Nous étions les hommes
- Автор: Legardinier Gilles
- Год: 2014
- Язык: французский
- Год: Editions Pocket
- ISBN: 978-2266220354
- Жанр: Триллеры
Электронная книга - «Nous étions les hommes». Краткое содержание книги:
Dans le plus grand hôpital d’Edimbourg, le docteur Scott Kinross travaille sur la maladie d’Alzheimer. Associé à une jeune généticienne, Jenni Cooper, il a découvert une clé de cette maladie qui progresse de plus en plus vite, frappant des sujets toujours plus nombreux, toujours plus jeunes. Leurs conclusions sont aussi perturbantes qu’effrayantes. Si ce fléau l’emporte, tout ce qui fait de nous des êtres humains disparaîtra. Nous redeviendrons des animaux.
C'est le début d'une guerre silencieuse dont Kinross et Cooper ne sont pas les seuls à entrevoir les enjeux. Partout sur la Terre, face à ceux qui veulent contrôler le monde et les vies, l’ultime course contre la montre a commencé…
— Cela dépend du produit employé et du délai écoulé depuis l’injection ou l’absorption. Je peux demander à la toxicologie de chercher.
— Alors faites-le, s’il vous plaît. D’autre part, m’autorisez-vous à faire garder la chambre ?
— Vous redoutez quelque chose ?
— Je crois qu’il va falloir se préparer à tout.
41
Jenni se réveilla en sursaut lorsque les roues de l’Airbus accrochèrent la piste. À travers le hublot, elle vit d’abord les lumières de l’aéroport d’Ottawa qui scintillaient dans un léger flou. Le jour n’était pas encore levé. L’avion qui roulait, agité de vibrations, inversa la poussée de ses réacteurs pour décélérer. Il bifurqua ensuite sur une voie de dégagement, vers le terminal.
Jenni s’étira en bâillant. Pendant que le bras passerelle s’arrimait à la carlingue, elle se redressa non sans difficulté, récupéra sa petite valise dans le coffre à bagages et prit son tour dans la file de passagers pour quitter l’appareil. Par des couloirs vitrés, elle suivit le flot de voyageurs jusqu’au hall d’arrivée où, devant les guichets des douanes, d’interminables queues s’étiraient déjà. C’est alors qu’elle remarqua un homme à l’écart portant un écriteau à son nom. Elle s’approcha :
— Bonjour, je suis Jenni Cooper.
— Bonjour, mademoiselle. Un hélicoptère vous attend pour vous conduire auprès de M. Brestlow.
L’homme fit signe à un agent des douanes qui vint effectuer les formalités d’immigration. Quelques minutes plus tard, Jenni montait dans un hélicoptère d’un blanc immaculé.
— Une petite heure et vous y serez, annonça l’homme à l’écriteau. Je vous souhaite bon vol.
L’hélico décolla. Jenni n’en était plus à son baptême et fit instinctivement la comparaison. Cet engin-là était plus rapide, à moins que le pilote ne soit plus nerveux. Ils dépassèrent les faubourgs d’Ottawa et gagnèrent le nord. L’hélico suivait une trajectoire parfaitement rectiligne, survolant de grandes étendues déjà enneigées en ce début d’hiver. Les paysages immenses étaient balafrés par des autoroutes encombrées de véhicules et de camions beaucoup plus longs que ceux que Jenni avait l’habitude de voir. Rapidement, ils s’engagèrent au-dessus d’espaces encore plus vastes avec de moins en moins de routes. Le ciel était d’un blanc laiteux.
Le vol ne dura pas tout à fait une heure. La fin du parcours se fit alors que le soleil était déjà levé, au-dessus d’infinies forêts parsemées d’une multitude de lacs nichés entre des massifs montagneux beaucoup plus accidentés que ceux d’Écosse.
Le pilote pointa du doigt une lointaine construction surplombant un lac gelé.
— La résidence Brestlow.
L’endroit était vraiment isolé, et plus l’hélico approchait, plus ce que Jenni avait pris de loin pour un chalet de taille modeste apparaissait comme une propriété gigantesque. La piste de l’héliport privé était située en retrait. Pendant la manœuvre d’approche, le vent qui balayait la forêt infligea quelques turbulences à l’appareil. Sur le bord de la piste, deux hommes attendaient dans le tourbillon des flocons soulevés par les pales. L’engin se posa sans le moindre heurt et le pilote coupa les rotors. Déjà le panneau latéral s’ouvrait, laissant pénétrer l’air glacial. Un homme tendit la main à Jenni :
— Bienvenue au Domaine, mademoiselle Cooper. Vous n’êtes pas très couverte. Veuillez me suivre.
Jenni traversa la piste en grelottant jusqu’à un luxueux 4 × 4 dont on lui ouvrit la portière arrière. Par une petite route serpentant dans la forêt enneigée, elle fut conduite à l’entrée du bâtiment principal. Le porche monumental était fait de troncs, à l’image d’une cabane de trappeur géante. L’édifice aux multiples ailes et décrochements était entièrement construit en rondins dans la plus pure tradition canadienne. Recouvert d’un épais manteau de neige, l’endroit ressemblait à ces hôtels de luxe que l’on trouve dans les stations de ski pour milliardaires. Le chauffeur escorta Jenni jusqu’à la porte d’entrée. Dans une bouffée d’air tiède, elle se retrouva dans un hall dallé d’ardoise, face à une large cheminée au feu vif qui en occupait le centre.
Une très belle jeune femme se présenta à elle :
— Soyez la bienvenue à la résidence Brestlow, mademoiselle Cooper. Je suis Tracy. Pas trop fatiguée par le voyage ?
Jenni remarqua la beauté de son hôtesse. Avec ses yeux gris, sa longue chevelure et sa taille de guêpe sanglée dans un tailleur-pantalon noir, Tracy ressemblait à un top model. Jenni répondit :
— Non, ça va, merci. J’ai beaucoup dormi dans l’avion.
— Vous avez rendez-vous avec M. Brestlow à 10 heures ce matin. Je vais vous conduire à votre chambre.
La jeune femme se chargea de la valise de Jenni et ajouta :
— Vous avez le temps de vous reposer un peu et si vous souhaitez vous délasser, la piscine est à votre disposition et un petit déjeuner vous attend au salon. Je vais vous montrer rapidement.
Tracy escorta Jenni au cœur du bâtiment. Sur les murs étaient exposées de très spectaculaires photos de technologies mises en scène : des composants électroniques pareils à des œuvres d’art, des plantes éclairées comme des vitraux, des textiles ondulant tels des paysages. Un luxe discret se dégageait de chaque détail. La chambre de Jenni était située à l’étage. Tracy s’arrêta devant la porte et expliqua :
— Ici, vous n’aurez pas besoin de clé.
La jeune femme désigna une minuscule caméra au-dessus de la porte :
— Vous serez automatiquement reconnue visuellement.
La porte s’ouvrit. Tracy invita Jenni à entrer.
— Si vous avez besoin de quoi que ce soit, n’hésitez pas.
Jenni remercia son hôtesse et pénétra dans la chambre. La porte se referma toute seule derrière elle. Elle ne s’attendait pas à arriver dans un endroit pareil et se sentait dépassée par tout ce qu’elle découvrait. Aucune des rares informations qu’elle avait pu trouver sur Brestlow ne l’avait préparée à cela. Tout lui paraissait irréel. Elle regarda autour d’elle. La suite était au moins trois fois plus grande que son appartement. Un mobilier traditionnel en bois, mais agrémenté de quelques gadgets dont elle ne parvenait pas toujours à deviner l’usage. Le plus saisissant restait la vue. Par les baies vitrées, Jenni dominait la forêt de sapins enneigés et le lac gelé en contrebas. Le panorama s’étendait jusqu’à la lointaine montagne située en face, dont le sommet se perdait dans les nuages. Sur la rambarde de son balcon, le petit bourrelet de neige était piqueté de traces de pattes d’oiseaux.
Posée sur le lit king-size, sa modeste valise ressemblait à un jouet d’enfant. Jenni défit son bagage et prit une douche après avoir vérifié qu’il n’y avait pas de caméra au-dessus de la porte de la salle de bains. Une fois rafraîchie, elle décida de descendre au salon. En empruntant seule les couloirs déserts, elle éprouva une drôle de sensation. Le grand bâtiment avait tout d’un hôtel dont elle aurait été l’unique cliente. Lorsqu’elle pénétra dans ce qui ressemblait à un bar, une autre jeune femme fit son apparition :
— Bonjour, je suis Tanya. Un breakfast vous ferait plaisir ?
Cette jeune femme-là était au moins aussi belle que Tracy. Mince, grande, des jambes interminables, et tout aussi bien apprêtée. Si Scott avait été là, il aurait sans doute plaisanté en demandant s’ils étaient arrivés chez un consultant industriel ou bien dans une agence de mannequins…
Tanya l’installa à une table face au paysage. Jenni avait du mal à croire que cet environnement puisse constituer le quotidien de quelqu’un. Dans le milieu où elle avait grandi, le seul moyen de voir ce genre de lieu était d’aller au cinéma ou de gagner à la loterie. Elle avait la sensation de rêver. Pourtant, elle n’en avait pas envie. Ses inquiétudes, l’indice et la raison de sa présence ne l’autorisaient pas à s’abandonner à ce décor incroyable.