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Le Seigneur des anneaux [1 La fraternité de l'anneau]

Электронная книга - «Le Seigneur des anneaux [1 La fraternité de l'anneau]». Краткое содержание книги:

Depuis sa publication en 1954-1955, le récit des aventures de Frodo et de ses compagnons, traversant la Terre du Milieu au péril de leur vie pour détruire l’Anneau forgé par Sauron, a enchanté des dizaines de millions de lecteurs, de tous les âges. Chef-d’œuvre de la fantasy, découverte d’un monde imaginaire, de sa géographie, de son histoire et de ses langues, mais aussi réflexion sur le pouvoir et la mort, Le Seigneur des Anneaux est sans équivalent par sa puissance d’évocation, son souffle et son ampleur. Cette nouvelle traduction prend en compte la dernière version du texte anglais, les indications laissées par Tolkien à l’intention des traducteurs et les découvertes permises par les publications posthumes proposées par Christopher Tolkien. Ce volume contient 18 illustrations d’Alan Lee, entièrement re-numérisées, d’une qualité inégalée, ainsi que deux cartes (en couleur) de la Terre du Milieu et du Comté.
Version 104826 - 2014-09-30 14:40:02 +0200
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Gros-lard Bolgeurre s’arrêta alors. « Au revoir, Frodo ! dit-il. Je voudrais que tu n’ailles pas dans la Forêt. J’espère seulement que tu n’appelleras pas au secours avant la fin de la journée. Mais je te souhaite bonne chance… aujourd’hui et tous les autres jours ! »

« S’il ne m’attend rien de pire que la Vieille Forêt, je pourrai me considérer chanceux, dit Frodo. Dis à Gandalf de presser le mouvement sur la Route de l’Est : nous ne tarderons pas à la retrouver et nous irons aussi vite que possible. » « Au revoir ! » crièrent-ils, puis il descendirent dans le tunnel et disparurent de la vue de Fredegar.

Il faisait sombre et humide à l’intérieur. Tout au bout, le passage était fermé par une grille constituée de solides barres de fer. Merry descendit de selle et ouvrit la grille avec sa clef ; et quand ils furent tous passés, il la repoussa. Elle se referma avec un choc métallique, et la serrure cliqueta. Ce bruit avait quelque chose de sinistre.

« C’est fait ! dit Merry. Vous avez quitté le Comté : vous voilà au-dehors, et à l’orée de la Vieille Forêt. »

« Les histoires qu’on raconte à son sujet sont-elles fondées ? » demanda Pippin.

« Je ne sais pas de quelles histoires tu veux parler, répondit Merry. Si tu veux dire les vieilles histoires de croquemitaines que Gros-lard tenait de ses nounous, peuplées de gobelins, de loups et d’autres créatures du même genre, je dirais que non. Ou du moins, je n’y crois pas. Mais la Forêt est vraiment bizarre. Tout ce qui s’y trouve est beaucoup plus vivant, plus conscient de ce qui se passe, si je puis dire, que ne sont les choses dans le Comté. Et les arbres n’aiment pas les étrangers. Ils vous surveillent. La plupart du temps, ils se contentent de vous surveiller tant qu’il fait jour, et ils ne font pas grand-chose. Les plus hostiles peuvent laisser tomber une branche à l’occasion, sortir une racine, ou s’accrocher à vous avec une longue liane. Mais la nuit, ça peut devenir très affolant, du moins l’ai-je entendu dire. Je ne suis entré ici qu’une ou deux fois la nuit venue, et encore, je suis resté près de la haie. Les arbres semblaient chuchoter entre eux, s’échangeant des nouvelles et des conspirations dans une langue inintelligible ; et les branches oscillaient et tâtonnaient sans aucun vent. On raconte que les arbres se déplacent bel et bien, et peuvent se regrouper autour des étrangers et les cerner. En fait, ils ont jadis attaqué la Haie : ils sont venus se planter juste à côté et se sont penchés dessus. Mais les hobbits sont arrivés et ont abattu des centaines d’arbres, et ils ont fait un grand feu de joie dans la Forêt, en plus d’incendier une longue bande de terre à l’est de la Haie. Après, les arbres ont abandonné l’assaut, mais ils sont devenus très hostiles. Il reste encore un vaste espace dénudé à l’emplacement du feu de joie, non loin à l’intérieur. »

« Il n’y a que les arbres qui sont dangereux ? » demanda Pippin.

« Bon nombre de créatures bizarres habitent au plus profond de la forêt et à l’autre extrémité, dit Merry ; c’est du moins ce que j’ai entendu dire, mais je n’en ai jamais vu une seule. Quelque chose trace des sentiers, cependant. Chaque fois qu’on entre à l’intérieur, on trouve des pistes dégagées ; mais elles semblent changer de place et se transformer de fois en fois, ce qui assurément est très bizarre. Il y a, ou il y a longtemps eu un sentier assez large qui partait non loin de ce tunnel et menait à la Clairière du Feu-de-Joie, puis se dirigeait plus ou moins dans notre direction, vers l’est et un peu vers le nord. C’est ce sentier-là que je vais essayer de trouver. »

Les hobbits laissèrent alors la grille et le tunnel et traversèrent le vallon échancré. À l’autre bout se trouvait un sentier à peine visible qui grimpait au niveau de la forêt, à plus de cent verges de la Haie ; mais il disparut aussitôt après les avoir amenés sous les arbres. Jetant un regard derrière eux, ils purent voir la ligne sombre de la Haie à travers les fûts qui les enserraient déjà passablement. Devant eux, ils ne voyaient que des troncs, de tailles et de formes innombrables : droits ou courbés, tordus, voûtés, trapus ou sveltes, noueux, branchus ou lisses ; et tous les fûts étaient verts ou gris, couverts de mousses et d’excroissances visqueuses et hirsutes.

Seul Merry semblait plutôt enjoué. « Tu ferais mieux de prendre la tête et de nous trouver ton sentier, lui dit Frodo. Tâchons de ne pas nous perdre les uns les autres, ni d’oublier de quel côté se trouve la Haie ! »

Ils choisirent un chemin parmi les arbres, et leurs poneys le suivirent tant bien que mal, évitant soigneusement les nombreuses racines qui se tortillaient et s’entrelaçaient. Il n’y avait pas de broussailles. Le terrain s’élevait constamment, et tandis qu’ils avançaient, les arbres semblaient devenir plus grands, plus sombres et plus denses. Il n’y avait aucun son, hormis le bruit des feuilles qui s’égouttaient par moments sans remuer. Il n’y avait, pour le moment, aucun murmure ou mouvement parmi les branches ; mais tous avaient la désagréable impression d’être observés par des regards réprobateurs et bientôt hostiles, voire ennemis. Ce sentiment ne cessait de croître, et ils se surprirent à lever brusquement les yeux ou à regarder furtivement derrière leur épaule, comme s’ils craignaient d’être soudainement attaqués.

Aucune trace de sentier ne se voyait pour l’instant, et les arbres semblaient constamment leur barrer la route. Pippin se sentit soudain incapable de le supporter plus longtemps, et s’exclama sans prévenir. « Hé, là ! cria-t-il. Je ne vais rien faire. Laissez-moi donc passer, voulez-vous ! »

Les autres s’arrêtèrent, stupéfaits ; mais le cri retomba comme étouffé par un lourd rideau. Il n’y eut ni écho ni réponse ; mais le bois parut soudain plus dense et plus vigilant.

« Je ne crierais pas, si j’étais toi, dit Merry. Cela fait plus de mal que de bien. »

Frodo commençait à se demander s’ils trouveraient finalement le moyen de passer, et s’il avait eu raison d’entraîner les autres dans ce bois franchement abominable. Merry regardait de côté et d’autre, et semblait déjà ne plus très bien savoir où il allait. Pippin le remarqua. « Il ne t’a pas fallu beaucoup de temps pour nous égarer », dit-il. Mais à ce moment, Merry eut un sifflement de soulagement et montra les arbres devant lui.

« Eh bien, eh bien ! dit-il. Ces arbres bougent vraiment ! C’est la Clairière du Feu-de-Joie qui se trouve là-devant (du moins, je l’espère), mais le sentier qui y mène semble avoir changé de place ! »

La lumière se fit plus claire tandis qu’ils avançaient. Soudain, ils sortirent de l’ombre des arbres et se retrouvèrent dans un vaste espace circulaire. Un ciel clair et bleu parut au-dessus de leurs têtes, à leur grand étonnement ; car sous la toiture de la Forêt, ils n’avaient pu voir le matin grandir et la brume se lever. Le soleil n’était pourtant pas encore assez haut pour illuminer la clairière, quoique sa lumière éclairât la cime des arbres. Le feuillage était partout plus dense et plus vert en bordure de la clairière, et semblait enclore celle-ci dans une muraille de végétation. Aucun arbre n’y poussait, seulement des herbes drues et quantité de plantes hautes : de la ciguë et du cerfeuil des bois, décharnés et flétris, de l’herbe à feu montée en graines cendrées et duveteuses, ainsi que des orties et des chardons envahissants. Un endroit horrible ; mais on aurait dit un souriant jardin après la Forêt suffocante.

Les hobbits sentirent le courage remonter en eux, levant des yeux pleins d’espoir vers la lumière du jour qui croissait dans le ciel. À l’autre extrémité de la clairière, il y avait une fissure dans la muraille d’arbres, d’où partait un sentier dégagé. Ils pouvaient le voir courir dans les bois, large par endroits et à découvert, même si les arbres revenaient de temps à autre pour y étendre leurs sombres ramures. Ils chevauchèrent par ce sentier. Ils continuaient de monter doucement, mais allaient maintenant beaucoup plus vite et avec plus d’entrain ; car il leur semblait que la Forêt s’était ravisée, et allait tout compte fait leur laisser libre passage.

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