans les engagements rapides sans doute, commenta Duchamp, mais je ne sais trop si madame pourrait soutenir un long duel au même rythme. Néanmoins, je vous l’ai dit, c’est ma meilleure élève. En revanche, monsieur le maréchal, vous me surprenez : je vous croyais mieux entraîné.
Marmont haussa les épaules tout en essuyant son visage à la serviette que lui offrait le maître d’armes.
— Voilà trois semaines que je ne me suis entraîné, vous le savez bien, Grünfeld. Exactement depuis que je suis devenu le professeur d’histoire du duc de Reichstadt. Cela ne me laisse pas une minute pour moi-même : je dois préparer nos entretiens…
Felicia et Duchamp échangèrent un coup d’œil qui signifiait, chez l’un : « Voilà qui est intéressant pour nous » et chez l’autre : « Voilà un homme à cultiver. Faites attention ! »
— J’avais entendu dire en effet qu’au bal de l’ambassadeur d’Angleterre le prince, à qui vous avez été présenté, vous a demandé de venir vous entretenir avec lui ? dit Duchamp. C’est donc vrai ?
— C’est plus que vrai… Je suis le plus ancien compagnon de son père et il le sait. Il est avide de savoir à un point que l’on n’imagine pas. De tout savoir depuis le début, depuis que… Bonaparte et moi, sans emploi ni l’un ni l’autre, nous partagions le pain de la misère dans cet hôtel minable de la rue des Fossés-Montmartre. Il me harcèle de questions en face d’une immense carte d’Europe étalée sur sa table de travail et parfois j’ai l’impression de n’être rien qu’un citron qu’il presse incessamment entre ses mains nerveuses… Mais comment refuser ? Il a tant de charme… et il est si malheureux !
Felicia eut, à cet instant, l’impression que Marmont les avait oubliés, elle et Duchamp, et qu’il parlait pour lui-même, étreint par une émotion dont il n’était pas le maître. Tout doucement, alors, elle murmura :
— Je ne l’ai encore jamais rencontré. Comment est-il ?
— Grand, mince… trop mince même. Blond avec un visage où l’apport autrichien ne parvient pas à effacer celui du père. Et surtout… il a son regard…
Il y eut un silence qui fût devenu vite insupportable si Duchamp n’eût pris sur lui de le rompre :
— On dit qu’il est malade en ce moment ?
— Oui. Il a pris froid après une promenade et tousse encore. Je crains que sa santé ne soit malheureusement pas des meilleures. Il n’en prend aucun souci. Cependant, je crois qu’elle réclamerait des soins constants. Quand il ne s’épuise pas en de folles courses à cheval, il travaille durant des nuits entières à la lumière des flambeaux. Et il n’y a personne pour l’en empêcher…
— Est-ce que cela ne devrait pas être le rôle d’une mère ? dit Felicia.
Pendant un instant, le visage de Marmont ne fut qu’un masque de colère et de mépris :
— La sienne vit à Parme où elle préfère s’occuper des bâtards que lui a donnés Neipperg. Depuis la mort de celui-ci, il y aura bientôt deux ans, elle vient de moins en moins souvent à Vienne. Le roi de Rome méritait une autre mère.
— Le roi de Rome le serait peut-être encore si certains d’entre vous, les maréchaux, n’avaient abandonné l’Empereur, dit Felicia. S’il n’est plus que le duc de Reichstadt, à qui la faute ?
— Ne nous accablez pas, princesse ! La faute en incombe surtout au Destin. A présent… permettez-moi de me retirer. Je ne vous ai que trop dérangée, je le vois bien…
Il parut tout à coup si vieux et si las que Felicia eut pitié de lui et, subitement, lui sourit :
— Vous ne m’avez pas dérangée… et je vous prie d’excuser ma langue un peu rapide. J’aimerais vous revoir…
— Je n’aurais pas osé vous le demander.
— J’habite, avec une amie, l’aile gauche du palais Palm, dans la Schenkenstrasse. Venez nous voir : je crois que nous aurions l’une et l’autre bien des questions à vous poser…
— Que voulez-vous en faire au juste ? demanda Duchamp quand le duc de Raguse eut quitté la salle d’armes.
— Honnêtement, je n’en sais rien encore. Mais il m’est apparu qu’il était peut-être bon de se faire un ami d’un homme qui approche le prince deux fois la semaine. Je croyais d’ailleurs que ce pouvait être votre sentiment ?
— Sans doute, mais méfiez-vous tout de même. Non que je le croie capable de trahir encore car il porte à présent l’affaire d’Essonne comme une véritable croix. Mais Marmont a laissé sa chance auprès de Napoléon. Depuis, il n’a rien réussi de ce qu’il a entrepris. Rappelez-vous la défense des Tuileries l’an passé durant les Trois Glorieuses ! Alors, à employer avec modération…
Hortense, pour sa part, s’indigna franchement quand, de retour au palais Palm, Felicia lui raconta ce qu’il venait de se passer.
— Recevoir ici cet homme ? Celui qui a trahi mon parrain ? Celui qui a fait tirer ses canons, en juillet dernier, sur le peuple de Paris au nom de Charles X ?
— Non. Celui que le duc de Reichstadt reçoit dans son particulier. Ce n’est pas le moment de vous montrer plus royaliste que le roi ! Et n’oubliez pas que si nous affichons nos convictions, il serait aussi simple de refaire tout de suite nos bagages. Déjà, je crains de m’être laissée emporter tout à l’heure…
— Vous avez raison. Et, à propos des ennemis de l’Empereur, on nous a porté ce matin un mot de la duchesse de Sagan, notre voisine. Elle nous recevra tantôt…
— Tout de même ? Elle y aura mis le temps ! déclara Felicia en se dirigeant vers sa chambre pour changer de toilette.
En effet, dès leur arrivée au palais Palm, les deux amies avaient fait déposer leur carte chez leur noble voisine comme le voulaient les règles du bon voisinage et le protocole exigeant des petites cours allemandes. Elles pensaient recevoir une réponse assez rapide, mais en dépit de la présence évidente de la duchesse, aucun signe ne leur était encore parvenu. Ce qui était à la limite de l’offense mais puisque l’on daignait les inviter, le mieux, dans leur situation actuelle, était de répondre à l’invitation.
Aussi, vers trois heures, Felicia, vêtue d’épais satin gris clair soutaché de brun, sous un grand chapeau brun empanaché de gris, et Hortense, symphonie de velours havane sous une capote garnie de feuillages en soie aux tons d’automne, donnaient leurs noms au majordome emperruqué de blanc qui se tenait à l’entrée des salons…
— Madame la princesse Orsini, Madame la comtesse de Lauzargues…
Les noms roulèrent au long d’une enfilade de salons repris par deux laquais qui les apportèrent jusqu’à l’entrée d’un vaste boudoir dont les portes s’ouvrirent instantanément.
Jadis décorés par Moreau, qui avait été l’ornemaniste préféré de feue l’impératrice Maria-Ludovica, troisième femme de François II, les salons de la duchesse de Sagan n’avaient aucun style bien défini car le décorateur en avait imaginé un qui les englobait tous. Ce qui donnait un effet assez surprenant. Les siècles s’y mêlaient les uns aux autres dans une profusion de taffetas, de lamés, de broderies multicolores, de laques rouges ou noires et de bois dorés. N’eussent été les nobles dimensions des pièces, cela eût ressemblé à un magasin d’antiquités mais quand les deux amies, un peu éberluées, franchirent le seuil du dernier salon, elles furent obligées d’admettre que cette débauche de dorures, de matières précieuses et de couleurs tendres convenait étrangement à la personnalité et à la beauté, encore réelle, de la maîtresse de céans. Ainsi d’ailleurs qu’à celle des deux femmes qui l’encadraient et qui lui ressemblaient : mêmes cheveux blonds à peine touchés d’argent, même teint de lis entretenu sans doute à force d’onguents et de soins, mêmes larges yeux violets d’une teinte assez rare pour qu’on la remarquât.