Le compagnon [Alvin Journeyman - fr]
- Автор: Кард Орсон Скотт
- Серия: Alvin le faiseur #4
- Год: 2003
- Язык: французский
- Год: Gallimard
- ISBN: 2-07-042703-X
- Переводчик: Patrick Couton
- Жанр: Фэнтези
Электронная книга - «Le compagnon [Alvin Journeyman - fr]». Краткое содержание книги:
La Cité de Cristal : la vision dans la tornade du lac Mizogan, en compagnie du prophète des Rouges. Si peu des chemins de sa vie y conduisent ; Peggy Larner — Peggy la torche — le sait bien.
Et l’ennemi de toujours choisit à présent des voies plus subtiles pour le détruire. Pièges, fuite, menaces, mensonges, délation, prison, tribunal, Alvin n’est-il pas condamné au renoncement ? Et le pire danger viendra peut-être de son frère Calvin, qui le jalouse au point de bientôt lui vouer une haine amère et décide de s’expatrier vers l’Ancien Monde afin de rencontrer Napoléon dont on sait le pouvoir redoutable
L’Amérique n’est-elle pas trop petite pour deux hommes aux talents en puissance si formidables ?
— J’tiens jusse le haut du sac, dit Alvin. Sus quelle étagère vous allez garder ça ?
— Oh, la ferme, mon gars. J’vais t’laisser l’garder dans la cellule. Mais si tu cognes sus la caboche de quèqu’un avec c’t’affaire et que tu t’échappes, j’te r’trouverai, et c’est pas d’une histoire imbécile de Conciliant Smith qu’on t’accusera, moi j’te l’garantis. »
Alvin secoua la tête et sourit.
Horace éclata d’un gros rire. « Po, si Al voulait s’échapper de ta prison, l’aurait pas b’soin de cogner sus des caboches.
— J’te préviens, c’est tout, Al, dit le shérif. Vas-y doucement avec moi. Y a en suspens un ordre d’extradition d’Appalachie pour un jugement, rapport à la mort d’un certain pisteux d’esclaves qu’a été tué. »
Les manières aimables d’Horace s’évanouirent soudain et, d’un mouvement vif, il plaqua si fort Po Doggly contre le montant de la porte qu’on aurait dit que le shérif n’arriverait plus jamais à se redresser. « Po, dit-il, t’es mon meilleur ami depuis des tas d’années. On a fait en pleine nuit des affaires qui nous auraient valu la mort en plein jour, et on a chacun confié sa vie à l’autre. Si jamais tu t’avises d’inculper ce garçon ou même si t’essayes seulement de l’extrader pour avoir tué l’pisteux qu’a crimé ma femme dans ma propre maison, je m’ferai ma propre justice sus toi de mes propres mains. »
Po Doggly plissa les paupières et regarda l’aubergiste dans les yeux. « C’est une menace, Horace ? Tu veux m’faire rompre mon serment d’shérif pour toi ?
— Comment ça, une menace ? répondit Horace. Tu connais que j’ai dit ça sans vouloir t’offenser.
— Viens-t’en à la prison, Alvin, fit Doggly. M’est avis qu’si les dames du village ont pas d’repas pour toi, Horace, là, t’apportera du ragoût d’l’auberge tous les soirs.
— J’garde le soc ? demanda Alvin.
— J’veux pas m’en approcher, d’cette affaire-là. Si c’est bien un soc. Si c’est bien de l’or. » Doggly lui fit signe de sortir de la chambre dans le couloir. Alvin s’exécuta. Le shérif le suivit dans l’étroit corridor jusqu’à la pièce commune où une vingtaine de personnes faisaient le pied de grue pour savoir ce qui avait amené le shérif. « Alvin, content de t’revoir », le saluèrent plusieurs d’entre elles. Tout le monde était plus ou moins gêné d’assister à son arrestation. « Tu parles d’un accueil, hein ? fit Ruthie Baker, la mine sombre. Moi, j’te l’dis, l’Conciliant Smith, il écorche l’anguille par la queue avec cette malice-là.
— Vous aurez qu’à m’apporter d’vos pâtisseries en prison, dit Alvin. J’en ai rêvé durant tout l’chemin en venant icitte.
— Tu peux gager qu’les femmes vont s’chicaner à longueur de journée pour connaître laquelle va te donner à manger, fit Ruth. J’aurais voulu qu’la pauvre Peg soye là pour t’accueillir. » Le souvenir la fit fondre en larmes brèves. « Oh, c’est-y bête de pleurer aussi facilement ! »
Alvin l’étreignit rapidement, puis regarda le shérif. « Elle va pas m’donner d’lime pour scier les barres d’la prison, dit-il. Alors, est-ce que j’peux…
— Oh, tais-toi, Alvin, lança le shérif Doggly. Pourquoi donc tu t’en es rev’nu chez nous autres ? »
À cet instant la porte s’ouvrit à la volée et Conciliant Smith en personne fit irruption à grands pas.
« Le v’là ! On a enfin arrêté l’voleur ! Shérif, forcez-le à m’redonner mon soc ! »
Po Doggly le regarda droit dans les yeux. Le forgeron était costaud, il avait des bras puissants et des jambes comme des troncs d’arbres, mais lorsque le shérif lui fit face il se flétrit comme une fleur. « Conciliant, tu t’écartes tout d’suite de mon ch’min !
— J’veux mon soc ! insista le forgeron, mais il repassa la porte à reculons.
— C’est pas ton soc jusqu’à tant que l’tribunal te l’dise, s’il te l’dit un jour », répliqua le shérif.
Horace Guester fit chorus. « C’est pas ton soc, sauf si tu prouves que tu connais comment en fabriquer un autre de même. »
Mais Alvin, lui, ne dit rien à Conciliant. Il se contenta de sortir de l’auberge, en s’arrêtant dans l’encadrement de la porte pour lancer à Horace : « Vous laisserez Arthur v’nir me voir autant qu’il veut, vous m’entendez ?
— Il va sitôt vouloir dormir dans la cellule avec toi, Alvin, tu connais ça ! »
Alvin se mit à rire. « J’gage qu’il arriverait à passer entre les barres, tellement il est maigréchine.
— C’est moi qui les ai forgées, ces barres ! s’écria Conciliant. Et elles sont trop à collé les unes des autres pour qu’on passe entre ! »
Ruth Baker cria en retour, presque aussi fort : « Ben, si c’est toi qui les as forgées, ces barres, le p’tit Arthur arrivera sûrement à les écarter tout seul !
— Allons, vous autres, dit le shérif Doggly. J’fais jusse une petite arrestation, alors vous approchez pas et laissez-moi emmener l’prisonnier. Et toi, Conciliant, trois mots d’plusse et j’t’arrête aussite pour entrave à la justice et trouble de l’ordre public.
— M’arrêter ? s’écria Conciliant.
— Pus qu’un mot, asteure. Allez, vas-y, dis-le. N’importe lequel. Donne-moi la chance de t’encler, Conciliant. Tu connais qu’j’en meurs d’envie. »
Conciliant le savait. Il serra les lèvres et fit quelques pas hors de la galerie de l’auberge. Il se retourna alors pour voir ce qui se passait et ne put retenir un sourire au spectacle d’Alvin qu’on emmenait dans la rue en direction du palais de justice et de la prison par-derrière.
XI
La prison
Le français de Calvin laissait à désirer – mais ça ne le tracassait guère. Il ne s’était pas privé de parler en Angleterre, loin de là, jusqu’à acquérir l’accent châtié d’un gentilhomme. Mais ici, à Paris, ça ne servait à rien, c’était même déconseillé. On ne devenait pas une figure mythique, un sujet de rumeurs en bavardant. Ça, c’était une chose qu’il avait apprise de son frère, même si Alvin n’avait jamais eu l’intention de l’enseigner. Alvin n’était pas du genre à étaler sa marchandise. Il laissait les uns et les autres s’en charger pour lui. Et moins il en disait, plus ils vantaient ses mérites. C’est ce que faisait Calvin depuis son arrivée à Paris : il gardait le silence tandis qu’il s’employait à soigner les gens.
Il avait travaillé la guérison – comme disait Mot-pour-mot, c’était un talent que les gens appréciaient beaucoup plus que celui de tuer la vermine. Pas question pour lui d’arriver à des résultats aussi poussés que ceux dont parlait Alvin, comme voir les minuscules créatures qui propageaient la maladie, comprendre le travail des petits éléments de vie dont se composait le corps humain. Mais il restait des domaines à sa portée. Des interventions plus rudimentaires, comme rapprocher les lèvres des blessures ouvertes et favoriser la cicatrisation de la peau par-dessus – il ne savait pas vraiment comment il s’y prenait, mais il la resserrait plus ou moins dans sa tête et le machin cicatriciel se développait.
Et inciter la peau à se déchirer, à vomir ses humeurs malsaines, ça aussi, c’était vraiment impressionnant, surtout quand Calvin se livrait à cet exercice sur les mendiants des rues. Évidemment, nombre d’entre eux arboraient de fausses blessures. Il pouvait difficilement les guérir, celles-là, et ce n’était pas en effaçant les cicatrices peintes des figures des mendiants qu’il allait se faire des amis. Mais les vraies… il pouvait en soigner certaines, et dans ces cas-là il s’arrangeait pour qu’un public conséquent assiste à l’opération. On le voyait guérir les plaies, mais on ne l’entendait pas fanfaronner ni se vanter, ni même garantir d’avance les résultats. Il montait son affaire comme un grand spectacle : debout devant le mendiant, il ignorait la main ouverte ou la sébile tendue, regardait plutôt la blessure, la plaie, l’enflure. Le mendiant finissait par se taire, tout comme les spectateurs, les yeux rivés sur ce que Calvin fixait attentivement. À ce moment-là, bien sûr, Calvin avait déjà la blessure clairement en tête, il l’avait explorée avec sa bestiole, avait réfléchi à ce qu’il allait faire. Donc, à cet instant précis de silence, il envoyait à nouveau sa bestiole et agissait sur la peau. Les chairs s’ouvraient ou la blessure se refermait, selon le cas.