La Recluse
- Автор: Zaccone Pierre
- Язык: французский
- Жанр: Классическая проза
Электронная книга - «La Recluse». Краткое содержание книги:
C'était l'Atalante, un des plus fins, voiliers de la marine. La petite goélette faisait partie d'une escadre d'exploration qui, évoluait sur les côtes d'Amérique; elle avait reçu pour mission d'aller prendre à New-York les dépêches de France, et, après avoir mouillé quelques jours en vue du port, elle repartait, alerte et vive, pour rallier l'escadre et lui apporter les correspondances attendues…
– Soit! dit miss Fanny, je me tairai; je refoulerai au fond de mon cœur tous ces sentiments de révolte et de haine qui le brûlent et le déchirent. Je vous accorde quelques jours encore, mais je jure, de mon côté, que si les nouveaux efforts que vous allez tenter restent infructueux, rien ne pourra plus m’arrêter, et ils verront ce dont je suis capable.
Gaston avait son idée; en quittant miss Fanny, il prit la direction du couvent de l’Adoration, et en moins d’un quart d’heure il en apercevait le mur de clôture.
Mais au lieu d’aller à la porte par laquelle il était entré la première fois, il fit le tour de l’établissement, et gagna le corps de logis dont nous avons parlé, et qui, indépendant de la communauté, faisait retour sur la cour principale.
Ce corps de logis était habité par quelques modestes ménages de bourgeois et d’ouvriers; mais le personnel des locataires s’y renouvelait souvent, en raison même de l’espèce de servitude que le voisinage du couvent lui créait.
On y entendait à toute heure de jour et de nuit le bruit de la cloche qui appelait à la prière, et l’on assistait, pour ainsi dire, aux offices qui se disaient à la chapelle.
Cela n’avait rien précisément de récréatif, et il était rare qu’il n’y eût pas toujours quelque logement vacant.
Gaston vit, en effet, en approchant, deux ou trois écriteaux pendus au-dessus de la porte d’entrée.
Il s’en réjouit et s’empressa de s’adresser au concierge.
Ce dernier fit un geste d’étonnement qui n’échappa point au jeune commandant.
– Vous avez quelques logements à louer? demanda ce dernier, sans tenir compte de l’étonnement de son interlocuteur.
– Oui, Monsieur, répondit le concierge; mais je doute qu’ils puissent vous convenir.
– Pourquoi?
– Ce sont des logements d’ouvriers.
– Qu’à cela ne tienne, repartit Gaston; car le logement que je cherche est destiné à être occupé par mon domestique.
Le concierge se leva.
– S’il en est ainsi, dit-il, je crois bien que j’ai votre affaire.
– Peut-on visiter les lieux?
– Si Monsieur veut me suivre.
Le concierge confia sa loge à sa femme, et prenant les devants, il se mit à monter l’escalier, suivi de près par Gaston.
Ils arrivèrent ainsi au palier du troisième étage.
– C’est ici? interrogea Gaston.
Le concierge avait ouvert une porte; il s’effaça pour permettre au jeune homme de passer.
La chambre était propre; deux grandes fenêtres y laissaient pénétrer un jour cru.
Gaston en ouvrit une et plongea son regard au dehors.
Les fenêtres donnaient sur la cour. En face s’élevait le couvent, et Gaston constata avec un frémissement de joie que, de l’endroit où il se trouvait, on pouvait distinguer tout ce qui se passait dans le parloir.
C’est plus qu’il n’espérait.
– Mon domestique sera fort bien ici, dit-il; je retiens donc le logement. Dans une heure, votre nouveau locataire viendra s’installer.
Et il allait se retirer, quand il demeura comme cloué à sa place par une surprise mêlée de stupeur.
Derrière la haute fenêtre du parloir, il venait d’apercevoir la silhouette d’Edmée.
XIX
Un frisson glacé passa sur sa chair et tout son être frémit.
Elle! c’était bien elle!
Il ne la voyait qu’imparfaitement; mais son cœur ne pouvait s’y tromper, et un sanglot s’engagea dans sa gorge.
C’est qu’aussi la pauvre recluse était bien changée.
Il remarqua surtout la profonde altération de ses traits et l’amère et douloureuse mélancolie de son attitude.
Son cœur se brisa. Il eût voulu franchir l’espace, la prendre dans ses bras, la serrer contre sa poitrine.
Jamais il ne l’avait tant aimée que dans ce moment; il eût donné sa vie pour presser une seconde son front pâli sous ses lèvres ardentes.
Mais il restait là, retenu à sa place par un sentiment supérieur. Il regardait et attendait.
Quoi? Il ne le savait pas lui-même.
Peut-être espérait-il qu’elle tournerait les yeux de son côté et qu’elle l’apercevrait.
Edmée était loin de soupçonner sa présence si près d’elle; son père lui parlait et elle l’écoutait triste, accablée, résignée comme toujours!
Que lui disait M. de Beaufort?
Parfois un sourire contraint relevait le coin de sa bouche: son regard se voilait, et elle cachait sa tête sur la poitrine de son père.
Parfois aussi un éclair parti de ses yeux, d’ordinaire si doux, éclairait son visage, et Gaston y surprenait une expression qu’il ne leur connaissait pas.
Qu’est-ce que cela voulait dire?
La pauvre créature, lasse de souffrir, sentait-elle sourdre en elle des mouvements de révolte mal contenus?
M. de Beaufort paraissait, par instants, embarrassé et timide; on eût dit qu’il s’étonnait de certaines résistances qu’il rencontrait pour la première fois chez son enfant.
Gaston observait tout cela, partagé entre mille sensations contraires.
L’homme qui l’accompagnait attendait derrière lui, étonné, sans comprendre.
Tout à coup, le jeune commandant se retira brusquement de la fenêtre, et gagnant précipitamment la porte.
– C’est bien, dit-il au concierge: je retiens, cette chambre; mon domestique viendra, ainsi que je vous l’ai dit, s’y installer dès aujourd’hui, et il paiera le terme d’avance.
Puis il descendit les marches quatre à quatre.
Il n’avait pas de temps à perdre.
Il venait de voir une chose effrayante.
Pendant l’entretien du père et de la fille il avait remarqué que les sœurs allaient et venaient très affairées à travers les couloirs, et il n’y avait pas pris garde autrement.
Mais bientôt il vit Edmée jeter un voile épais sur ses cheveux, poser sur ses épaules un châle dont M. de Beaufort l’aida à s’envelopper; puis elle prit le bras de son père et quitta le parloir.
Une sueur froide perla à ses tempes, et une épouvante sans nom le saisit.
Allait-on encore une fois enlever Edmée? et dans ce cas, où devait-on la conduire?
Il y avait, dans cet acharnement à soustraire la malheureuse jeune fille à toutes recherches un fait si révoltant, si monstrueux, qu’il n’y pouvait croire.
Il voulait s’assurer qu’il se trompait.
Quand il arriva dans la rue, M. de Beaufort montait dans le coupé qui l’avait amené.
Mais Edmée y était-elle montée avec lui?
C’était là le point important et il ne put le vérifier.
Car au moment où il se précipitait vers la voiture pour fixer ses doutes, le cocher enlevait ses chevaux, et le coupé partait au grand trot.
Gaston eut un accès de rage aveugle, et fit un geste de résolution farouche.
– Ah! quoi qu’ils fassent, murmura-t-il avec fureur, quelques précautions qu’ils prennent, il faudra bien que je la retrouve, et ce jour-là, à mon tour, je n’aurai ni pitié ni faiblesse.