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Nous étions les hommes

Электронная книга - «Nous étions les hommes». Краткое содержание книги:

C’est l’une des plus fascinantes énigmes qui soit. Sur notre planète, il existe plus de 1800 espèces de bambous. Chaque fois que l’une d’elles fleurit, tous ses spécimens, où qu’ils se trouvent sur Terre, le font exactement au même moment. Ensuite, l’espèce meurt. Personne ne sait expliquer ce chant du cygne, ni l’empêcher. Aujourd’hui, l’homme va peut-être connaître le même sort. Arrivé lui aussi à son apogée, il risque de disparaître…
Dans le plus grand hôpital d’Edimbourg, le docteur Scott Kinross travaille sur la maladie d’Alzheimer. Associé à une jeune généticienne, Jenni Cooper, il a découvert une clé de cette maladie qui progresse de plus en plus vite, frappant des sujets toujours plus nombreux, toujours plus jeunes. Leurs conclusions sont aussi perturbantes qu’effrayantes. Si ce fléau l’emporte, tout ce qui fait de nous des êtres humains disparaîtra. Nous redeviendrons des animaux.
C'est le début d'une guerre silencieuse dont Kinross et Cooper ne sont pas les seuls à entrevoir les enjeux. Partout sur la Terre, face à ceux qui veulent contrôler le monde et les vies, l’ultime course contre la montre a commencé…
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Tanya la tira de ses réflexions.

— Thé ou café ?

— Thé, s’il vous plaît.

— Je peux vous proposer du thé de Chine jaune de Hunan ou un Darjeeling d’Ambootia.

Jenni n’en connaissait aucun.

— Le Darjeeling sera parfait.

Tanya disparut. Jenni crut apercevoir un cerf entre les sapins. Quelques minutes plus tard, Tanya revint avec un plateau :

— J’ai pris la liberté de vous faire préparer des shortbreads, déclara-t-elle avec un sourire complice. Je ne suis pas certaine qu’ils seront aussi bons que ceux que l’on trouve chez vous en Écosse. Au pire, vous pourrez toujours les noyer dans le sirop d’érable. Pour ça, nous sommes très doués !

— Je suis certaine qu’ils seront parfaits.

Elle croqua une bouchée. Le sablé était très bon, mais elle avait l’estomac noué. Elle s’en tint au thé. À mesure que l’heure du rendez-vous approchait, Jenni sentait la pression monter en elle. Sans doute à cause des enjeux, peut-être aussi en raison du lieu qui imposait quelque chose de très fort malgré l’absence d’ostentation.

À quelques minutes de sa rencontre, Jenni essaya de se relaxer en observant la forêt. Pourtant, même les écureuils qui jouaient sur les branches enneigées ne parvenaient pas à la distraire.

— Mademoiselle Cooper ?

Jenni se retourna. Un homme se tenait à l’entrée du salon.

— Bonjour, répondit-elle légèrement, prête à le suivre vers le bureau de son patron.

L’homme ne bougea pas et lui tendit la main avec un sourire éclatant :

— Clifford Brestlow, enchanté de vous rencontrer. J’espère que vous avez fait bon voyage.

Jenni se troubla. Brestlow ne correspondait en rien à ce qu’elle s’était imaginé. Il était à peine plus âgé qu’elle, vêtu d’un complet noir très sobre mais de coupe élégante sur une chemise blanche ouverte. Un charme immédiat. Elle l’avait pris pour l’assistant. Un peu gênée, Jenni lui serra la main et nota la douceur de la paume, les ongles manucurés.

Brestlow déclara :

— Nous avons peu de temps et il va falloir entrer dans le vif du sujet.

— Je suis ici pour cela.

Jenni se retrouva dans un bureau comme elle n’en avait jamais vu auparavant. La pièce était sombre, ne comportait aucune fenêtre et seule une grande table ronde occupait tout le centre. Brestlow s’assit et l’invita à prendre place à sa droite.

Le plateau de verre du bureau était comme un écran dans lequel s’incrustaient des images, des rapports, des messages, des pages apparues par magie. D’un effleurement de la main, Brestlow les repoussa toutes et il ne resta qu’une grande surface lisse et noire.

— Très original, commenta Jenni.

— D’ici quelques années, on en verra sans doute partout. Mais pour le moment… Le fait de travailler sur les toutes dernières innovations de grands groupes industriels offre parfois quelques avantages.

— Scott et moi vous sommes très reconnaissants de vous occuper personnellement de notre dossier.

— Votre démarche a quelque chose de philanthropique et je préfère superviser ces affaires-là par moi-même. Mes avocats spécialisés et mes équipes sont très compétents, mais ils ont parfois trop le sens des affaires. Il va falloir m’expliquer les choses simplement.

— J’ai apporté toute notre documentation. Par où souhaitez-vous que nous commencions ?

— Ce qui compte en premier lieu, c’est la définition de ce que vous voulez breveter.

— On devrait y arriver. Cette étape va-t-elle durer longtemps ? Parce qu’il y a urgence…

— C’est une phase cruciale, il ne faut en aucun cas la bâcler. Avez-vous déjà entendu parler d’Antonio Meucci ?

— Non, qui est-ce ?

— Un inventeur d’origine italienne. Son histoire va tout de suite vous éclairer sur l’importance de ce que nous avons à faire. Le 12 décembre 1871, M. Meucci déposa un « pré-brevet » parce qu’il n’avait pas les moyens d’en déposer un en bonne et due forme. Par la suite, il entra en contact avec des industriels que son invention pouvait intéresser, mais aucun ne lui répondit. Trop visionnaire, sans doute. Quelques années plus tard, c’est finalement Graham Bell qui parvient à déposer un brevet complet pour une invention dénommée « le téléphone ». Tout le monde s’accorde aujourd’hui sur le fait qu’au minimum, Bell s’est très largement inspiré des travaux de Meucci. Le véritable inventeur du téléphone est mort ruiné. Bell a donné naissance à un empire qui, un siècle et demi plus tard, est devenu l’une des industries les plus riches et les plus puissantes de notre monde. Tout mon travail consiste à ce que personne ne puisse vous dérober vos droits.

— De quoi avez-vous besoin ?

— J’ai déjà parcouru votre dossier, il faudra sans doute m’expliquer certains points, mais le plus important est de déterminer ce à quoi votre découverte peut conduire. La définition de ce potentiel est essentielle.

La jeune femme commença :

— Aujourd’hui, l’OMS indique que plus de 27 millions d’individus sont atteints de démences de type Alzheimer dans le monde. Près de 70 % sont des femmes. Les pays industrialisés semblent être les plus touchés. 80 % des malades ont plus de 65 ans, cependant la part des jeunes est en augmentation rapide et régulière. Les projections de l’OMS tablent sur le doublement du nombre de patients d’ici cinq ans.

Brestlow la regardait intensément. Jenni poursuivit :

— Alors que nous faisions des recherches sur les facteurs pouvant influer sur le développement de la maladie, Scott et moi avons mis au point un système d’évaluation qui permet d’anticiper son évolution. Notre modèle est aujourd’hui assez précis pour prévoir la date à laquelle le patient perdra complètement l’esprit.

— Impressionnant.

Jenni reprit :

— Cet outil d’évaluation nous a permis depuis de nous rendre compte qu’au plan mondial, l’ampleur du mal est largement sous-estimée. Nous voyons se dessiner une menace sanitaire d’une gravité sans précédent. Selon nos toutes dernières extrapolations, on ne serait pas aujourd’hui à 27 millions d’individus atteints mais à environ 98 millions, tous stades confondus. L’augmentation annuelle ne serait pas de 8 % mais de 22 %… et l’évolution de la maladie est plus rapide chez les jeunes sujets, masculins semble-t-il.

Jenni précisa :

— L’indice lui-même permet d’évaluer les malades qui s’ignorent, et c’est sûrement déjà un marché économique très important. Aujourd’hui, dépister cette maladie devient presque aussi simple et fiable que mesurer la glycémie pour le diabète. Mais cela ne peut pas être une fin en soi. Autoriser son exploitation commerciale revient à brider la recherche. Son utilisation ne serait possible qu’en payant des fortunes aux exploitants, or nous pensons que, pour faire face au défi de cette maladie, chaque pays, chaque labo, chaque scientifique doit pouvoir se servir de cet indice comme d’un simple outil libre de droits. C’est à ce prix que nous aurons une chance de découvrir notre « insuline ». Scott et moi sommes convaincus qu’il en va de la sécurité de l’espèce humaine.

Brestlow écoutait avec attention. Jenni insista :

— Nous devons avoir les moyens d’une évaluation réaliste du nombre de patients et de l’enjeu sanitaire qui en résulte. Cette démarche doit être mondiale. Nous sommes face à un fléau qui concerne tous les pays. La divulgation de notre indice va permettre cette prise de conscience.

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