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Le Seigneur des anneaux [1 La fraternité de l'anneau]

Электронная книга - «Le Seigneur des anneaux [1 La fraternité de l'anneau]». Краткое содержание книги:

Depuis sa publication en 1954-1955, le récit des aventures de Frodo et de ses compagnons, traversant la Terre du Milieu au péril de leur vie pour détruire l’Anneau forgé par Sauron, a enchanté des dizaines de millions de lecteurs, de tous les âges. Chef-d’œuvre de la fantasy, découverte d’un monde imaginaire, de sa géographie, de son histoire et de ses langues, mais aussi réflexion sur le pouvoir et la mort, Le Seigneur des Anneaux est sans équivalent par sa puissance d’évocation, son souffle et son ampleur. Cette nouvelle traduction prend en compte la dernière version du texte anglais, les indications laissées par Tolkien à l’intention des traducteurs et les découvertes permises par les publications posthumes proposées par Christopher Tolkien. Ce volume contient 18 illustrations d’Alan Lee, entièrement re-numérisées, d’une qualité inégalée, ainsi que deux cartes (en couleur) de la Terre du Milieu et du Comté.
Version 104826 - 2014-09-30 14:40:02 +0200
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Ils parvinrent enfin au chemin du Bac. L’entrée était marquée par deux grands poteaux blancs qui apparurent tout à coup sur leur droite. Le fermier Magotte tira sur les guides et le chariot s’arrêta avec un crissement. Ils s’apprêtaient à descendre quand, soudain, ils entendirent ce que chacun d’entre eux redoutait : des claquements de sabots sur la route devant eux. Le son approchait.

Magotte descendit d’un bond et tint ses poneys par la bride tout en essayant de percer les ténèbres. Clip-clop, clip-clop, faisait le cavalier qui approchait. Le claquement des sabots était assourdissant dans l’air immobile et brumeux.

« Vous devriez vous cacher, monsieur Frodo, dit Sam d’une voix anxieuse. Couchez-vous au fond du chariot, sous des couvertures, et on va renvoyer ce cavalier d’où il vient ! » Il descendit à son tour et alla rejoindre le fermier. Les Cavaliers Noirs devraient lui passer sur le corps pour s’approcher du chariot.

Clop-clop, clop-clop. Le cavalier les rejoignait, à présent.

« Qui va là ? » appela le fermier Magotte. Le bruit des sabots s’arrêta net. Ils crurent deviner une forme à travers la brume, une forme enveloppée dans une cape sombre à quelques pieds devant.

« Bon ! dit le fermier, lançant les guides à Sam et s’avançant à grands pas. N’approchez plus ! Où allez-vous et que cherchez-vous ? »

« Je cherche M. Bessac. L’avez-vous vu ? » dit une voix assourdie – mais la voix était celle de Merry Brandibouc. Une lanterne fut découverte, et sa lumière éclaira le visage ahuri du fermier.

« Monsieur Merry ! » s’écria-t-il.

« Mais oui, bien sûr ! Qui croyiez-vous que c’était ? » dit Merry en s’approchant. Tandis qu’il sortait du brouillard et que leurs craintes s’apaisaient, il parut retrouver soudain sa taille normale de hobbit. Il chevauchait un poney, et un foulard passé autour de son cou et de son menton le protégeait de la brume.

Frodo sauta à bas du chariot pour l’accueillir. « Ainsi vous voilà enfin ! dit Merry. Je commençais à désespérer de vous voir arriver aujourd’hui, et j’étais sur le point de rentrer souper. Quand la brume s’est levée, j’ai traversé et je suis monté vers Estoc pour m’assurer que vous n’étiez pas tombés dans quelque fossé. Mais je me demande bien par quel chemin vous êtes passés. Où les avez-vous trouvés, monsieur Magotte ? Dans votre mare aux canards ? »

« Non, je les ai surpris sur ma propriété, dit le fermier, et j’ai failli lancer mes chiens après eux ; mais ils vous raconteront toute l’histoire, j’en suis sûr. Maintenant, si vous permettez, monsieur Merry, monsieur Frodo et vous tous, je ferais mieux de rentrer chez moi. Mme Magotte va se turlupiner, avec la nuit qui avance. »

Il recula son chariot dans le chemin et le tourna de bord. « Eh bien, bonsoir à vous tous, dit-il. C’est une drôle de journée qui se termine, y a pas d’erreur. Mais tout est bien qui finit bien – quoiqu’on devrait peut-être pas dire ça avant d’être chacun chez soi. Je vous cacherai pas que je serai content d’arriver à l’heure qu’il est. » Il alluma ses lanternes et remonta à bord. Tout à coup, il sortit un grand panier placé sous le siège. « J’allais presque oublier, dit-il. Mme Magotte a laissé ça pour M. Bessac, avec ses compliments. » Il leur tendit le panier et s’éloigna, suivi d’un chœur de remerciements et de bonsoirs.

Ils regardèrent les pâles anneaux lumineux de ses lanternes s’éloigner dans la nuit brumeuse. Soudain, Frodo se mit à rire : du panier couvert qu’il tenait à la main montait une odeur de champignons.

5Une conspiration démasquée

« Maintenant, nous ferions mieux de rentrer nous aussi, dit Merry. Cela semble une bien drôle d’histoire, à ce que je vois ; mais elle devra attendre que nous soyons à la maison. »

Ils descendirent le chemin du Bac, droit, bien entretenu et bordé de grosses pierres blanchies à la chaux. En une centaine de verges, il les amena au bord du fleuve, où se trouvait un large embarcadère de bois. Un grand bac plat était amarré à côté. Au bord de l’eau, les bollards blancs miroitaient à la lueur de deux lampes suspendues à de hauts poteaux. Derrière les hobbits, les brumes des champs plats flottaient maintenant au-dessus des haies ; mais l’eau devant eux était sombre, hormis quelques volutes de vapeur qui se tortillaient parmi les roseaux non loin de la rive. Le brouillard semblait moins dense de l’autre côté du fleuve.

Merry conduisit le poney par une passerelle jusqu’au bac, et les autres le suivirent. Merry les poussa alors avec une longue perche, et ils quittèrent lentement la rive. Le Brandivin coulait, lent et large, devant eux. De l’autre côté, un sinueux sentier partait de l’embarcadère et escaladait la berge escarpée. Sur l’appontement, des lampes scintillaient. Derrière se dressait la Colline de Bouc ; et sur ses flancs, à travers les brumes éparpillées, luisaient maintes fenêtres rondes, jaunes et rouges. C’étaient les fenêtres de Castel Brandy, la demeure ancestrale des Brandibouc.

Bien des années auparavant, Gorhendad Vieilbouc, chef de la famille Vieilbouc, l’une des plus anciennes de la Marêche et même du Comté, avait traversé le fleuve, lequel était autrefois la frontière naturelle du pays à l’est. Ayant construit (et creusé) Castel Brandy, il prit le nom de Brandibouc et s’y installa, devenant maître de ce qui était en quelque sorte un petit pays indépendant. Sa famille ne cessa de grandir, et elle continua de croître après sa mort, si bien que Castel Brandy s’étendit bientôt à toute la basse colline, doté de trois grandes portes d’entrée, de nombreuses entrées secondaires et d’une centaine de fenêtres. Les Brandibouc et tous ceux qui dépendaient d’eux se mirent alors à creuser, et plus tard à bâtir, partout alentour. Ainsi naquit le Pays-de-Bouc, une bande de terre densément peuplée entre le fleuve et la Vieille Forêt, une sorte de colonie fondée par des gens du Comté. Son principal village était Fertébouc, juché sur les crêtes et les pentes derrière Castel Brandy.

Les gens de la Marêche étaient en bons termes avec les Boucerons, et l’autorité du Maître du Castel (comme on appelait le chef de la famille Brandibouc) était encore reconnue par les fermiers depuis Estoc jusqu’à Rouchant. Mais la plupart des gens du Comté proprement dit considéraient les Boucerons comme des excentriques, voire presque comme des étrangers. Alors qu’en réalité, ils n’étaient pas tellement différents des autres hobbits des Quatre Quartiers. Sauf en une chose : ils aimaient les bateaux, et certains d’être eux savaient nager.

À l’origine, leur pays n’était pas protégé à l’est ; mais de ce côté, ils avaient élevé une barrière : la Haute Haie. Elle avait été plantée bien des générations auparavant, et elle était désormais très grande et touffue, car on n’avait jamais cessé de l’entretenir. Partant du Pont du Brandivin, elle décrivait une grande courbe qui s’éloignait du fleuve pour le rejoindre tout en bas à Finhaie (où l’Oserondule débouchait de la Forêt et se jetait dans le Brandivin), soit plus de vingt milles d’un bout à l’autre. Évidemment, elle n’assurait pas une protection complète. La Forêt s’avançait très près de la haie en de nombreux endroits. Les Boucerons verrouillaient leurs portes à la nuit tombée, et cela non plus n’était pas habituel dans le Comté.

Le bac avançait lentement sur l’eau. La rive du Pays-de-Bouc approchait. Sam était le seul membre du groupe à n’avoir jamais traversé le fleuve. Tandis que les eaux clapotantes glissaient lentement sous lui, il eut une étrange impression : sa vie d’autrefois se trouvait derrière, perdue dans les brumes ; l’aventure l’attendait devant, dans l’obscurité. Il se gratta la tête et, pendant un court instant, se surprit à souhaiter que M. Frodo ait pu continuer à vivre tranquillement à Cul-de-Sac.

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