1942-Le jour se lève
- Автор: Галло Макс
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «1942-Le jour se lève». Краткое содержание книги:
Au lieu de cette vision stratégique…
« Kesselring – le général commandant en chef – est venu ce matin. Il arrivait du GQG du Führer.
« La bataille de Stalingrad semble très dure et elle immobilise quantité de forces dont nous aurions fait meilleur emploi dans le Sud. »
Mais le Führer décide.
La maladie aussi et, pendant près de six semaines, Rommel séjourne auprès de son épouse Lu et de leur fils Manfred.
Il retrouve le front d’El-Alamein, le 26 octobre 1942, au moment où la 8e armée de Montgomery commence son offensive.
« Très chère Lu,
« Arrivée hier à 18 h 30. Situation critique, gros travail. Après ces merveilleuses semaines chez nous, j’ai de la peine à me faire à ce qui m’entoure ici et à la tâche qui est la mienne. La différence est trop terrible. »
Les vagues successives de bombardiers britanniques incendient le désert, durant la nuit du 26 octobre.
Vers 2 heures du matin, des milliers de pièces d’artillerie de tous calibres déclenchent un tir de barrage destructeur dont les explosions illuminent le ciel.
Aucune contre-offensive ne peut réussir dans ces conditions et… il n’y a pas d’essence ! La Luftwaffe en a livré 70 tonnes là où il en faudrait des milliers !
Rommel, harassé, ne peut contenir son pessimisme, sa lucidité désespérante.
28 octobre 1942.
« Très chère Lu,
« Peut-être n’aurai-je pas la possibilité de vous écrire dans les jours qui viennent, et qui sait si je l’aurai jamais plus ? Aujourd’hui, puisque je l’ai encore, j’en profite.
« La bataille fait rage. J’espère que nous arriverons à tenir, en dépit de tous les facteurs qui nous sont contraires. Mais il n’est pas exclu que cela tourne mal, ce qui aurait des effets très graves sur le déroulement général de la guerre. Car l’Afrique du Nord tomberait alors aux mains des Britanniques en quelques jours, presque sans combat.
« Nous donnerons le meilleur de nous-mêmes, mais la supériorité de l’ennemi est terrifiante et nos propres ressources tellement minces !
« Est-ce que je survivrai à une défaite ? Cela est dans la main de Dieu. Le sort des vaincus est cruel. Mais je suis heureux dans ma conscience d’avoir tout fait pour la victoire et de ne pas m’être épargné.
« Durant ces brèves semaines passées à la maison, j’ai vraiment senti tout ce que vous et Manfred représentez pour moi. Ma dernière pensée est pour vous deux. »
L’offensive de Montgomery se déploie, écrase l’Afrikakorps, impuissant, sans approvisionnements.
« Je n’ai plus grand espoir, écrit Rommel.
« La nuit, je reste les yeux grands ouverts, incapable de dormir avec cette responsabilité qui pèse sur moi. Le jour, je suis fatigué à mourir.
« Qu’arrivera-t-il si les choses tournent mal ? Cette pensée me tourmente jour et nuit. Je ne vois pas d’issue. »
Rommel reçoit un message du Duce.
Mussolini, écrit le maréchal Cavallero, « tient à vous exprimer sa conviction que la bataille actuelle aura sous votre commandement une issue victorieuse ».
Rommel serre les dents pour ne pas hurler. Pourquoi ne veulent-ils pas voir, comprendre que « l’ennemi avec sa force supérieure nous éjecte lentement hors de notre position. Cela veut dire que la fin est proche. Vous imaginez ce que j’éprouve. Raid aérien après raid aérien, après raid aérien ».
Le 3 novembre, il écrit à sa « très chère Lu » :
« La bataille tourne très mal. Nous sommes tout simplement écrasés par le poids de l’ennemi… Je cherche désespérément nuit et jour un moyen de tirer de là nos malheureuses troupes.
« Nous allons vers des jours très difficiles, les plus difficiles peut-être qu’un homme puisse traverser.
« Je pense constamment à vous avec un cœur plein d’amour et de gratitude. Peut-être que tout ira bien et que nous nous reverrons. »
Vers midi, le 3 novembre, Rommel regagne son poste de commandement. Il roule à pleine vitesse, échappe de justesse à un tapis de bombes lancées par dix-huit appareils anglais.
À 13 h 30 arrive au PC un message du Führer.
« Au maréchal Rommel,
« C’est avec une pleine confiance dans votre talent de chef et dans la vaillance des troupes germano-italiennes que vous commandez, que le peuple allemand et moi suivons le déroulement de l’héroïque bataille en Égypte. Dans la situation où vous vous trouvez, votre seule pensée doit être de tenir, de ne pas reculer d’un mètre et de jeter dans la bataille toutes vos armes et tous vos combattants. D’importants renforts d’aviation sont envoyés au commandant en chef sud. De même, le Duce et le Comando Supremo ne négligeront aucun effort pour vous procurer les moyens de continuer la lutte. Malgré sa supériorité, l’ennemi doit se trouver lui aussi à la limite de ses forces. Ce ne serait pas la première fois dans l’Histoire qu’une volonté forte triompherait d’un ennemi supérieur en nombre. Vous ne pouvez montrer d’autre voie à vos troupes que celle qui mène à la victoire ou à la mort. »
« Adolf Hitler. »
Rommel lit et relit. Les mots « à la victoire ou à la mort » l’accablent et le révoltent.
Cet ordre condamne à mort des milliers d’hommes : ceux de l’Afrikakorps et ceux des divisions italiennes.
Ce n’est pas d’un tel ordre que l’Afrikakorps a besoin, mais d’armes et d’essence, de munitions, d’avions !
Rommel est d’autant plus empli d’amertume que l’appel du Führer a eu un « grand effet sur le moral des troupes. Elles sont prêtes à se sacrifier jusqu’au dernier homme conformément aux ordres reçus, note-t-il dans son journal.
« Moral magnifique d’une armée dont le dernier soldat sait que même des efforts surhumains ne peuvent changer l’issue de la bataille ».
Faut-il les laisser mourir comme le Führer le demande ?
Rommel charge son aide de camp, le lieutenant Berndt, de se rendre au GQG du Führer afin de lui annoncer que « l’anéantissement définitif de l’armée blindée germano-italienne ne serait plus qu’une question de jours si l’ordre du Führer n’était pas rapporté ».
Rommel rencontre Kesselring, le commandant en chef du théâtre d’opérations sud, et, d’une voix tendue par l’amertume et l’émotion, n’hésite pas à lui dire :
« Jusqu’ici je m’étais imaginé que le Führer me confiait le commandement de l’armée. Cet ordre insensé nous a fait l’effet d’un désaveu. Le Führer ne peut tout de même pas appliquer à la conduite de la guerre en Afrique les enseignements qu’il a retirés de ses expériences en Russie. La décision en Afrique aurait dû m’être laissée. »
En fait, l’ordre de Hitler, selon Rommel, a une cause tout à fait différente, et la suite allait le démontrer chaque jour davantage.
Au quartier général, on a l’habitude de faire passer les considérations de propagande avant les nécessités militaires, aussi paradoxal que cela puisse paraître. « On ne peut se résoudre à annoncer au peuple allemand et au monde que nous avons perdu la bataille d’El-Alamein et l’on s’imagine pouvoir modifier le cours du destin par un ordre comme “la victoire ou la mort” ! »
C’est le 3 novembre 1942.
« La fortune des armes abandonne nos drapeaux, écrit Rommel. Et à dater de ce jour, la liberté de décision de l’armée sera limitée à l’extrême par les autorités suprêmes. »
C’est-à-dire le Führer.
Rommel se rend à son poste de commandement. Le front est rompu. L’Ariette, le XXe corps italien, après une « lutte désespérée », les petits chars du Duce écrasés par les lourds chars britanniques, est anéanti.