La Recluse
- Автор: Zaccone Pierre
- Язык: французский
- Жанр: Классическая проза
Электронная книга - «La Recluse». Краткое содержание книги:
C'était l'Atalante, un des plus fins, voiliers de la marine. La petite goélette faisait partie d'une escadre d'exploration qui, évoluait sur les côtes d'Amérique; elle avait reçu pour mission d'aller prendre à New-York les dépêches de France, et, après avoir mouillé quelques jours en vue du port, elle repartait, alerte et vive, pour rallier l'escadre et lui apporter les correspondances attendues…
Il rentra chez lui agité, fiévreux, en proie à une exaltation comme il n’en avait jamais éprouvé.
Malheureusement il était réduit à l’inaction jusqu’au lendemain, car c’est le lendemain seulement à midi qu’il pouvait voir sœur Rosalie et se concerter avec elle sur les résolutions à prendre.
Toutefois, en attendant, il donna ses ordres à Bob, lui désigna la maison où il venait de louer une chambre pour lui, et lui expliqua surabondamment ce qu’il avait à faire.
C’était simple d’ailleurs.
Tenter d’établir des communications avec le couvent, s’y ménager des intelligences, si c’était possible, fréquenter la chapelle; enfin surveiller toutes les personnes qui entreraient à l’Adoration ou qui en sortiraient.
Bob partit emportant ces instructions, et Gaston resta seul.
Le soir, il alla rôder autour de l’hôtel de la Chaussée-d ’Antin, dans l’espoir d’y rencontrer M. de Beaufort. Mais il ne vit personne.
L’hôtel était plongé dans l’ombre; on eût dit qu’il était inhabité.
La nuit qu’il passa à la suite de ces événements fut peut-être une des plus tourmentées qu’il eût passée encore.
Mais un incident inattendu allait lui apporter une distraction et en même temps un aide qui n’était pas à dédaigner.
Le matin, vers huit heures, il entendit carillonner à sa porte.
Bob n’était pas là. Gaston alla ouvrir, et il fut tout étonné de voir entrer Maxime.
Maxime avait précipité son départ; il n’avait pas pris le temps d’adresser un télégramme à son ami, s’était jeté dans le train express la veille, vers deux heures, et il arrivait tout droit chez Gaston, après avoir pris à peine une heure pour secouer la poussière du voyage.
– Pardieu! fit Gaston, voilà une agréable surprise. Je ne t’attendais que dans quelques jours.
– Je ne tenais plus à Brest, répondit Maxime; Paris me manquait.
– Et mademoiselle Duparc?
– Et Mariette aussi; pourquoi le cacherais-je? Décidément j’en suis fou.
– Cela se voit de reste.
– Je suis résolu…
– À quoi!
– À me marier.
Gaston regarda son ami avec un sourire ironique.
– Ah çà! dit-il, avec une pointe d’enjouement, tu me dis cela comme si tu avais hésité.
– Eh! sans doute que j’ai hésité.
– À quel propos?
– Dame! écoute donc! moi, je n’y avais jamais songé. J’ai bien ébauché quelques amourettes dans les quatre parties du monde; mais cela n’avait effleuré que l’épiderme, et je n’en faisais pas moins mes deux repas par jour, sans compter les lunchs. Mais il est écrit que c’en est fait!
– Pauvre Maxime!
– Tu me plains!
– Eh non! Seulement je ne m’y attendais pas…
– Ni moi non plus, pardieu! Quand je me suis rendu pour la première fois au couvent de Sainte-Marthe, je comptais continuer mon rôle de tuteur et de cousin, et je m’imaginais que, Mariette et moi, nous nous retrouverions, comme nous nous étions quittés trois années auparavant: enfants étourdis et insouciants qui ne songent qu’à rire, et ne demandent rien encore à la vie!
Mais au lieu de la petite fille que j’avais laissée au départ, voilà que j’aperçois une belle personne dans toute la grâce de l’adolescence; je la regarde et la trouve charmante; je l’écoute et elle est spirituelle; enfin, je lui parle, et je la vois s’émouvoir et se troubler, comme si ma présence lui faisait plaisir et peur! Ma foi! c’est communicatif cela, et j’ai perdu la tête.
– Tu la retrouveras.
– C’est pour cela que je me marie.
– Alors, tu vas la demander?
Maxime éclata en un joyeux éclat de rire.
– N’est-ce pas là, dit-il gaiement, une situation exceptionnelle et tout à fait charmante? Deux orphelins qui ne dépendent plus que d’eux-mêmes et qui se donnent l’un à l’autre, dans toute la plénitude de leur volonté et la sincérité de leur amour! Cite-moi beaucoup de mariages qui se concluent dans de semblables conditions.
– Tu as raison.
– Mais voyons! nous bavardons tous les deux, et j’oublie…
– Quoi donc?
– Eh mais! il faut nous rendre à Sainte-Marthe.
Gaston haussa les épaules.
– Décidément, répliqua-t-il, la tête n’y est plus; il n’est pas dix heures encore, et la seule chose que nous ayons à faire, c’est d’aller déjeuner.
– C’est vrai! Tu vois, il est temps que cela finisse! J’ai toujours eu cependant un robuste appétit, et j’étais hors de pair sous ce rapport au carré des officiers; mais depuis un mois…
– Es-tu prêt?
– Quand tu voudras.
– Eh bien! partons, mon ami; car je n’ai pas moins de hâte que toi d’aller au couvent de Sainte-Marthe.
Ils allaient sortir, Maxime s’arrêta sur les dernières paroles de Gaston.
– Au fait, dit-il, pris d’une idée subite, je n’en fais jamais d’autres, et je suis vraiment bien ingrat.
– Qu’est-ce qui te prend?
– Ah! l’amour rend égoïste.
– On le dit.
– Et, dans la joie de mon bonheur, j’oubliais que tu traverses, en ce moment, de cruelles épreuves.
– Ce ne sera rien, je l’espère.
– Où en es-tu?
– Au même point, à peu près.
– Mais, mademoiselle de Beaufort?
– Disparue.
– Ah! je compte bien que tu ne repousseras pas mon concours, et tu sais que tout mon sang et ma vie sont à toi.
Gaston remercia du geste.
– Oui, oui, je sais tout cela, dit-il, et je compte sur ton amitié et ton dévouement; mais, viens! partons, et tout en déjeunant, je te raconterai ce qui s’est passé pendant ton absence, et les événements qui se préparent.
XX
Quelques minutes avant midi, les deux amis entraient au couvent de Sainte-Marthe, bien diversement impressionnés l’un et l’autre.
Un changement inattendu s’était opéré chez Gaston: ce qu’il avait vu la veille, la certitude qu’il venait d’acquérir de la nouvelle tentative que l’on préparait contre Edmée, avait modifié ses dernières résolutions, et il arrivait bien décidé à s’unir à Fanny Stevenson pour empêcher l’odieuse séquestration que l’on méditait.
Jusqu’ici, il avait hésité.
Il ne pouvait croire à tant de noirceurs; il s’obstinait à espérer en l’amour que M. de Beaufort avait toujours témoigné à sa fille. Mais, depuis la veille, il ne doutait plus que le malheureux père ne fût entièrement gagné à la cause de madame de Beaufort, et il voulait empêcher qu’Edmée ne lui fût enlevée.
Ce qu’il allait faire, il ne le savait pas bien; mais il verrait miss Fanny, et, à eux deux, ils ne pouvaient manquer de réussir.
Quant à Maxime, il ne pensait qu’à Mariette, et il était fort ému.
Ce qu’il avait à lui dire était bien simple, cependant; mais quelquefois ce sont les choses les plus simples qui sont les plus difficiles à exprimer.