La Recluse
- Автор: Zaccone Pierre
- Язык: французский
- Жанр: Классическая проза
Электронная книга - «La Recluse». Краткое содержание книги:
C'était l'Atalante, un des plus fins, voiliers de la marine. La petite goélette faisait partie d'une escadre d'exploration qui, évoluait sur les côtes d'Amérique; elle avait reçu pour mission d'aller prendre à New-York les dépêches de France, et, après avoir mouillé quelques jours en vue du port, elle repartait, alerte et vive, pour rallier l'escadre et lui apporter les correspondances attendues…
Elle remarqua aussi que chaque fois son front était plus soucieux; qu’il semblait préoccupé, qu’il ne parlait que par monosyllabes, et répondait à peine à ses questions. Toutes ses appréhensions reparurent; elle eut froid au cœur: elle s’imagina qu’elle était la cause des soucis de M. de Beaufort, et vaguement elle entrevit un abandon prochain.
Alors, son esprit s’exalta, et elle chercha à se réfugier dans un autre sentiment plus intime, plus mystérieux, le seul qui pût la sauver dans la détresse où elle se trouvait.
Elle avait à peine connu Gaston de Pradelle; mais il n’était pas besoin de voir souvent le jeune commandant pour reconnaître en lui une nature supérieure, un esprit élevé, un cœur excellent.
D’ailleurs, Gaston l’aimait; il le lui avait dit, et parfois, dans le silence des nuits, elle se rappelait la douceur émue de sa voix et l’éclat pénétrant de son regard.
Elle oubliait alors tout ce qu’elle avait souffert, l’isolement où elle était réduite, pour ne songer qu’à cet amour, qui lui semblait l’unique refuge où elle pût espérer la sécurité et le bonheur.
Bientôt elle n’eut plus d’autre pensée, et sa passion s’augmenta de tous les cruels soucis dont elle était abreuvée.
Il se développa même en elle, sous l’influence de cette solitude que rien ne venait plus troubler qu’à de longs intervalles, une audace de rêve qui lui communiqua des inspirations inconnues.
Ses nuits se peuplèrent de fantômes qu’elle aimait à revoir et qu’elle évoquait avec ardeur.
Elle se faisait ainsi un monde à part, où elle vivait presque heureuse.
Les autres souvenirs de sa vie s’effaçaient peu à peu, et à la chapelle, sous la douteuse clarté des lampes nocturnes, ou dans sa cellule, enveloppée du noir silence des longues nuits, elle ne songeait plus à autre chose. Les heures passaient sans qu’elle les comptât; souvent, l’aube blanchissait les rideaux de ses fenêtres, qu’elle n’avait pas encore clos la paupière.
L’image de Gaston ne l’avait pas quittée, et ce n’est qu’aux premières lueurs du jour qu’elle se décidait à abandonner son chevet.
Ce fut là, pour elle, un dérivatif puissant aux tortures qu’elle eût endurées.
Dès ce moment, elle ne fut plus seule.
Gaston était toujours près d’elle; elle lui parlait avec tout l’abandon d’une âme pure et candide, et formait des projets d’avenir auxquels elle l’associait, et dont la réalisation lui paraissait de jour en jour plus facile.
C’était une consolation: mais cela pouvait aussi devenir un danger; et dès qu’elle se trouverait de nouveau en butte aux tristes réalités de la vie, il était à craindre qu’elle ne s’y brisât.
Et puis, il y avait encore autre chose qui l’eût bien effrayée, si elle s’en était aperçue.
Dans cet isolement, auquel elle se complaisait maintenant, sous l’empire de ces aspirations, dont elle ne cherchait pas à modérer l’ardeur, son amour avait pris des proportions inattendues… et elle s’abandonnait à cette pente vertigineuse, sans se douter de l’abîme où elle aboutissait.
Comment aurait-elle pu croire que ce sentiment, qui la prenait avec tant d’autorité et par tous les sens, pût être répréhensible. Il n’y en avait pas d’autre auquel elle pût se rattacher, et il la rendait si heureuse! Qui donc eût pu la reprendre de s’y livrer tout entière!
Lui offrait-on une autre issue à la douloureuse condition qui lui était faite?
D’ailleurs, pour tout dire, à de certains moments, elle se sentait prise du désir fou de se soustraire, à quelque prix que ce fût, au sort injuste dont elle comprenait bien qu’elle était menacée; et en quelles mains plus loyales que celles de Gaston pouvait-elle remettre son honneur et son avenir.
Heureusement pour la pauvre recluse, Gaston n’avait point découvert encore le couvent où on l’avait enfermée et aucune catastrophe n’était à redouter; mais les événements allaient bientôt se précipiter, et il n’était pas inutile d’établir dans quelle situation d’esprit elle se trouvait pour bien expliquer la part singulière qu’elle devait y prendre.
II
Un soir, Edmée se trouvait seule.
On était à la fin de mars: six heures venaient de sonner, et après le goûter la pauvre enfant, était remontée dans sa cellule.
Depuis quelques jours, sans qu’elle eût pu dire pourquoi, une tristesse indéfinissable pesait sur son esprit; elle se sentait fatiguée de cette vie monotone qu’elle menait; la solitude lui était lourde; elle avait des malaises, des inquiétudes, qui sourdement s’emparaient de tout son être.
Elle étouffait sous ces murs épais et silencieux; un besoin impérieux de mouvement et d’air la prenait; il lui semblait qu’elle était enterrée vivante dans un cercueil étroit et qu’elle ne pouvait plus respirer.
Dès qu’elle se trouva dans sa cellule, elle courut à la fenêtre et l’ouvrit toute grande.
Il lui vint du dehors un souffle tiède auquel elle tendit sa lèvre avide, et son regard plongea dans les allées du verger.
La nuit venait peu à peu.
Des ombres transparentes flottaient indécises dans le vaste enclos, et au delà du mur de clôture elle entendait le piétinement de quelques rares passants.
Il y avait là à une faible distance, une petite maison isolée, au milieu d’un terrain vague, qui plus d’une fois déjà avait attiré son regard.
Elle était inhabitée: tout ou moins n’y avait-elle jamais constaté la présence d’aucun être humain, et les volets du premier étage en étaient toujours fermés.
Oh! cette petite maison! que n’eût-elle pas donné pour y pénétrer et y demeurer, ne fût-ce qu’une heure.
Libre! être libre! Quel rêve pour une malheureuse recluse!
Et puis, dans son imagination surexcitée, avide d’inconnu, il lui semblait parfois que cette demeure renfermait un mystère; elle l’avait préoccupée souvent, et sa curiosité était incessamment éveillée sur ce point.
Elle resta ainsi absorbée, songeuse, tourmentée de questions impatientes qu’elle adressait aux hôtes inconnus de la maison abandonnée.
Tout à coup, elle tressaillit, et se retira de la fenêtre qu’elle referma vivement.
Elle venait d’entendre des pas précipités dans le corridor qui conduisait à sa cellule!
Qui cela pouvait-il être? Elle n’attendit pas longtemps.
On frappa à la porte.
– Entrez! dit-elle d’une voix tremblante.
La porte s’ouvrit et un homme parut!
C’était M. de Beaufort.
Elle courut se jeter dans ses bras.
– Mon père! mon bon père! s’écria-t-elle en fondant en larmes.
– Chère Edmée!… dit M. de Beaufort.
Mais il n’acheva pas: Edmée venait de se relever et avait fait un mouvement d’effroi.
– Mon Dieu! balbutia-t-elle, je n’avais pas remarqué d’abord… Vous paraissez ému… votre main est glacée…, Qu’est-il arrivé?
– Rien, rien!
– Ne me cachez pas… je vous en conjure.
– Remets-toi, je vais te dire…
– Il y a un malheur!
– Non.
– Un danger?