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Le compagnon [Alvin Journeyman - fr]

Электронная книга - «Le compagnon [Alvin Journeyman - fr]». Краткое содержание книги:

Compagnon forgeron, compagnon Faiseur, Alvin est de retour chez les siens. Mais quelle est sa tâche aujourd’hui ? « Je ne peux pas apprendre aux gens comment bâtir la Cité de Cristal si je ne sais pas moi-même de quoi il s’agit. »
La Cité de Cristal : la vision dans la tornade du lac Mizogan, en compagnie du prophète des Rouges. Si peu des chemins de sa vie y conduisent ; Peggy Larner — Peggy la torche — le sait bien.
Et l’ennemi de toujours choisit à présent des voies plus subtiles pour le détruire. Pièges, fuite, menaces, mensonges, délation, prison, tribunal, Alvin n’est-il pas condamné au renoncement ? Et le pire danger viendra peut-être de son frère Calvin, qui le jalouse au point de bientôt lui vouer une haine amère et décide de s’expatrier vers l’Ancien Monde afin de rencontrer Napoléon dont on sait le pouvoir redoutable
L’Amérique n’est-elle pas trop petite pour deux hommes aux talents en puissance si formidables ?
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Quelques instants plus tard, En-Vérité parvint à se rapprocher du jeune Américain. « Votre frère, Alvin Smith, fit-il, dites-moi où je peux le trouver.

— En Amérique », répondit Calvin.

Et comme il s’agissait d’un échange de caractère privé, il ne dissimula pas son mépris.

« C’est déjà un peu plus facile que de le rechercher sur la Terre entière, dit En-Vérité. Visiblement, vous lui en voulez. Je n’ai aucune envie de vous embêter en vous demandant de me parler encore de ses idées.

Il ne vous en coûte rien de me dire où il vit afin que je puisse le trouver tout seul.

— Vous voulez traverser l’Océan et aller voir un gars qui parle comme un rustre pour apprendre ce qu’il pense des talents ?

— Que j’entreprenne un tel voyage ou que je me contente de lui écrire une lettre ne vous regarde en rien. Un jour ou l’autre on va sûrement me demander de défendre des gens accusés de sorcellerie. Votre frère détient peut-être les arguments qui me permettront de sauver la vie d’un client. De telles idées ne circulent pas chez nous en Angleterre car on ruinerait sa carrière en étudiant de trop près les œuvres de Satan.

— Alors pourquoi vous n’avez pas peur de ruiner la vôtre, vous ? fit Calvin.

— Parce que ce que votre frère risque de savoir contient suffisamment de vérité pour pousser un menteur tel que vous à la fuir à l’autre bout du monde. »

La haine enlaidit la figure de Calvin. « Comment osez-vous me parler comme ça ? Je pourrais…»

En-Vérité avait donc vu juste sur la façon dont Calvin s’accordait avec sa famille en Amérique. « Le nom du village, et vous et moi n’aurons plus à nous adresser la parole. »

Calvin marqua un temps, il pesait le pour et le contre. « Je vous prends au mot, mon petit monsieur le jeune avocat d’avenir. Le village s’appelle Vigor Church, dans le Territoire de la Wobbish. Près de l’embouchure de la Tippy-Canoe. Allez trouver mon frère, si vous pouvez. Écoutez ses leçons – si vous pouvez. Et vous passerez le reste de votre vie à vous demander si vous n’auriez pas mieux fait d’essayer d’écouter les miennes. »

En-Vérité eut un petit rire. « Je ne crois pas, monsieur Miller. Je sais déjà que vous mentez, et c’est hélas le seul talent que vous avez suffisamment pratiqué pour y être passé maître.

— En un autre temps je vous aurais abattu d’une balle pour cette réflexion.

— Mais nous vivons une époque friande de menteurs. Voilà pourquoi nous sommes si nombreux à mener des existences de comédie. J’ignore ce que vous espérez trouver en France, cependant je peux vous assurer qu’en définitive vous n’y gagnerez rien si votre vie n’a jusque-là été qu’un mensonge.

— Maintenant vous jouez les prophètes ? Maintenant vous lisez dans les cœurs ? » Calvin ricana et fit un pas en arrière. « Nous avons passé un marché. Je vous ai dit où habite mon frère. Désormais, évitez-moi. » Calvin Miller quitta la soirée ; En-Vérité Cooper ne tarda pas à l’imiter. Il avait causé un vrai scandale en se comportant aussi grossièrement devant tout le monde. Était-ce raisonnable de l’inviter à nouveau à des dîners ou à des soirées ?

Au bout d’une semaine la question ne se posa plus. En-Vérité Cooper était parti : il avait démissionné de son cabinet juridique, clos ses comptes en banque, loué son appartement. Il envoya un mot à ses parents pour leur dire qu’il allait en Amérique interroger quelqu’un à propos d’une affaire sur laquelle il travaillait. Il n’ajouta pas qu’il s’agissait de l’affaire la plus importante de sa vie : son propre procès en sorcellerie. Pas plus qu’il ne leur dit quand il reviendrait en Angleterre, s’il revenait un jour. Il embarquait pour traverser l’Océan puis il utiliserait tous les moyens de transport locaux, même ses propres jambes sur des chemins accidentés s’il le fallait, pour trouver cet Alvin Smith, l’auteur des premières paroles sensées sur les talents qu’il avait jamais entendues.

Le jour même où En-Vérité Cooper appareillait de Liverpool, Calvin Miller embarquait à bord du bac pour Calais. À partir de cet instant, Calvin ne parla plus que le français, décidé à s’exprimer couramment avant de rencontrer Napoléon. Il ne repenserait plus à En-Vérité Cooper avant plusieurs années. Il avait d’autres chats à fouetter. Quelle importance, ce que pensait de lui un vague avocat londonien ?

X

Retour au pays

S’il n’y avait eu que lui, Alvin ne serait sans doute pas retourné à Hatrack River. C’était bien sûr le village où il était né, mais comme sa famille l’avait quitté avant même qu’il sache s’asseoir tout seul, il n’avait pas gardé de souvenirs de cette époque-là. Il savait que les premiers colons étaient Horace Guester, Conciliant Smith et le vieux Vanderwoort, le commerçant hollandais, alors la forge et le bazar devaient déjà exister à sa naissance. Mais il n’arrivait pas à retrouver des images d’un si petit hameau dans sa mémoire.

Le Hatrack River qu’il connaissait, c’était celui de son apprentissage, doté d’une place, d’une église et de son pasteur, du docteur Whitley Physicker pour soigner les malades, d’une poste et même d’une population relativement importante dont les cotisations avaient permis d’engager une maîtresse d’école pour les nombreux enfants. Autant dire que c’était déjà une vraie bourgade ; seulement, qu’est-ce que ça avait changé pour Alvin ? Il était resté coincé là depuis ses onze ans, lié à un maître cupide qui tirait le maximum de travail de « son » apprenti et lui donnait le minimum de leçons, le plus tard possible. Il n’avait guère d’argent, pas plus qu’il n’avait le temps de s’offrir de l’agrément quand il avait de l’argent, ni d’agrément à s’offrir quand il avait du temps.

Pourtant, malgré un apprentissage pénible, il aurait pu repenser avec tendresse à Hatrack River. Il y avait eu Gertie, la mégère que Conciliant avait pour femme, par ailleurs bonne cuisinière et parfois bien disposée à l’égard de l’apprenti. Il y avait eu l’Horace et la Peg Guester qui se souvenaient de sa naissance et lui ouvraient les bras chaque fois qu’il avait l’occasion de passer les voir ou de les aider par de menus ouvrages. Et à mesure qu’Alvin acquérait la réputation de concevoir des charmes parfaits et de mieux travailler le fer que son maître, des tas d’autres habitants du village s’en venaient lui rendre visite, lui demandaient un service par-ci, un autre par-là, et tous feignaient plus ou moins d’ignorer qu’Alvin était le vrai maître de la forgerie. Ils ne voulaient pas mettre le Conciliant en rogne : du coup il s’en serait pris au gamin, pas vrai ? Mais le petit Alvin, il était joliment adroit de ses mains.

Alvin aurait donc pu garder de bons souvenirs du village, on arrive toujours à plonger dans son passé pour en remonter des moments nostalgiques, même si à l’époque il s’agissait de moments de solitude, pénibles ou franchement impossibles à vivre.

Mais pour lui, tous ces souvenirs d’enfance et de jeunesse étaient gâchés par la fin de l’histoire. Au meilleur moment, celui où il tombait amoureux de mademoiselle Larner alors qu’il essayait de s’instruire correctement dans les livres, les pisteurs d’esclaves marrons s’en étaient venus reprendre le petit Arthur Stuart et la suite avait mal tourné. Ils avaient même obligé Alvin à forger les menottes que le gamin porterait pour retourner en esclavage. Puis Alvin et Horace Guester s’en étaient allés au péril de leur vie récupérer le petit sang-mêlé, Alvin l’avait changé dans sa chair, il l’avait dépouillé de son ancienne constitution au fil de l’Hio afin que les pisteurs ne puissent jamais le reconnaître par les bouts de cheveux et de peau contenus dans leur capsule. Là encore, les choses se présentaient bien, il aurait pu garder le souvenir agréable d’un moment pénible à l’issue heureuse.

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