La Recluse
- Автор: Zaccone Pierre
- Язык: французский
- Жанр: Классическая проза
Электронная книга - «La Recluse». Краткое содержание книги:
C'était l'Atalante, un des plus fins, voiliers de la marine. La petite goélette faisait partie d'une escadre d'exploration qui, évoluait sur les côtes d'Amérique; elle avait reçu pour mission d'aller prendre à New-York les dépêches de France, et, après avoir mouillé quelques jours en vue du port, elle repartait, alerte et vive, pour rallier l'escadre et lui apporter les correspondances attendues…
Gaston avait franchi le seuil de la porte; il fit quelques pas dans la cour, hésitant et craignant d’être taxé d’indiscrétion.
Pourquoi, en effet, était-il entré dans cette demeure? Il n’eût pu le dire lui-même.
C’était un sentiment confus, né de mille incitations diverses et, pour ainsi dire, analysables? Il voulait voir. Il était attiré là presque malgré lui. Il lui semblait qu’il obéissait à un désir que rien n’expliquait, mais qui s’affirmait impérieux et indiscutable.
Cependant on l’avait aperçu et on était venu à sa rencontre. C’était la sœur sacristine.
Gaston salua.
Sa bonne mine, sa distinction manifeste, le ruban qu’il portait à sa boutonnière, produisirent leur effet ordinaire.
La sœur sacristine sourit.
– Vous désirez parler à madame la supérieure? demanda-t-elle avec le plus affectueux sourire qu’elle put trouver; il faudra alors que vous attendiez, car c’est l’heure de la prière, et vous ne pourrez la voir…
– Dieu me garde d’être importun! répondit Gaston; je puis revenir.
– Ce n’est pas la peine. L’entrée de la chapelle est libre, et, si vous le voulez, vous pourrez y attendre que madame la supérieure puisse vous recevoir.
Gaston fit un signe d’acquiescement et suivit la sœur.
Mais à peine eut-il fait quelques pas dans les couloirs qu’il devait traverser, qu’une sensation inattendue le saisit, et ce fut avec une surprise douloureuse qu’il constata combien le couvent dans lequel il venait de pénétrer différait de celui de Sainte-Marthe.
Dès qu’il mit le pied sous la voûte sombre du corridor qui conduisait à la chapelle, il sentit une humidité froide tomber sur ses épaules et glacer sa chair. Le jour n’entrait que par d’étroites meurtrières, ouvertes dans le mur épais. Un silence lugubre régnait de toutes parts, et l’on y respirait une âcre senteur de renfermé et de moisi.
Quand il passa près du parloir, il y jeta un coup d’œil et frissonna.
Cela ressemblait, avec une apparence plus sinistre encore, aux parloirs de Mazas, où le prévenu ne peut communiquer avec ses parents ou ses amis qu’à travers le guichet d’une grille.
Ici, il n’y avait pas même de guichet, et la grille était voilée d’une longue draperie de couleur sombre.
On pouvait se parler, on ne pouvait se voir.
Quand il entra dans la chapelle, il respira.
Relativement, la chapelle était lumineuse.
Des hautes fenêtres qui donnaient sur la cour tombaient de grands rideaux qui tamisaient discrètement les pâles rayons du soleil, répercutés par les mousselines et les dentelles qui ornaient l’autel.
Mais cette clarté vive et gaie s’arrêtait contre le mur opposé, interceptée brutalement par une immense grille quadrillée, doublée d’une draperie noire.
C’est derrière cette draperie, dans une salle où le regard ne pouvait pénétrer, que priaient et psalmodiaient les sœurs et les élèves, à l’abri de toute indiscrétion.
Au-dessus, on apercevait quelques tribunes également dissimulées, qui étaient spécialement réservées aux malades et aux infirmes. Et c’était tout.
Çà et là, quelques chaises pour les fidèles du dehors, un grand Christ d’ivoire se détachant sur une croix d’ébène et quelques reliques saintes pieusement conservées dans de petits coffrets à fermoir d’argent.
Mais Gaston ne donna aucune attention à ces divers objets, et, dès qu’il fut entré, son âme tout entière s’attacha à cette draperie jalouse qui lui dérobait la seule chose qu’il eût voulu voir.
Il avait presque oublié Mariette, tant il était absorbé par cette pensée unique.
D’ailleurs, depuis quelques secondes, un murmure confus, indistinct, s’était élevé de derrière la grille. De temps à autre, il entendait remuer une chaise, le bruit d’une toux opiniâtre arrivait jusqu’à lui, et son regard se faisait ardent, comme s’il eût voulu déchirer ce voile irritant qui l’arrêtait.
Toutefois, il finit par s’apaiser et prit une attitude plus calme.
Un silence profond s’était établi: l’office commençait.
Il s’agenouilla et laissa tomber sa tête dans ses deux mains, pour ne pas laisser surprendre les impressions multiples qui l’assaillaient, menaçant de lui enlever sa force et son courage.
Du reste, cela fut court.
Un quart d’heure à peine. Midi sonnait, quand le prêtre qui officiait donna sa bénédiction à l’assistance et regagna la sacristie à pas comptés.
Gaston demeura encore quelques secondes.
Mais les fidèles quittaient un à un la chapelle, et il ne pouvait rester davantage. D’ailleurs, Mariette l’attendait.
Il abandonna sa place, passa devant la grille et il se dirigeait vers la porte de sortie, quand tout à coup il s’arrêta terrifié et près de tomber.
Au moment où il passait devant l’autel, un mouvement inattendu s’était effectué parmi les personnes qui passaient devant la grille, une main avait soulevé un coin de la draperie, et un cri de suprême angoisse et de défaillance s’était fait entendre.
Or, à tort ou à raison, dans la voix qui avait poussé ce cri, Gaston avait cru reconnaître celle de mademoiselle de Beaufort.
Ne se trompait-il pas? Était-ce possible? À tout prix il voulait savoir, et, poussé par un sentiment plus fort que sa volonté même, il fit quelques pas pour se rapprocher.
Mais il n’alla pas loin.
Une rumeur discordante s’entendait maintenant derrière la grille. C’était un brouhaha indescriptible à travers lequel on distinguait des exclamations effarées; la draperie s’agitait par moments, comme par saccades, et des regards violemment allumés s’attachaient au jeune commandant, qu’ils semblaient tenter d’exorciser.
Il en fut presque interdit.
Il avait vu cependant bien d’autres tempêtes, sans en avoir été troublé; mais ici, dans un pareil lieu, après la sensation si vive qu’il venait d’éprouver, il n’eut pas la force de réagir contre sa propre émotion.
La porte de sortie était ouverte, et machinalement, sans se rendre compte de ce qu’il faisait, il gagna la rue et s’enfuit, comme s’il venait de commettre un sacrilège.
Un quart d’heure plus tard, il arrivait à Sainte-Marthe et entrait au parloir, où il trouvait Mariette et sœur Rosalie.
XVIII
– Ah! vous êtes en retard, dit la jolie enfant avec une petite moue charmante; moi qui vous attendais avec tant d’impatience! Si vous saviez combien j’avais hâte de vous voir.
Gaston lui prit les mains sans trop savoir ce qu’il faisait.
– Pardonnez-moi, dit-il en essayant de se remettre, j’ai été retardé, en effet; je vous expliquerai cela; mais voyons, dites-moi, j’ai reçu votre lettre. Vous avez appris quelque chose?