Nous étions les hommes
- Автор: Legardinier Gilles
- Год: 2014
- Язык: французский
- Год: Editions Pocket
- ISBN: 978-2266220354
- Жанр: Триллеры
Электронная книга - «Nous étions les hommes». Краткое содержание книги:
Dans le plus grand hôpital d’Edimbourg, le docteur Scott Kinross travaille sur la maladie d’Alzheimer. Associé à une jeune généticienne, Jenni Cooper, il a découvert une clé de cette maladie qui progresse de plus en plus vite, frappant des sujets toujours plus nombreux, toujours plus jeunes. Leurs conclusions sont aussi perturbantes qu’effrayantes. Si ce fléau l’emporte, tout ce qui fait de nous des êtres humains disparaîtra. Nous redeviendrons des animaux.
C'est le début d'une guerre silencieuse dont Kinross et Cooper ne sont pas les seuls à entrevoir les enjeux. Partout sur la Terre, face à ceux qui veulent contrôler le monde et les vies, l’ultime course contre la montre a commencé…
— Allez vers Frank et restez près de lui. Qu’il se serve de la radio pour demander du secours.
Il retira sa veste et la posa sur les épaules de la gouvernante.
— N’y allez pas, monsieur David, fit celle-ci en essayant de le retenir.
Hold la regarda avec une tendresse inhabituelle et l’embrassa sur le front :
— Je le dois, Edna.
— J’aurais dû être là, j’aurais dû être avec lui.
— Vous n’y êtes pour rien.
Hold la serra encore une fois, retira doucement la main qui s’agrippait à son bras et fonça à l’intérieur du manoir.
Dans l’entrée, il attrapa au passage un coussin sur un fauteuil et le plaça sur son nez. Contre le flot de fumée, il remonta le couloir. La visibilité était nulle. S’il n’avait pas connu la maison comme sa poche, il n’aurait eu aucune chance. Il passa par l’office et prit la lampe de secours. Il ramassa des torchons et les passa sous le robinet. Il se rinça le visage, se mouilla les cheveux, s’attacha un linge humide autour du nez et s’enroula les autres autour des mains. Ses yeux le piquaient. Il suffoquait à moitié. La fumée n’expliquait cependant pas à elle seule son état. Il y avait aussi des larmes et de la colère. Hold s’engagea dans le dédale de couloirs en courant. Le faisceau de sa lampe se perdait dans le brouillard asphyxiant.
Plus il progressait vers l’aile neuve, plus l’atmosphère était dense. Il toussa, tituba mais il n’était pas question qu’il renonce. La température montait, les craquements des flammes résonnaient de plus en plus proches. Une fois au pied de l’escalier ouest, il ouvrit le placard sous les marches et en sortit un extincteur. Il continua sa route. Lorsqu’il arriva à l’entrée de la salle où était reconstitué l’appartement, il découvrit que la porte était en feu. Il envoya une giclée d’extincteur et, sans hésiter, la défonça d’un violent coup de pied.
La plus grande des salles de Glenbield était un enfer. Le mur mitoyen de la grange technique était éventré et les flammes de la citerne à gaz sifflaient, extrêmement virulentes. Les structures de bois qui entouraient l’appartement brûlaient et menaçaient de s’effondrer. L’appartement lui-même était un brasier. Hold se rua sur la porte du décor et la pulvérisa dans une gerbe de poudre d’extincteur.
Les flammes étaient partout, léchant les murs. Le sol gondolait. Hold pulvérisa de la poudre dans toutes les directions. Il traversa le salon en renversant une petite table en feu. Il passa dans la chambre, repoussant les flammes à coups de jet d’extincteur.
Le faisceau de sa lampe accrocha une forme allongée sur le lit. En deux enjambées, il fut sur elle. Greenholm était inerte. Hold posa la main sur sa poitrine, mais il ne réussit pas à sentir s’il respirait encore. Partout autour d’eux le feu montait, dévorant les souvenirs d’une vie. David poussa un cri de rage. Il défit ses torchons et les plaça sur le vieil homme.
— Pas comme ça, pas maintenant !
Il essaya de lui faire du bouche-à-bouche, mais comme lui-même n’avait plus assez de souffle, il s’étouffa. En grognant, il chargea Greenholm sur son dos. Son extincteur était presque vide. Hold étudia la meilleure option de sortie. La porte n’était plus praticable.
40
À voix basse, Kinross échangea quelques mots avec son collègue du service réanimation et revint vers le lit où était étendu Greenholm. L’assistance respiratoire ronronnait et le bip de la surveillance cardiaque était régulier.
Assise tout près du vieil homme, Edna regardait celui-ci fixement. Hold se tenait de l’autre côté.
— Quand va-t-il reprendre connaissance ? demanda-t-il.
— Je ne vais pas vous mentir, nous n’en avons aucune idée. C’est un miraculé. Vous seriez arrivé quelques minutes plus tard et il était perdu.
— Vous pensez qu’il gardera des séquelles cérébrales ?
— Trop tôt pour le dire, David. Je suis désolé.
Edna étouffa un sanglot. Le docteur fit signe à Hold de le suivre dans le couloir. Les deux hommes firent quelques pas :
— Il va s’en sortir ? Dites-moi la vérité.
— À ce stade, le diagnostic est incertain. On en saura plus d’ici vingt-quatre heures. Je vais le suivre personnellement.
Scott regarda Hold avant de poser la question :
— Vous avez une idée de ce qui a pu se passer ?
Hold soutint son regard :
— Au début, j’ai cru à un accident. Je me suis dit que le régisseur dont on a retrouvé le corps calciné dans les cendres de la grange avait peut-être commis une imprudence avec les vannes de gaz en travaillant sur la chaufferie. Tout aurait explosé, le tuant sur le coup, crevant le mur du manoir et mettant le feu à l’aile ouest.
— Pourquoi dites-vous « au début » ? Vous n’y croyez plus ?
— Que cela reste entre nous, mais je me suis aussi demandé si M. Greenholm n’avait pas tenté de mettre fin à ses jours. Ce serait expliquable après ce qu’il a vécu. Il s’enferme dans le lieu où il se sentait le plus proche de Mary et il en finit en emportant avec lui tout ce à quoi il tenait.
— Il était dépressif ?
— Voir sa femme perdre l’esprit l’anéantissait. Sa mort été un coup très rude. Greenholm est un roc. Je l’ai vu mener des soirées avec un entrain incroyable alors qu’il se débattait dans les pires problèmes. Mais ce coup-là a sans doute été le plus terrible de sa vie. Même les rocs se fissurent.
— Vous n’avez pourtant pas l’air convaincu qu’il ait essayé de se suicider.
— Certains détails me troublent… Ces ecchymoses au visage et au torse, alors que, lorsque je l’ai découvert, il n’y avait aucun débris sur lui.
— J’ai moi aussi remarqué ces hématomes quand on lui a posé les électrodes. Ils sont récents et sans aucun doute dus à des chocs violents.
— Il y a autre chose : Edna m’a raconté qu’en arrivant au cimetière, il lui a semblé entendre un bruit de moteur. Elle a d’abord cru que c’était notre hélico qui rentrait, mais je ne suis arrivé qu’une heure plus tard.
— Un autre hélico ?
— Je l’ignore pour l’instant, mais je connais quelqu’un qui pourra vérifier les relevés radars auprès des gardes-côtes.
Scott se frictionna la tête nerveusement.
— Qui aurait pu s’en prendre à lui ? Avait-il des ennemis ?
— Pas à ma connaissance. Surtout pas depuis la vente de ses brevets. Il est retiré des affaires.
Kinross chercha le regard de Hold.
— David, je suis certain que vous avez une idée sur ce qui s’est passé. Dites-le-moi.
— Et vous ? Vous songez peut-être que si M. Greenholm venait à disparaître, je resterais seul bénéficiaire des contrats que vous avez signés ?
— Je ne vous ai accusé de rien.
— J’aurais pu mettre en scène son sauvetage, dit Hold. Après tout, il n’y a aucun témoin…
— Edna était là. Elle vous a vu entrer et aussi sortir. Elle m’a également raconté dans quel état vous étiez. Je n’ai peut-être pas vos aptitudes au combat, mais depuis le temps que je côtoie les gens dans la souffrance, je commence à les connaître. Edna m’a dit que vous étiez bouleversé au point de pleurer. Vous n’imaginez pas ce que les larmes révèlent d’un être.
Hold parut déstabilisé. Il se dépêcha de demander :
— Je ne suis donc pas un suspect pour vous ?
— Pas cette fois, David, pas cette fois. Mais vous n’avez pas répondu à ma question : quelle est votre version ?
— Je dois d’abord vérifier deux choses, docteur. Et pour l’une d’elles, j’ai besoin de vous. Faites-moi confiance, je vous expliquerai plus tard.
— Qu’attendez-vous de moi ?
— Si M. Greenholm avait été drogué, serait-il encore possible de le vérifier avec des analyses ?