Le compagnon [Alvin Journeyman - fr]
- Автор: Кард Орсон Скотт
- Серия: Alvin le faiseur #4
- Год: 2003
- Язык: французский
- Год: Gallimard
- ISBN: 2-07-042703-X
- Переводчик: Patrick Couton
- Жанр: Фэнтези
Электронная книга - «Le compagnon [Alvin Journeyman - fr]». Краткое содержание книги:
La Cité de Cristal : la vision dans la tornade du lac Mizogan, en compagnie du prophète des Rouges. Si peu des chemins de sa vie y conduisent ; Peggy Larner — Peggy la torche — le sait bien.
Et l’ennemi de toujours choisit à présent des voies plus subtiles pour le détruire. Pièges, fuite, menaces, mensonges, délation, prison, tribunal, Alvin n’est-il pas condamné au renoncement ? Et le pire danger viendra peut-être de son frère Calvin, qui le jalouse au point de bientôt lui vouer une haine amère et décide de s’expatrier vers l’Ancien Monde afin de rencontrer Napoléon dont on sait le pouvoir redoutable
L’Amérique n’est-elle pas trop petite pour deux hommes aux talents en puissance si formidables ?
Horace se mit à rire et serra Alvin dans ses bras. « Tes donc parti d’puis tellement longtemps, t’en as oublié qu’mon nom, c’est Horace ? Entre, entre… Et toi d’même, mon p’tit Arthur Stuart. T’es toujours l’bienvenu icitte. »
Au grand soulagement d’Alvin, Arthur Stuart resta silencieux, ce qui lui évita tout naturellement de prononcer le mot “poupa”.
Ils le suivirent dans l’auberge et dès lors, jusqu’à ce qu’ils aillent s’allonger pour un petit somme dans la meilleure chambre, ils s’abandonnèrent aux bons soins d’Horace. Il les nourrit, leur donna de l’eau chaude pour qu’ils se lavent les mains, les pieds et la figure, prit leurs vêtements sales pour le blanchissage, leur remplit encore davantage l’estomac, puis les fourra personnellement au lit après y avoir mis des draps propres en leur présence. « Comme ça vous connaissez que j’ai gardé les bonnes habitudes de propreté d’ma chère Peg, même si j’suis jusse un vieux veuf qui vit tout seul ».
Mais l’évocation de sa défunte femme suffit à raviver les souvenirs. Les larmes montèrent aux yeux d’Arthur. Horace entreprit aussitôt de s’excuser, mais Alvin le calma d’un geste et d’un sourire. « Ça ira, dit-il. C’est de s’en revenir chez lui et d’pas la trouver icitte. Ça, c’est des bonnes larmes, elles font du bien. »
Arthur tendit la main pour tapoter celle d’Horace. « Ça ira, poupa », dit-il.
Alvin regarda le visage de l’aubergiste et fut soulagé de voir qu’au lieu de la gêne qu’aurait pu provoquer le nom de “poupa”, ses yeux exprimaient une espèce de joie triste. Peut-être pensait-il à la seule personne vraiment en droit de l’appeler ainsi, sa fille Peggy, qui était revenue au pays natal sous un déguisement puis était repartie trop tôt, et qui seule savait s’il la reverrait un jour. Ou peut-être pensait-il à celle qui avait appris à Arthur Stuart à l’appeler poupa, la chère épouse dont le corps reposait dans le terrain en haut de la colline derrière l’auberge, la femme toujours fidèle à un mari qui ne méritait pas sa bonté, un mari possédé par le mal (ce qu’il était le seul au monde à croire).
Horace ressortit bientôt de la chambre, ferma la porte, et Arthur Stuart s’endormit doucement à force de pleurer dans les bras d’Alvin. Allongé, Alvin espérait lui aussi s’assoupir un petit moment. C’était agréable de se retrouver chez soi, du moins ce qu’Alvin imaginait de plus approchant d’un chez-soi ces temps-ci où il se demandait même à quoi ça ressemblait exactement, un chez-soi. C’était à Carthage City qu’il allait finir, hein ? Pourquoi irait-il vivre là-bas ? Ou bien ne s’y rendrait-il que pour mourir ? Et puis, qu’est-ce qu’elle en savait, cette Vialatte Franker ? Éveillé sur son lit, il se posait des questions à son sujet, se demandait si elle était véritablement aussi mauvaise que le prétendait Horace. Alvin avait rencontré le mal à l’état pur durant sa vie, mais il persistait quand même à croire qu’il restait extrêmement rare, et ceux qui ignoraient tout de la vraie méchanceté employaient trop souvent le mot à tort et à travers.
Il s’empêcha de penser à la seule autre femme de sa connaissance à s’entourer de sortilèges. Plutôt que se rappeler mademoiselle Larner, en réalité la petite Peggy, il se laissa peu à peu sombrer dans le sommeil.
Intéressant, ce garçon, songeait Vialatte en s’éloignant de l’auberge. Rien à voir avec la petite fouine sournoise à laquelle je m’attendais après tout ce qu’en a dit Conciliant Smith. Remarquez, personne ne se fie assez aux petites fouines sournoises pour s’y laisser prendre – ce sont les hommes beaux et forts qui font croire aux gens qu’ils ont le cœur aussi franc que la figure. Alors peut-être que tous les propos de Conciliant sont véridiques. Peut-être qu’Alvin a bel et bien volé un précieux tas d’or qu’il a trouvé en creusant un puits. Peut-être qu’il a bel et bien rebouché le trou où se trouvait l’or et qu’il en a creusé un autre un peu plus loin en espérant que personne ne remarquerait rien. Peut-être qu’il lui a vraiment donné la forme d’un soc et qu’il a prétendu avoir changé du fer en or dans le but de s’enfuir avec le trésor de Conciliant. Qu’est-ce que ça me fait, à moi ? se dit Vialatte. Ça n’était pas mon or, et ça ne l’aurait jamais été, tant que Conciliant en était propriétaire. Mais si c’est un soc d’or qu’Alvin porte dans ce sac à son épaule, eh bien, ça pourrait en fin de compte devenir l’or de n’importe qui.
N’importe qui d’assez costaud pourrait se l’approprier par la force brute, par exemple. N’importe qui d’assez cruel pourrait tuer Alvin et en dépouiller son cadavre. N’importe qui d’assez rusé pourrait le subtiliser dans sa chambre pendant son sommeil. N’importe qui d’assez riche pourrait engager des avocats pour le faire condamner devant un tribunal et le lui reprendre légalement. Les moyens ne manquent pas pour récupérer ce soc si on en a vraiment envie.
Mais Vialatte n’exercerait jamais de contrainte. Elle n’en voudrait même pas, du soc d’or, s’il existait, à moins qu’Alvin ne le lui donne de son plein gré. Comme cadeau. Un cadeau d’amour, peut-être. Ou… disons qu’elle l’accepterait comme cadeau d’un repenti, au besoin. Il lui faisait l’effet d’un homme d’honneur, mais cette façon qu’il avait de la fixer… Bah, elle connaissait ce regard-là. L’homme avait le béguin. Il serait à elle quand elle voudrait.
Joue bien ton rôle, Vialatte, songea-t-elle. Plante le décor. Arrange-toi pour que ce soit lui qui te coure après. Pour que personne n’aille raconter que tu as jeté ton dévolu sur lui.
Sa meilleure amie l’attendait dans l’appentis qui servait de cuisine à l’arrière de la poste lorsqu’elle y pénétra. « Alors, vous en pensez quoi, de cet Alvin ? demanda-t-elle avant que Vialatte ait même le temps de la saluer.
— Je vous fais confiance pour apprendre les nouvelles avant que je vous les donne. » Vialatte entreprit d’alimenter le joli fourneau de cuisine en fonte doté d’un four à pain que lui enviaient toutes les femmes de Hatrack River.
« Cinq personnes vous ont vue lui dire bonjour sur la galerie de l’auberge, Vialatte, et je savais déjà ça avant que vous soyez revenue sur la route, j’en suis sûre.
— Alors ce sont des gens qui n’ont rien à faire, moi, je dirais, et ce sont les instruments du diable.
— Sûrement que vous le sauriez… Je gage que le diable vous remet une liste à jour chaque fois qu’il trouve une nouvelle recrue.
— Évidemment. Tout le monde le sait, tiens, que le diable reste ici même dans mon joli fourneau. » Vialatte gloussa de joie.
« Alors… s’impatienta sa meilleure amie. Qu’est-ce que vous pensez de lui ?
— Je ne le trouve pas si bien que ça, répondit Vialatte. Des bras de travailleur manuel, évidemment, et hâlé comme n’importe quel gars de basse condition. Il parle mal, comme un paysan. Je me demande s’il sait même lire.
— Oh, ça, il sait lire. La maîtresse d’école lui a appris du temps où il restait ici.
— Ah oui, la légendaire demoiselle Larner, tellement bonne institutrice que son meilleur élève a gagné un concours d’orthographe, à la suite de quoi les pisteurs d’esclaves ont eu vent d’un petit métis et ils ont fini par tuer la femme d’Horace Guester, la propre mère de la demoiselle Larner. Une fille vraiment contre nature.
— Vous avez une façon de raconter cette histoire qui la rend drôlement moche.
— Il existe une version plus jolie ?
— Une belle histoire d’amour. Une maîtresse d’école essaye de transformer la vie d’un petit sang-mêlé et d’un ami mal dégrossi, un apprenti forgeron. Elle tombe amoureuse du jeune forgeron et fait du petit mulâtre un champion d’orthographe. Puis les forces du mal s’en aperçoivent…