Le Seigneur des anneaux [1 La fraternité de l'anneau]
- Автор: Толкин Джон Рональд Руэл
- Серия: Le Seigneur des Anneaux #1
- Год: 2014
- Язык: французский
- Год: Christian Bourgois
- ISBN: 9782267027419
- Жанр: Фэнтези
Электронная книга - «Le Seigneur des anneaux [1 La fraternité de l'anneau]». Краткое содержание книги:
Version 104826 - 2014-09-30 14:40:02 +0200
« Il y a tellement d’eau dans l’air que je vais continuer dans la cuisine », dit-il.
« Sapristi ! » s’écria Merry, jetant un œil à l’intérieur. L’eau ruisselait sur le sol de pierre. « Tu devras essuyer tout ça si tu veux recevoir à manger, Peregrin, dit-il. Grouille-toi, ou on ne t’attendra pas. »
Ils soupèrent dans la cuisine, sur une table installée près du feu. « Je suppose que vous trois, vous ne reprendrez pas de champignons ? » dit Fredegar sans grand espoir.
« Oh que si ! » cria Pippin.
« Ils sont à moi ! dit Frodo. Laissés pour moi par Mme Magotte, reine entre toutes les fermières. Enlevez vos sales pattes et je vais les servir. »
Les hobbits ont une passion pour les champignons qui surpasse même les penchants les plus avides des Grandes Gens – fait expliquant en partie les longues expéditions du jeune Frodo dans les fameux champs de la Marêche, et la colère d’un Magotte outragé. Cette fois-ci, il y en eut pour tout le monde et plus qu’en suffisance, même pour des hobbits. Du reste, il vint ensuite bien d’autres plats, et quand ils eurent terminé, même Gros-lard Bolgeurre soupira d’aise. Ils repoussèrent la table et installèrent leurs chaises autour du feu.
« On débarrassera plus tard, dit Merry. Maintenant, racontez-moi tout ! Je sens que vous avez eu des aventures pendant que je n’étais pas là, ce qui n’est pas tout à fait juste. Je veux un récit complet ; et surtout, je veux savoir quelle mouche a piqué le vieux Magotte, et pourquoi il m’a parlé comme il l’a fait. Il semblait presque avoir peur, si la chose est possible. »
« Nous avons tous eu peur, dit Pippin après un silence, au cours duquel Frodo resta à contempler le feu et ne dit rien. Tu aurais eu peur aussi, si tu avais été pourchassé pendant deux jours par des Cavaliers Noirs. »
« Et qu’est-ce que c’est que ces Cavaliers ? »
« Des silhouettes noires montées sur des chevaux noirs, répondit Pippin. Si Frodo ne veut rien dire, je vais tout te raconter depuis le début. » Il fit alors le récit complet de leur voyage depuis leur départ de Hobbiteville. Sam montra son approbation par divers hochements de tête et exclamations. Frodo demeura silencieux.
« Je croirais votre histoire inventée de toutes pièces, dit Merry, si je n’avais vu cette forme noire sur le débarcadère – et perçu quelque chose de bizarre dans la voix de Magotte. Qu’est-ce que tout cela t’inspire, Frodo ? »
« Notre cousin Frodo est resté très fermé, dit Pippin. Mais il est temps pour lui de s’ouvrir un peu. Jusqu’ici, tout ce que nous avons eu à nous mettre sous la dent, c’est la supposition de Magotte, comme quoi cela aurait quelque chose à voir avec le trésor du vieux Bilbo. »
« Ce n’était qu’une supposition, dit Frodo. Magotte n’en sait absolument rien. »
« Magotte est un bonhomme perspicace, dit Merry. Sa figure ronde cache bien des choses qui ne paraissent pas dans son discours. J’ai entendu dire qu’il allait souvent dans la Vieille Forêt à un moment donné, et il a la réputation de connaître bien des choses étranges. Mais tu peux au moins nous dire, Frodo, ce que toi tu penses de sa supposition. »
« Je pense, répondit Frodo avec hésitation, que sa supposition est fondée, pour ce qu’elle vaut. Il y a bel et bien un lien avec les vieilles aventures de Bilbo, et ces Cavaliers regardent partout, cherchent partout, devrais-je dire plutôt, afin de mettre la main sur lui, ou sur moi. Je crains aussi, puisque vous tenez à le savoir, que tout ceci ne soit très sérieux ; et j’ai peur de ne pas être sécurité, ici ou ailleurs. » Il regarda les fenêtres et les murs tout autour de lui, comme s’il craignait de les voir céder tout à coup. Les autres l’observèrent en silence, échangeant entre eux des regards entendus.
« On y est presque », murmura Pippin à l’oreille de Merry, qui acquiesça d’un signe de tête.
« Bon ! dit enfin Frodo, redressant le dos comme s’il venait d’en arriver à une décision. Je ne peux plus le garder pour moi plus longtemps. J’ai quelque chose à vous dire à tous. Mais je ne sais pas très bien par où commencer. »
« Je crois pouvoir t’aider, dit tranquillement Merry, en commençant à ta place. »
« Que veux-tu dire ? » dit Frodo, le regardant d’un air angoissé.
« Simplement ceci, cher vieux Frodo : tu te fais du souci parce que tu ne sais pas comment faire tes adieux. Tu avais l’intention de quitter le Comté, évidemment. Mais le danger t’a rejoint plus tôt que prévu, alors tu t’es résigné à partir tout de suite. Et tu ne veux pas. Nous sommes bien désolés pour toi. »
Frodo ouvrit la bouche et la referma. Sa surprise était si comique que tous éclatèrent de rire. « Cher vieux Frodo ! dit Pippin. Croyais-tu vraiment nous avoir bernés tous ? Tu es loin d’avoir été assez prudent, ou assez malin ! Ça se voit bien que tu songes à t’en aller : tu es en train de dire adieu à tous tes endroits préférés, et ce, depuis avril. On t’a constamment entendu murmurer : “Me sera-t-il donné un jour de revoir cette vallée, je me le demande”, et des choses de ce genre. Prétendre être à court d’argent ? Et aller jusqu’à vendre ton Cul-de-Sac bien-aimé à ces Bessac-Descarcelle ! Et toutes ces discussions en tête-à-tête avec Gandalf. »
« Juste ciel ! s’écria Frodo. Je croyais avoir été prudent et malin. Je ne sais pas ce que dirait Gandalf. Est-ce que tout le Comté discute de mon départ, alors ? »
« Oh non ! dit Merry. Ne t’en fais pas pour ça ! Le secret ne tiendra pas longtemps, naturellement ; mais pour le moment, il n’est connu, je pense, que de nous autres conspirateurs. Tu dois te rappeler qu’après tout, nous te connaissons bien et sommes souvent avec toi. Nous devinons le plus souvent tes pensées. Et je connaissais bien Bilbo. À vrai dire, du moment où il est parti, je t’ai observé d’assez près. Je croyais que tu finirais par le suivre tôt ou tard ; en fait, je m’attendais à te voir partir avant, et tu nous as donné beaucoup d’inquiétude, ces derniers temps. Nous avions terriblement peur que tu nous fausses compagnie, que tu décides tout à coup de partir tout seul, comme lui. Depuis ce printemps, nous avons gardé l’œil ouvert et planifié pas mal de choses de notre côté. Tu ne t’échapperas pas aussi facilement ! »
« Mais je dois partir, dit Frodo. On n’y peut rien, mes chers amis. C’est malheureux pour nous tous ; mais rien ne vous sert de m’en empêcher. Puisque vous en savez autant, je vous prie de m’aider et non de me nuire ! »
« Tu ne comprends pas ! dit Pippin. Tu dois partir : par conséquent, nous devons partir aussi. Merry et moi, nous partons avec toi. Sam est un chic type, et il se jetterait dans la gueule d’un dragon pour te sauver, s’il n’était pas du genre à s’emmêler les pinceaux avant ; mais il te faudra plus d’un compagnon dans cette dangereuse aventure. »
« Mes très chers hobbits, comme je vous aime ! dit Frodo, profondément ému. Mais je ne pourrais l’accepter. Ça aussi, je l’ai décidé il y a longtemps. Vous parlez du danger, mais vous ne comprenez pas. Il ne s’agit pas d’une chasse au trésor, d’un voyage aller et retour. Je dois fuir de péril mortel en péril mortel. »
« Bien sûr que nous comprenons, dit Merry avec fermeté. C’est pourquoi nous avons décidé de venir. Nous savons que l’Anneau n’est pas matière à plaisanterie ; mais nous allons faire de notre mieux pour t’aider face à l’Ennemi. »
« L’Anneau ! » dit Frodo, complètement ébahi, à présent.
« Oui, l’Anneau, répéta Merry. Mon cher vieux hobbit, tu ne tiens aucun compte de la curiosité des autres, en particulier de tes amis. Je connais l’existence de l’Anneau depuis des années, et je la connaissais avant même le départ de Bilbo ; mais puisqu’il considérait visiblement que c’était un secret, je me suis contenté de garder cette information en tête jusqu’à ce que notre conspiration prenne forme. Je n’ai pas connu Bilbo comme je te connais, bien sûr : j’étais trop jeune, et du reste il était beaucoup plus prudent – mais pas suffisamment. Si tu veux savoir comment j’en ai fait la découverte, je vais te le dire. »