Le compagnon [Alvin Journeyman - fr]
- Автор: Кард Орсон Скотт
- Серия: Alvin le faiseur #4
- Год: 2003
- Язык: французский
- Год: Gallimard
- ISBN: 2-07-042703-X
- Переводчик: Patrick Couton
- Жанр: Фэнтези
Электронная книга - «Le compagnon [Alvin Journeyman - fr]». Краткое содержание книги:
La Cité de Cristal : la vision dans la tornade du lac Mizogan, en compagnie du prophète des Rouges. Si peu des chemins de sa vie y conduisent ; Peggy Larner — Peggy la torche — le sait bien.
Et l’ennemi de toujours choisit à présent des voies plus subtiles pour le détruire. Pièges, fuite, menaces, mensonges, délation, prison, tribunal, Alvin n’est-il pas condamné au renoncement ? Et le pire danger viendra peut-être de son frère Calvin, qui le jalouse au point de bientôt lui vouer une haine amère et décide de s’expatrier vers l’Ancien Monde afin de rencontrer Napoléon dont on sait le pouvoir redoutable
L’Amérique n’est-elle pas trop petite pour deux hommes aux talents en puissance si formidables ?
— Ou Dieu décide de leur rabaisser le caquet !
— Moi, je crois que vous êtes jalouse d’elle. Vialatte. Oui, je le crois.
— Jalouse ?
— Parce qu’elle a gagné le cœur d’Alvin : peut-être même qu’elle l’a toujours.
— Pour ce que j’en sais, son cœur bat encore dans sa poitrine à lui.
— Et l’or, il brille toujours dans son sac de toile ?
— Quand il s’agit de la demoiselle Larner, vous trouvez tout bien, mais à moi, il faut sans arrêt que vous me prêtiez les pires intentions. »
Le fourneau chauffait joliment à présent, et Vialatte posa dessus une théière à bouillir puis elle se mit à ébouter des haricots avant de les lâcher dans une casserole d’eau.
« Parce que je vous connais bien, Vialatte.
— Vous croyez me connaître, mais je suis pleine de surprises.
— Ne laissez pas tomber vos dents devant moi, espèce de sale bête.
— Elles sont tombées toutes seules, dit Vialatte. Je ne le fais jamais exprès.
— Quelle menteuse.
— Mais une belle menteuse, vous ne croyez pas ? » Elle gratifia son amie de son sourire le plus étincelant.
« Je ne comprends pas ce que les hommes trouvent aux femmes, de toute façon, répondit l’amie. Sortilèges ou pas, tant qu’une femme porte ses vêtements, un homme ne voit pas ce qui l’intéresse.
— Je ne peux pas parler pour tous les hommes, fit Vialatte. Je crois que certains m’aiment pour mon caractère.
— Un caractère en or, sûrement – s’il se ternit un peu, ce n’est pas grave, un soupçon de produit à reluire et vous effacez tout ça.
— Et certains m’aiment pour mon esprit et pour mon charme.
— Oui, j’en suis sûre – s’ils sont restés quarante ans dans une grotte sans voir une seule femme civilisée pendant tout ce temps-là.
— Moquez-vous tant que vous voulez, je sais que vous êtes jalouse parce que Alvin Smith est déjà amoureux de moi, le pauvre malheureux, alors qu’il ne vous jettera jamais un regard, pas un seul. Et ça, ça vous fait mal au cœur, ma chère. »
Sa meilleure amie restait assise, la mine grincheuse. Vialatte avait frappé juste cette fois-ci. La théière se mit à chanter. Comme toujours, Vialatte disposa deux tasses. Mais, comme toujours, son amie flaira le thé sans le boire. Bah, et alors ? Vialatte ne manquait jamais aux règles de la politesse, et c’était ça l’important.
« Conciliant va lui faire un procès.
— Ha, fit Vialatte. Vous savez déjà ça, aussi ?
— Oh, non. Je ne sais pas si Conciliant Smith est seulement au courant que son ancien apprenti est revenu au village – mais vous pouvez être sûre que si moi, j’ai appris la nouvelle aussi vite, à lui, on a dû la rapporter en deux fois moins de temps ! Tout ce que je sais, c’est que Conciliant n’a pas arrêté de clamer qu’Alvin l’avait volé, alors s’il ne le fait pas arrêter, tout le monde comprendra que c’étaient des paroles en l’air. Du coup, il est forcé de le traîner devant la justice, vous voyez ? »
Vialatte eut un petit sourire satisfait.
« Vous pensez déjà à ce que vous allez lui apporter en prison ? demanda son amie.
— À quelque chose comme ça », répondit Vialatte.
Alvin se réveilla de sa sieste pour s’apercevoir qu’Arthur Stuart était parti et que la chambre baignait dans la pénombre. Le voyage avait dû le fatiguer davantage qu’il n’avait cru pour qu’il ait ainsi dormi tout l’après-midi.
On frappa à la porte. « Ouvre donc, Alvin, fit Horace. Le shérif, il fait qu’son ouvrage, il m’a dit, mais y a pas d’autre moyen. »
C’était sûrement un autre coup au battant qui l’avait réveillé. Alvin balança les jambes hors du lit et fit l’unique pas qui le séparait de la porte. « L’était pas barrée, dit-il en l’ouvrant. Y avait qu’à pousser. »
Le shérif Po Doggly prit un air franchement penaud. « Oh, c’est jusse Conciliant Smith, Alvin. Tout l’monde connaît qu’il dit n’importe quoi, mais il est allé quérir un mandat contre toi, il t’accuse d’y avoir volé son trésor.
— Son trésor ? s’étonna Alvin. J’ai jamais entendu causer de trésor.
— Il clame que t’as déterré l’or quand t’as creusé un puits pour lui, pis que t’as déplacé l’puits pour que personne connaisse…
— J’ai déplacé l’puits par rapport que j’étais tombé sus d’la roche dure. Si j’avais trouvé d’l’or, pourquoi donc j’aurais dû déplacer l’puits ? Ç’a pas d’sens.
— C’est ça qu’tu diras au tribunal, et les jurés te croiront tout d’suite, fit le shérif Doggly. Tout l’monde connaît que Conciliant raconte n’importe quoi. »
Alvin soupira. Il avait entendu courir ici et là les rumeurs sur le soc d’or, volé à un forgeron dont il avait été l’apprenti, mais il n’avait jamais cru que Conciliant aurait le toupet de porter l’affaire devant les tribunaux où l’on démontrerait forcément ses mensonges. « J’vous donne ma parole de pas quitter l’village jusqu’à tant qu’cette affaire soye réglée, dit Alvin. Mais faut que j’m’occupe d’Arthur Stuart, et ça sera vraiment pas commode si vous m’enfermez.
— Bon, ben, alors ça va, fit Doggly. Le mandat dit que t’as l’choix. Ou bien tu m’remets l’soc que j’garde jusqu’au procès, ou bien tu vas en prison avec lui.
— Alors, le soc, c’est la seule caution que j’peux payer, c’est ça ? demanda Alvin.
— M’est avis que ça r’vient à ça.
— Horace, on dirait qu’il va vous falloir encore vous occuper du p’tit, dit Alvin à l’aubergiste. J’l’ai pas ramené icitte pour ça, mais vous l’voyez, j’ai pas des masses de choix.
— Ben, tu pourrais laisser l’soc à la garde de Po, dit Horace. Mais c’est pas du tracas pour moi de m’occuper du p’tit.
— Sans vouloir vous vexer, shérif, vous garderiez pas l’soc avec vous une seule nuit, dit Alvin avec un sourire triste.
— M’est avis que j’pourrais, répliqua Po, l’air un brin offensé. J’veux dire, si j’t’enclée, tu t’figures tout d’même pas que j’vais l’laisser garder l’soc avec toi dans la cellule, hein ?
— Moi, m’est avis qu’si, fit Alvin d’une voix douce.
— Moi, m’est avis qu’non.
— M’est avis qu’vous croyez pouvoir le garder. Mais c’que vous connaissez pas, c’est comment garder l’monde à l’abri du soc.
— Alors t’avoues que tu l’as.
— C’était mon ouvrage de réception pour passer compagnon, dit Alvin. Y a des témoins. Toute cette accusation, c’est des inventions, vous et tout l’monde, vous connaissez, ça. Mais de quoi on m’accusera si j’vous donne le soc, que quèqu’un ouvre le sac et d’vient aveugle ? On m’accusera d’quoi, alors ?
— Aveugle ? s’étonna Po Doggly en lançant un regard à Horace, l’air de demander à son vieil ami l’aubergiste si on se fichait de lui ou non.
— Vous croyez pouvoir dire à vos gars de pas r’garder dans l’sac et qu’ça suffira ? reprit Alvin. Vous croyez qu’ils vont pas essayer d’y j’ter un coup d’œil ?
— Aveugle, hein ? » fit Po.
Alvin prit le sac là où il était posé, sur le lit à côté de lui. « Et qui donc va porter l’soc, Po ? »
Le shérif Doggly avança les mains pour le saisir, mais à peine les avait-il refermées autour de la toile qu’il sentit le métal dur à l’intérieur remuer et gigoter pour lui échapper. « Arrête de faire ça, Alvin ! demanda-t-il.