Pot-bouille
- Автор: Золя Эмиль
- Серия: les rougon-macquart #10
- Язык: французский
- Жанр: Классическая проза
Электронная книга - «Pot-bouille». Краткое содержание книги:
Au demeurant, le jeune homme ne desesperait pas. Parfois, il se croyait au but et arrangeait deja sa vie, pour le jour prochain ou il serait l'amant de la patronne. Il avait garde Marie, afin de patienter; seulement, si elle etait commode et si elle ne lui coutait rien, elle pouvait devenir genante peut-etre, avec sa fidelite de chien battu. Aussi, tout en la reprenant, les soirs d'ennui, songeait-il deja a la facon dont il romprait. La lacher brutalement lui semblait maladroit. Un matin de fete, comme il allait retrouver au lit sa voisine, pendant une course matinale du voisin, l'idee lui etait enfin venue, de rendre Marie a Jules, de les mettre aux bras l'un de l'autre, si amoureux, qu'il pourrait se retirer, la conscience tranquille. C'etait du reste une bonne action, dont le cote attendrissant lui enlevait tout remords. Pourtant, il attendait, il ne voulait pas se trouver sans femme.
Chez les Campardon, une autre complication preoccupait Octave. Il sentait arriver le moment ou il devrait prendre ses repas ailleurs. Depuis trois semaines, Gasparine s'installait dans la maison, avec une autorite de plus en plus large. Elle etait revenue d'abord chaque soir; puis, on l'avait vue pendant le dejeuner; et, malgre son travail au magasin, elle commencait a se charger de tout, de l'education d'Angele et des provisions du menage. Rose repetait sans cesse devant Campardon:
-Ah! si Gasparine logeait avec nous!
Mais, chaque fois, l'architecte s'ecriait, rougissant de scrupule, tourmente d'une honte:
-Non, non, ca ne se peut pas.... D'ailleurs, ou la coucherais-tu?
Et il expliquait qu'il faudrait donner a la cousine son cabinet comme chambre, tandis que lui transporterait sa table et ses plans dans le salon. Certes, ca ne l'aurait aucunement gene; il se deciderait peut-etre un jour a faire ce demenagement, car il n'avait pas besoin d'un salon, et il finissait par etre trop a l'etroit, pour le travail qui lui arrivait de tous cotes. Seulement, Gasparine pouvait rester chez elle. A quoi bon se mettre en tas?
-Quand on est bien, repetait-il a Octave, on a tort de vouloir etre mieux.
Vers ce temps-la, il fut oblige d'aller a Evreux passer deux jours. Les travaux de l'archeveche l'inquietaient. Il avait cede a un desir de monseigneur, sans qu'il y eut de credit ouvert, et la construction du fourneau des nouvelles cuisines et du calorifere menacait d'atteindre un chiffre tres eleve, qu'il lui serait impossible de porter aux frais d'entretien. D'autre part, la chaire, pour laquelle on avait accorde trois mille francs, monterait a dix mille au moins. Il desirait s'entendre avec monseigneur, afin de prendre certaines precautions.
Rose l'attendait seulement le dimanche soir. Il tomba au milieu du dejeuner, et son entree brusque causa un effarement. Gasparine se trouvait a table, entre Octave et Angele. On affecta d'etre a l'aise; mais il regnait un air de mystere. Lisa venait de refermer la porte du salon, sur un geste desespere de madame; tandis que la cousine repoussait du pied, sous les meubles, des bouts de papier qui trainaient. Lorsqu'il parla de se deshabiller, tous l'arreterent.
-Attendez donc. Prenez une tasse de cafe, puisque vous avez dejeune a Evreux.
Enfin, comme il remarquait la gene de Rose, celle-ci alla se jeter a son cou.
-Mon ami, il ne faut pas me gronder.... Si tu n'etais revenu que ce soir, tu aurais trouve tout en ordre.
Tremblante, elle ouvrit les portes, le mena dans le salon et dans le cabinet. Un lit d'acajou, apporte le matin par un marchand de meubles, occupait la place de la table a dessiner, qu'on avait transportee au milieu de la piece voisine; mais rien n'etait encore range, des cartons s'ecroulaient parmi des vetements a Gasparine, la Vierge au coeur saignant gisait contre le mur, calee par une cuvette neuve.
-C'etait une surprise, murmura madame Campardon, le coeur gros, en se cachant la face dans le gilet de son mari.
Lui, tres emu, regardait. Il ne disait rien, il evitait de rencontrer les yeux d'Octave. Alors, Gasparine demanda de sa voix seche:
-Mon cousin, est-ce que ca vous contrarie?... C'est Rose qui m'a persecutee. Mais si vous croyez que je suis de trop, je puis encore m'en aller.
-Oh! ma cousine! s'ecria enfin l'architecte. Tout ce que Rose fait est bien fait.
Et, celle-ci ayant eclate en gros sanglots sur sa poitrine:
-Voyons, ma cocotte, es-tu bete de pleurer!... Je suis tres content. Tu veux avoir ta cousine avec toi, eh bien! prends ta cousine avec toi. Moi, tout m'arrange.... Ne pleure donc plus! Tiens! je t'embrasse comme je t'aime, bien fort! bien fort!
Il la mangeait de caresses. Alors, Rose, qui fondait en larmes pour un mot, mais qui souriait tout de suite, au milieu de ses pleurs, se consola. Elle le baisa a son tour sur la barbe, elle lui dit doucement:
-Tu as ete dur. Embrasse-la aussi.
Campardon embrassa Gasparine. On appela Angele qui, de la salle a manger, regardait, la bouche ouverte, les yeux clairs; et elle dut l'embrasser egalement. Octave s'etait ecarte, en trouvant qu'on finissait par etre trop tendre, dans cette maison. Il avait remarque avec etonnement l'attitude respectueuse, la prevenance souriante de Lisa aupres de Gasparine. Une fille intelligente decidement, cette coureuse aux paupieres bleues!
Cependant, l'architecte s'etait mis en manches de chemise, et sifflant, chantant, pris d'une gaiete de gamin, il employa l'apres-midi a organiser la chambre de la cousine. Celle-ci l'aidait, poussait les meubles avec lui, deballait le linge, secouait les vetements; pendant que Rose, assise de peur de se fatiguer, leur donnait des conseils, placait la toilette ici et le lit de ce cote, pour la commodite de tout le monde. Alors, Octave comprit qu'il genait leur expansion; il se sentait de trop dans un menage si uni, il les avertit que, le soir, il dinait dehors. D'ailleurs, il etait decide: le lendemain, il remercierait madame Campardon de sa bonne hospitalite, en inventant une histoire.
Vers cinq heures, comme il regrettait de ne savoir ou rencontrer Trublot, l'idee lui vint de demander a diner aux Pichon, pour ne point passer la soiree seul. Mais, en entrant chez eux, il tomba sur une scene de famille deplorable. Les Vuillaume etaient la, revoltes, fremissants.
-C'est une indignite, monsieur! disait la mere, debout, le bras tendu vers son gendre, ecrase sur une chaise. Vous m'aviez donne votre parole d'honneur.
-Et toi, ajoutait le pere, en faisant reculer jusqu'au buffet sa fille toute tremblante, ne le defends pas, tu es aussi coupable.... Vous voulez donc mourir de faim?
Madame Vuillaume avait remis son chale et son chapeau. Elle declara d'un ton solenneclass="underline"
-Adieu!... Nous n'encouragerons pas au moins votre desordre par notre presence. Du moment ou vous ne tenez nul compte de nos desirs, nous n'avons que faire ici.... Adieu!
Et, comme son gendre, par la force de l'habitude, se levait pour les accompagner:
-Inutile, nous trouverons bien l'omnibus sans vous.... Passez devant, monsieur Vuillaume. Qu'ils mangent leur diner, et que ca leur profite, car ils n'en auront pas toujours!
Octave, stupefait, dut s'effacer. Quand ils furent partis, il regarda Jules atterre sur sa chaise et Marie tres pale devant le buffet. Tous deux se taisaient.
-Qu'est-ce donc? demanda-t-il.
Mais, sans lui repondre, la jeune femme, d'une voix dolente, gronda son mari.
-Je t'avais prevenu. Tu aurais du attendre, pour leur couler la chose en douceur. Rien ne pressait, ca ne se voit pas encore.
-Qu'est-ce donc? repeta Octave.
Alors, sans meme se tourner, elle dit crument, dans son emotion: