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Nous étions les hommes

Электронная книга - «Nous étions les hommes». Краткое содержание книги:

C’est l’une des plus fascinantes énigmes qui soit. Sur notre planète, il existe plus de 1800 espèces de bambous. Chaque fois que l’une d’elles fleurit, tous ses spécimens, où qu’ils se trouvent sur Terre, le font exactement au même moment. Ensuite, l’espèce meurt. Personne ne sait expliquer ce chant du cygne, ni l’empêcher. Aujourd’hui, l’homme va peut-être connaître le même sort. Arrivé lui aussi à son apogée, il risque de disparaître…
Dans le plus grand hôpital d’Edimbourg, le docteur Scott Kinross travaille sur la maladie d’Alzheimer. Associé à une jeune généticienne, Jenni Cooper, il a découvert une clé de cette maladie qui progresse de plus en plus vite, frappant des sujets toujours plus nombreux, toujours plus jeunes. Leurs conclusions sont aussi perturbantes qu’effrayantes. Si ce fléau l’emporte, tout ce qui fait de nous des êtres humains disparaîtra. Nous redeviendrons des animaux.
C'est le début d'une guerre silencieuse dont Kinross et Cooper ne sont pas les seuls à entrevoir les enjeux. Partout sur la Terre, face à ceux qui veulent contrôler le monde et les vies, l’ultime course contre la montre a commencé…
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— Je ne viens pas pour ça.

L’homme se redressa. Hold entra au même moment dans le service.

— Désolé, monsieur, réagit l’opérateur, vous n’avez pas le droit d’être là.

— Il est avec moi, intervint Kinross.

Hold désigna la salle renfermant l’imposant appareil d’examen et déclara :

— Un détail à vérifier sur les installations électriques. On en a pour une minute.

Une fois enfermés à l’intérieur, Hold vérifia sa montre :

— Il vous reste quarante-neuf minutes, Scott. Est-ce que vous avez de quoi vous changer complètement ?

— Pardon ?

— Est-ce que vous avez d’autres vêtements ?

— Oui, dans mon placard en haut. Pourquoi m’avoir fait descendre ici ?

— Les salles d’IRM sont imperméables aux ondes. Rien ne doit sortir, rien ne peut entrer. Ici, quels que soient les moyens de celui qui vous a menacé, il ne peut pas nous entendre. Racontez-moi.

— Il n’y a pas grand-chose à raconter. Un homme a téléphoné, il veut tous les documents relatifs à l’indice et à nos recherches. Il exige aussi que je n’en parle plus jamais. Il m’a promis de l’argent, beaucoup d’argent. Si je refuse, je suis mort. Et pour me prouver qu’il ne plaisantait pas, il a éteint la lumière du bureau et une visée laser est venue se poser sur moi.

— Vous avez vu d’où elle provenait ?

— Non, franchement, désolé, je n’y ai pas pensé. J’étais en ligne de mire ! Peut-être du toit de la chaufferie, mais ça fait une sacrée distance…

— Tous vos comptes rendus de travaux sont ici ?

— Oui, dans mon bureau, j’ai tout rassemblé, à votre demande d’ailleurs…

— Détendez-vous, Scott. On ne s’en sortira pas si vous cédez à la panique.

— Ce n’est pas vous qu’on a menacé de mort !

— On va lui faire croire que vous acceptez le marché. Il suffit ensuite de ne pas tout leur donner.

— Il sait exactement combien j’ai de classeurs, de disques. Il m’a donné la liste des éléments. Ce type sait tout. Je suis certain qu’ils sont déjà venus fouiller dans mon bureau. Vous voulez que je vous dise la vérité ? Je crois que s’ils avaient été capables de comprendre mes notes sans moi, je serais déjà mort. Ils ne veulent pas tuer le mode d’emploi.

— Ils vont donc hésiter à vous éliminer, c’est une bonne nouvelle.

— Formidable, en effet. Je me demande pourquoi je ne saute pas de joie.

— Vous dites qu’ils ne comprennent pas complètement vos travaux, c’est peut-être une chance. Ils s’attendent à avoir des dossiers et des disques mais il leur faudra sans doute un peu de temps pour s’apercevoir que le contenu est incomplet ou faussé…

— En général, j’aime bien votre manière de faire, David, mais là, c’est avec ma vie que l’on joue. Et puis, je ne peux rien sortir du bureau. Le type a été clair, si je sors les documents, il me bute. On est coincés. En plus, ils ont certainement déjà des hommes dans l’hôpital. Vous vous rendez compte, il y a peut-être des tueurs dans mon service !

Hold réfléchissait aussi vite que possible.

— Ce qu’il faudrait, c’est prendre vos documents et les falsifier.

— Plus facile à dire qu’à faire. Là, tout de suite, j’ai plutôt envie d’aller demander la protection de la police et de prévenir Jenni pour qu’elle se barricade ou se réfugie à l’ambassade. Le type m’a clairement laissé entendre qu’il était derrière ce qui s’est produit à Glenbield. Il s’est même permis de faire de l’humour sur la mort de Falsing, le fumier !

Le regard de Hold s’assombrit.

— S’ils sont assez puissants pour commettre ce genre de choses, vous ne serez à l’abri nulle part. Vous pourriez demander à une infirmière d’aller chercher vos documents ?

— S’ils en savent assez pour me préciser la couleur de mes dossiers, alors ils savent aussi que personne ne touche jamais à mon bureau à part moi. On aura juste un mort de plus.

— Il faudrait y aller sans qu’ils le remarquent.

— Brillant, mais un peu compliqué à mettre en pratique.

Soudain, Hold s’immobilisa :

— Dites-moi, docteur, vous m’avez parlé d’un petit qui vous rend visite et que personne n’attrape, un magicien selon votre propre expression…

Kinross s’étrangla :

— Vous n’allez pas risquer la vie d’un gamin de dix ans ?

— C’est vous qui risquez la vôtre, docteur. Lui, je sais comment faire pour qu’il s’en sorte sans bobo…

49

— Tu ne bouges pas de ta chambre, c’est d’accord ?

— Promis, mademoiselle. Je vais regarder la télé.

Ce mensonge-là n’était pas celui d’un petit garçon, mais d’un agent en mission. À peine l’infirmière fut-elle sortie que Jimmy abandonna son air angélique. Avec une prudence de conspirateur, il rejeta son drap et enfila ses pantoufles. Il vérifia que la clé et le sac plastique étaient toujours dans sa poche de pyjama. Il n’avait pas bien compris pourquoi il devait faire tout ça, mais la seule idée de rendre service au docteur Kinross — un vrai service — suffisait à le motiver au-delà de tout. Il était très fier qu’un docteur, un chef de service, puisse avoir besoin de lui. Avec prudence, Jimmy passa la tête dans le couloir. C’était le point le plus risqué. Il se dépêcha de rejoindre le local à linge situé à côté de l’escalier de secours. La porte était verrouillée par une serrure à code dont il avait vu maintes fois les infirmières composer le sésame. Jimmy entra et empêcha le battant de claquer en se refermant. Il plongea sous l’étagère des taies d’oreillers et dévissa les écrous de la trappe d’aération. Il se faufila par le trou et se retrouva dans la cage d’escalier de secours. Il tendit l’oreille pour s’assurer que personne n’était dans les parages. Il descendit jusqu’à l’étage de neurologie et utilisa le même accès pour entrer. À ce niveau, le local servait de débarras et donnait au bout de la zone sécurisée. Les infirmières étaient en train de pratiquer les soins. Comme un chat, Jimmy longea les murs à petits pas. Il passa devant la chambre 6 sur laquelle était apposé un document officiel de la police. Il accéléra jusqu’aux portes vitrées, composa le code inscrit près du clavier et fila. La première phase était une complète réussite.

Dans la partie ouverte du service, le personnel avait l’habitude de voir Jimmy rôder et personne ne lui prêta attention. Il remonta le couloir et s’arrêta devant la porte du docteur Kinross. Il se gratta la tête avec un air préoccupé jusqu’à ce que l’interne coiffé comme un hérisson ait passé son chemin. Aussitôt, il entrebâilla la porte, se faufila en se mettant à quatre pattes et referma derrière lui. En jetant un regard soupçonneux aux fenêtres, il progressa jusqu’au bureau. Avec la clé, il ouvrit le tiroir doucement, risqua un œil à l’intérieur et commença à sortir le contenu. Il glissa le tout dans le sac, puis sortit aussi discrètement qu’il était entré. Par ses voies détournées, il descendit à l’étage de réanimation pour rejoindre son contact. Ce service-là était beaucoup moins calme et les chambres n’étaient presque pas éclairées. Jimmy repéra Hold : il parlait avec un homme plus jeune qui lui ressemblait un peu. Il trottina jusqu’à lui et lui tapota le dos :

— Monsieur, monsieur ! fit-il en jetant des regards méfiants autour de lui.

David se retourna. L’enfant tendit le sac.

— Mission accomplie. Tout y est.

Hold se baissa pour se placer à sa hauteur.

— Bravo, mon grand ! On te doit une fière chandelle. Je te ferai signe pour aller tout remettre en place.

Jimmy sourit et lui décocha un clin d’œil.

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