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La Recluse

Электронная книга - «La Recluse». Краткое содержание книги:

Le 25 mars 1851, un charmant aviso gréé en goélette quittait New-York, vers cinq heures de l'après-midi, et, poussé par une brise favorable, prenait la mer, toutes voiles dehors.
C'était l'Atalante, un des plus fins, voiliers de la marine. La petite goélette faisait partie d'une escadre d'exploration qui, évoluait sur les côtes d'Amérique; elle avait reçu pour mission d'aller prendre à New-York les dépêches de France, et, après avoir mouillé quelques jours en vue du port, elle repartait, alerte et vive, pour rallier l'escadre et lui apporter les correspondances attendues…
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– Où vous verrai-je, si je ne puis me présenter à Sainte-Marthe?

– Laissez-moi faire et fiez-vous à moi. Seulement, pendant quelques jours, rentrez chez vous de bonne heure et attendez que l’on aille vous y trouver de ma part.

Gaston n’insista pas et se soumit.

Puis vingt-quatre heures se passèrent sans qu’il entendît parler de rien ou qu’il vît personne; mais le lendemain soir, vers dix heures, comme il était seul dans sa chambre, on sonna à la porte et il alla ouvrir.

Et quelle ne fut pas sa stupéfaction en apercevant, sur le seuil, miss Fanny Stevenson dans son costume de religieuse.

Miss Fanny passa une heure au moins chez le jeune commandant et eut avec lui une longue conversation, à la suite de laquelle ils prirent ensemble des résolutions énergiques qui devaient assurer le succès de la difficile entreprise qu’ils allaient tenter.

Nous croyons inutile de faire connaître pour le moment ces résolutions au lecteur; mais les événements dramatiques qui vont suivre l’édifieront surabondamment sur ce point en l’initiant à un monde inconnu, bizarre, mystérieux, qui s’est dérobé jusqu’à ce jour sous un voile impénétrable, et qu’aucune main profane n’avait encore osé soulever.

DEUXIÈME PARTIE. UN DRAME AU COUVENT

I

Il y avait plusieurs mois qu’Edmée avait quitté le couvent de Sainte-Marthe.

Quand son père était venu la prendre à l’Adoration, il l’avait trouvée bien abattue et bien triste. Elle avait beaucoup réfléchi, et un changement profond s’était opéré en elle.

Ce qui lui arrivait lui semblait incompréhensible: quelque chose se tramait qu’elle ne démêlait pas bien, mais qui l’effrayait.

Elle se sentait comme abandonnée, menacée même sans qu’elle eût pu dire à propos de quoi.

Qui lui en voulait donc, et que lui voulait-on?

Elle s’y perdait.

Le jour où son père était venu la chercher à l’Adoration, elle avait deviné, sous ses questions inquiètes, un chagrin qu’il n’avouait pas, qu’il s’efforçait de dissimuler, mais qui se trahissait par son attitude embarrassée, son front soucieux, son regard qui se voilait par moment sous celui de sa fille.

Edmée ne l’avait jamais vu ainsi.

On eût dit qu’il avait honte; pour la première fois, il manquait à sa franchise ordinaire.

La pauvre enfant se creusait l’esprit sans arriver à trouver une explication qui la satisfît. Et elle se demanda quel malheur le menaçait.

Elle aimait tant son père! C’était la seule personne au monde qui lui eût jamais témoigné une réelle affection. Elle se le rappelait à toutes les époques de sa vie, bon, dévoué, aimant, l’entourant de soins, la berçant dans sa tendresse infinie.

Elle s’était habituée à être aimée ainsi! Pour mieux dire, elle ne croyait pas alors qu’on pût l’aimer davantage ou autrement, et elle s’était abandonnée confiante en cet amour, où elle entrevoyait un avenir reposé et calme.

M. de Beaufort lui eût demandé de mourir qu’elle n’eût point discuté, si elle avait pu croire que sa mort dût aider à son bonheur.

Mais depuis quelque temps un grand trouble s’était emparé d’elle, et il ne lui fut pas difficile de voir que M. de Beaufort n’était plus le même.

Il ne lui parlait plus maintenant qu’avec contrainte; à peine un pâle sourire effleurait-il sa lèvre. Une fois ou deux, des mouvements d’impatience lui étaient échappés, lui qu’elle avait toujours trouvé complètement placide et doux!

Que s’était-il passé?

Le jour de son départ de l’Adoration, elle avait tenté de l’interroger; mille questions se pressaient sur ses lèvres; elle avait espéré un moment que son père lui parlerait de Gaston, et naïvement elle s’étonnait qu’il se fût tu sur ce point.

Un sombre nuage passa sur le front de M. de Beaufort et il enveloppa sa fille d’un douloureux regard.

– Pauvre et chère enfant, dit-il d’un ton contenu, ne m’interroge pas; je ne puis rien te dire aujourd’hui, mais ne doute jamais de mon inaltérable affection.

– Vous savez bien que je suis résignée d’avance à faire tout ce que vous me demanderez, dût ma soumission me coûter le bonheur de toute ma vie! Mais, en échange de cette obéissance aveugle à vos volontés, ne me sera-t-il pas permis au moins de connaître le sort que l’on me destine, afin que je puisse m’y préparer?

– Oui, tu as raison: je te dirai tout!

– Quand cela?

– Bientôt.

– Et en attendant, vous allez me conduire dans une autre maison?

– Où tu ne resteras pas longtemps!

– Mais vous m’y viendrez voir?

– Oui, oui, souvent, je te le promets! Est-ce que je pourrais jamais renoncer à un pareil bonheur!

Edmée secoua tristement la tête.

– Voyez, dit-elle d’un accent brisé, si j’ai besoin de croire à votre amour, puisqu’il ne me restera plus que vous dans ce monde dont je vais être séparée.

M. de Beaufort la prit dans ses bras et la baisa à plusieurs reprises sur le front et dans les cheveux.

– Tais-toi! tais-toi! balbutia-t-il, pendant que deux larmes tombaient sur les joues de sa fille.

Celle-ci se dégagea brusquement, comme si ces deux larmes l’avaient brûlée.

– Vous pleurez! s’écria-t-elle effrayée. Oh! ce n’est pas moi, au moins, qui vous cause ce chagrin?

– Non; sur ma vie, je le jure!

– Aucun danger ne vous menace?

– Aucun. Quelle idée!

– Mon Dieu! c’est la première fois; pleurer, vous? Mais qu’arrive-t-il donc? Par pitié, au nom du ciel, dites-moi…

M. de Beaufort lui mit la main sur la bouche. Il avait fait un effort surhumain et s’était contenu.

Il put ébaucher un sourire.

– Voyons, dit-il, ne t’effraye pas. Tu es une enfant; je ne peux pas tout te dire, mais avant peu, je l’espère, je te confierai ce secret, qui, révélé aujourd’hui, pourrait n’être pas sans danger. Comprends-tu?

– Je ne comprends qu’une chose, c’est que je suis prête à vous obéir.

– À la bonne heure. Eh bien! partons!

– Où me conduisez-vous?

– Viens toujours. Ne m’interroge pas, et ne redoute rien tant que je serai près de toi.

Edmée n’avait plus fait d’objection, et elle s’était confiée à son père.

Dès le soir même, elle entrait dans un nouveau couvent, qu’elle ne connaissait pas, dont elle n’avait pas même demandé le nom, et après avoir été reçue par la supérieure, elle se laissait conduire dans la cellule qu’elle allait habiter désormais.

Elle était comme accablée, ne cherchait à s’expliquer rien de ce qui se passait, et se sentait disposée à n’opposer plus aucune résistance. Plusieurs mois se passèrent de la sorte.

M. de Beaufort était venu souvent dans le commencement, et cela l’aidait à vivre. Il ne l’abandonnait pas et c’est tout ce qu’elle demandait.

Mais bientôt les visites de son père devinrent plus rares et plus courtes.

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