Les traquenards de Giri [The Witling - fr]
- Автор: Виндж Вернор (Вернон) Стефан
- Год: 1981
- Язык: французский
- Год: Nouvelles
- ISBN: 2-7201-0174-5
- Переводчик: Jacques Schmitt
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «Les traquenards de Giri [The Witling - fr]». Краткое содержание книги:
En fait, les péripéties de l’évolution avaient doté les autochtones d’un talent bien particulier, un talent qui rendait inutiles la plupart des inventions associées, sur d’autres planètes, au développement de la vie intelligente. Comme les explorateurs d’outre-espace, le lecteur va de surprise en surprise jusqu’à la chute finale.
Un roman passionnant qui mêle avec intelligence aventure et réflexion, dû à un auteur de talent injustement méconnu en France.
Le sol paraissait graduellement se rider. De grandes ombres escaladaient les pentes des premiers vallonnements, dont elles semblaient constituer les contreforts. Yoninne se pencha au-dehors par l’écoutille et le vent lui cingla le visage : en face, les montagnes s’élevaient à près de mille mètres au-dessus d’eux et leurs sommets bruns et arrondis étaient parsemés d’arbres, qui paraissaient autant de grains de poivre répandus sur le sable.
Elle fit donner par Bre’en une nouvelle poussée à la nacelle, et une seconde poussée quelques minutes plus tard. Si, à chaque fois, ils se rapprochaient rapidement des montagnes, ils s’élevaient également de plusieurs centaines de mètres simultanément. Yoninne ne cessait d’avaler sa salive afin d’atténuer la pression qui s’exerçait sur ses tympans.
Ils franchirent la ligne de faîte en passant à moins de cinq cents mètres au-dessus du pic le plus élevé. Sur les branches des arbres croissant sur ses flancs, elle aperçut de minuscules taches de couleur qu’elle prit pour des fleurs. Mais, aussi grandiose que fût la vue qui s’offrait à leurs yeux, le paysage qui défilait au-dessous d’eux pouvait difficilement rivaliser avec le spectacle qu’elle entrevoyait au-delà des sommets : la mer, réduite pour l’instant à une ligne bleu foncé le long de l’horizon occidental ! Le terrain qui s’étendait entre les montagnes et la côte était verte — et non plus ocre ou marron comme le désert qu’ils venaient de laisser derrière eux. Cette superbe bande de verdure se déroulait en direction du nord, aussi loin que pouvaient porter ses regards. Ils survolaient désormais le comté de Tsarang.
Il ne leur restait plus qu’à descendre, ce qui allégeait la tâche de Bre’en. Yoninne jugea qu’ils pourraient, en cas de nécessité, pousser jusqu’à la côte. « Reconnaissez-vous quelque chose, Pelio ? » demanda-t-elle.
Pelio se pencha par-dessus Bre’en pour jeter un coup d’œil au-dehors. Bien que des lucarnes fussent pratiquées dans la coque, à proximité de l’endroit où il se tenait, l’écoutille ouverte offrait une vue plus satisfaisante. Samadhom glissa lourdement de son giron et roula mollement contre la paroi. Pelio se retourna et prit la tête de Sam entre ses bras. Il regarda ensuite Yoninne et, quand il parla, sa voix tremblait légèrement : « Samadhom est encore en vie, j’en suis sûr… »
Mais il a perdu connaissance, pensa Leg-Wot. Les yeux de Bre’en se posèrent successivement sur l’ours et sur Yoninne.Dieu merci, Bre’en est persuadé que la capsule serait ingouvernable sans notre aide.
À regret, Pelio déposa Sam sur le tas de lest et regagna l’écoutille. Il tourna les yeux vers le nord avant de s’agripper des deux mains aux bords de l’ouverture et se pencher au-dehors pour regarder vers l’avant. « Nous avons réussi, Ionina », dit-il à voix basse. « Le centre de la ville de Tsarangalang est situé sur la droite de notre trajectoire. Il ne peut pas être éloigné de plus de quelques kilomètres. »
Ils se sourirent niaisement pendant un moment, puis Pelio se retourna vers Samadhom.
Yoninne orienta délicatement la coupole et la capsule obliqua dans la direction indiquée par Pelio. Ils ne se trouvaient plus maintenant qu’à deux mille mètres d’altitude. La contrée qu’ils apercevaient au-dessous d’eux paraissait sauvage par comparaison avec Mèreplanète, mais Yoninne se dit qu’il devait s’agir d’un verger azhiri, car la végétation était piquetée de points rouges, et elle distinguait çà et là de grandes piles de fruits prêtes pour le transport. Un bâtiment apparaissait aussi parfois à travers le feuillage.
À l’autre extrémité de la cabine, Pelio parlait doucement à Sam. Tant que l’ours n’aurait pas été ranimé, la peur de s’écraser au sol qui hantait Bre’en serait la seule raison qui empêcherait celui-ci de se débarrasser d’eux. Or cette crainte diminuerait fatalement à mesure que la capsule se rapprocherait de la terre.
Ils survolèrent bientôt les quartiers centraux de Tsarangalang, ce que suggérait l’espacement des bâtiments ne dépassant pas quelques centaines de mètres. Droit devant s’étalait le disque bleu du lac de transit de la cité où ils allaient devoir se poser car, en raison de la présence à bord de plusieurs tonnes de lest, ils perdraient de l’altitude à une telle vitesse que Pelio et Ajao, dépourvus qu’ils étaient de moyens de protection contre les effets de la décélération, se fussent ressentis fâcheusement d’un atterrissage sur la terre ferme.
Yoninne décrivit une large courbe autour du lac en s’efforçant de se maintenir à la même altitude, afin d’accorder davantage de temps à Pelio et Samadhom. Si le besoin s’en faisait sentir, elle pourrait toujours contraindre Bre’en à imprimer une nouvelle poussée à la capsule. Mais que se passerait-il si le prince ne parvenait pas à faire reprendre connaissance à Sam ? Qu’arriverait-il si Sam mourait ? Elle préférait ne pas penser à cette éventualité, maintenant qu’ils touchaient au but.
Un faiblemip s’éleva tout à coup de la masse velue de l’ours et Pelio tourna vers Yoninne un regard triomphant. Elle eut envie de hurler de joie. Elle ouvrit légèrement les volets d’accélération et la capsule se précipita à la rencontre du lac à une vitesse de près de quatorze mètres à la seconde. Leg-Wot repoussa entièrement le panneau et la lumière du soleil matinal ruissela par-dessus son épaule à l’intérieur de la cabine. La forte brise qui sifflait autour d’eux leur apportait l’odeur de la végétation. Dans quelques secondes, nous serons en sécurité au sol.
Quatre cents mètres. Malgré l’euphorie qui s’était emparée d’elle, son bon sens ne l’avait pas abandonnée. « Pelio, dit-elle, placez-vous entre Samadhom et Bre’en, si vous voulez bien. » Jusqu’à présent, la menace avait suffi pour tenir en lisière l’Homme des Neiges, car celui-ci ne doutait pas un instant que la cause des Profanes fût sans espoir. Mais, la victoire leur souriant, ne fallait-il pas s’attendre de sa part à une tentative désespérée ?
Pelio transféra le poids de Sam sur les genoux d’Ajao et se retourna pour faire face à Thredegar Bre’en. Se cramponnant solidement d’une main, il brandit la machette de l’autre.
Cent mètres : Yoninne ferma les volets d’accélération. Elle desserra son harnais et se pencha par l’écoutille, tout en gardant la main gauche posée sur le levier. Ils descendaient en direction de la rive du lac — à l’écart des quais — où elle espérait que l’eau serait relativement peu profonde ; lestée comme elle l’était, la capsule flotterait en effet autant qu’un tas de plomb.
À terre, une foule d’autochtones les observaient bouche bée : les nouvelles circulent vite dans une société d’individus doués pour la téléportation. Si leur étonnement tournait à la panique, ils étaient capables de volatiliser la capsule.
Le sol était maintenant si près qu’elle pouvait distinguer les touffes d’herbe croissant entre les blocs de pierre amoncelés au bord de l’eau. Elle manœuvra afin de placer le parachute sur la trajectoire d’un infime courant d’air ascendant et évalua leur vitesse de chute à six ou sept mètres à la seconde. Ils toucheraient l’eau plus doucement qu’une nef au terme d’un saut d’une lieue.
Bang. Le coup de vent qui claqua contre la paroi de la capsule était beaucoup trop brutal pour paraître naturel. Yoninne fut à moitié éjectée hors de l’écoutille avant que le harnais ne parvienne à freiner son élan. Elle crut un moment qu’un indigène effrayé les avait attaqués ; mais, réintégrant la cabine, elle s’aperçut que Pelio était tombé en avant et que Bre’en lui avait immobilisé la main dans laquelle il tenait la machette.