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Nous étions les hommes

Электронная книга - «Nous étions les hommes». Краткое содержание книги:

C’est l’une des plus fascinantes énigmes qui soit. Sur notre planète, il existe plus de 1800 espèces de bambous. Chaque fois que l’une d’elles fleurit, tous ses spécimens, où qu’ils se trouvent sur Terre, le font exactement au même moment. Ensuite, l’espèce meurt. Personne ne sait expliquer ce chant du cygne, ni l’empêcher. Aujourd’hui, l’homme va peut-être connaître le même sort. Arrivé lui aussi à son apogée, il risque de disparaître…
Dans le plus grand hôpital d’Edimbourg, le docteur Scott Kinross travaille sur la maladie d’Alzheimer. Associé à une jeune généticienne, Jenni Cooper, il a découvert une clé de cette maladie qui progresse de plus en plus vite, frappant des sujets toujours plus nombreux, toujours plus jeunes. Leurs conclusions sont aussi perturbantes qu’effrayantes. Si ce fléau l’emporte, tout ce qui fait de nous des êtres humains disparaîtra. Nous redeviendrons des animaux.
C'est le début d'une guerre silencieuse dont Kinross et Cooper ne sont pas les seuls à entrevoir les enjeux. Partout sur la Terre, face à ceux qui veulent contrôler le monde et les vies, l’ultime course contre la montre a commencé…
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— Nous sommes donc toujours au point mort, soupira Endelbaum.

— Pas réellement, reprit Tersen. En recoupant ces réseaux, nous nous sommes rendu compte qu’il existe un dénominateur commun à toutes les entreprises impliquées dans Eve Corp. À leur tête ou au sein de leur conseil d’administration, on trouve toujours un membre du groupe Bilderberg.

— Encore eux ! grommela Endelbaum.

— Qu’est-ce que c’est, Bilderberg ? interrogea Thomas.

Le père prit la parole :

— Nous les connaissons bien. C’est un groupe d’hommes influents issus de milieux très différents et qui ont tous un vrai pouvoir dans l’industrie ou la politique. Des patrons de groupes mondialement connus, des directeurs de banques continentales, des membres d’organisations internationales et même de gouvernements. Ils sont un peu plus d’une centaine. Ils choisissent eux-mêmes leurs membres. Chaque année, au début de l’été, ils se réunissent dans un palace différent quelque part dans le monde, transformé en camp retranché pour la circonstance.

— Une société secrète ? s’enquit Thomas.

— Pas vraiment, répondit Tersen. Ils ne se cachent pas. En cherchant un peu, on reconstitue la liste des membres. Par contre, rien ne filtre de leurs entretiens et de leurs décisions.

— Quel est leur but ?

— Officiellement, parler de tout librement à un niveau supérieur, envisager le monde autrement et échanger à l’abri de la pression médiatique. Mais nombreux sont ceux qui redoutent que bien qu’étant là à titre privé, ces membres influents se servent de leur fonction pour prendre des décisions et les appliquer au niveau mondial hors de tout processus légal ou démocratique.

— Ce groupe existe depuis les années cinquante, ajouta Endelbaum, fondé entre autres par David Rockefeller, Joe Luns, un ex-général de l’Otan, quelques artisans de la construction européenne et des ministres. Les deux derniers membres cooptés sont les patrons de deux des plus grandes multinationales agroalimentaires.

— Que du beau monde…

— Tous des puissants qui peuvent à eux seuls orienter l’économie, les questions de défense ou les évolutions politiques, précisa Tersen. Ils sont tous associés à des rouages de nos civilisations et on les retrouve dans l’ombre de la plupart des grandes décisions. Certains prétendent qu’ils décident de beaucoup de choses pour le monde entier.

— Vous pensez qu’ils pourraient être derrière un trafic de brevets ?

— L’idée d’une organisation industrielle qui tenterait de contrôler le flux des inventions paraît assez naturelle. Ce serait l’aboutissement du processus de mondialisation. Après tout, cela se fait déjà localement, alors il faudrait juste plus de pouvoir pour y parvenir au niveau planétaire.

— Pourtant, Feilgueiras n’a toujours parlé que d’un seul homme.

— Je ne l’oublie pas, et c’est pourquoi nous nous intéressons à chaque membre identifié de ce groupe. C’est d’ailleurs en effectuant ces recherches que nous avons remarqué quelque chose d’inquiétant : ces sociétés n’ont jamais été aussi actives que depuis quelques mois. On dirait qu’elles se sont lancées dans une surenchère d’achats et de prises de participation sur des secteurs stratégiques. Elles font preuve d’une véritable frénésie de contrôle du savoir.

— Sur quels marchés ? interrogea Endelbaum.

— L’agroalimentaire et la santé, particulièrement.

— Les deux secteurs les plus indispensables à la vie, donc.

— Précisément, rétorqua Tersen. Depuis le début, je crois que c’est de cela dont il est question. Rien d’autre.

45

Au sifflement, l’attelage démarra en trombe. Jenni était allongée dans le traîneau, chaudement emmitouflée sous d’épaisses couvertures. Juste derrière elle, debout sur les patins, le musher dirigeait les sept chiens. L’air était sec et piquant, le ciel d’un bleu absolu. L’attelage filait sur le lac gelé couvert d’une épaisse couche de neige fraîche. On n’y distinguait aucune trace hormis celles des cerfs et biches passés durant la nuit. Seuls le sifflement du vent et les jappements des chiens venaient troubler le silence cotonneux de l’immensité.

Il avait fallu la suggestion de Brestlow et toute la persuasion de Tracy pour que la jeune femme accepte de prendre un peu de bon temps. Elle se demandait comment, étant donné la gravité de ce qui l’amenait, elle pouvait se retrouver à faire du tourisme. Les chiens étaient avides de courir et sautaient dans la neige, happant çà et là de pleines bouchées de flocons immaculés. Le long traîneau était confortable, et malgré ses réticences, Jenni n’avait rien d’autre à faire qu’admirer le décor. Cette nuit, pour la première fois depuis des mois, elle avait bien dormi. Aucun cauchemar. Le luxe du domaine et le charme de Clifford Brestlow apaisaient ses angoisses chroniques. Ici, même en parlant d’une maladie aussi destructrice, elle parvenait à croire à un avenir. Arrivée depuis moins de quarante-huit heures, elle avait pourtant la sensation d’être partie depuis des semaines. Ce soir, elle appellerait Scott, juste après sa deuxième séance de travail avec Brestlow.

— Voulez-vous que nous allions jusqu’à la cascade gelée ? lui proposa le musher.

— C’est vous qui voyez. Ce n’est pas moi que ça fatigue !

L’homme hurla un ordre bref et les chiens bifurquèrent vers la droite. Dans leur sillage, le traîneau amorça une courbe douce. En regardant le tapis de neige défiler autour d’elle, Jenni avait la sensation de voler. Les chiens aboyaient, s’excitant les uns les autres.

Au-delà d’un promontoire boisé, le lac s’étendait au pied d’un large cirque.

— Sommes-nous encore sur les terres de M. Brestlow ? demanda Jenni.

— Il faudrait faire plus de vingt kilomètres pour en sortir. Le domaine s’étend sur des milliers d’hectares. M. Brestlow aime la tranquillité. Il a fait de sa propriété une réserve naturelle.

— C’est décidément un homme étonnant.

— Par bien des aspects, oui.

— Fait-il du traîneau lui aussi ?

— Je ne crois pas. En tout cas, je n’ai jamais eu l’honneur de le conduire. Les attelages sont au service de ses invités.

— Il reçoit souvent ?

— Cela dépend. La dernière fois, c’était il y a deux semaines. Un Russe.

Plus loin devant eux, à flanc de roc, Jenni aperçut une immense chute glacée. Les flots étaient figés, étincelants au soleil.

— C’est superbe !

— Nous allons passer dessous. De fin mars à octobre, les rivières de la montagne dévalent les trois cents mètres de la falaise et alimentent le lac. Au dégel, les colonnes de glace s’effondrent les unes après les autres, pendant des jours. On entend les ruptures à des kilomètres à la ronde.

L’attelage décrivit une large boucle et piqua vers les chutes en suivant le bord du lac gelé. Sans ralentir, les chiens s’engagèrent sous les arches de glace dans un spectaculaire tunnel bleuté. Des milliers de pointes attendaient le printemps pour reprendre leur course. Jenni était émerveillée. Sous la cascade, la lumière paraissait irréelle. L’écho amplifiait les jappements des chiens. Lorsque le traîneau déboucha à l’autre extrémité, Jenni éprouva la sensation d’entrer dans un autre monde. Elle qui avait grandi en Écosse avait toujours connu l’immensité de la nature, mais pas dans de pareilles dimensions. Ici, elle se sentait comme chez elle, mais en plus grand. Elle remonta sa couverture et s’abandonna à ce moment de bonheur.

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