Le gang des rêves
- Автор: Fulvio Luca di
- Год: 2016
- Язык: французский
- Год: Éditions Slatkine & Cie
- ISBN: 978-2889440061
- Переводчик: Elsa Damien
- Жанр: Современная русская и зарубежная проза
Электронная книга - «Le gang des rêves». Краткое содержание книги:
L’histoire commence, vertigineuse, tumultueuse. Elle s’achève quelques heures plus tard sans qu’on ait pu fermer le livre, la magie Di Fulvio.
Roman de l’enfance volée, Le Gang des rêves brûle d’une ardeur rédemptrice : chacun s’y bat pour conserver son intégrité et, dans la boue, le sang, la terreur et la pitié, toujours garder l’illusion de la pureté.
Dramaturge, le Romain Luca Di Fulvio est l’auteur de dix romans.
Deux d’entre eux ont déjà été adaptés au cinéma ; ce sera le destin du Gang des rêves, qui se lit comme un film et dont chaque page est une nouvelle séquence.
Dès qu’on la poussa dans le fourgon, Cetta, y découvrant Sal menotté, s’élança vers lui et se jeta à son cou : elle pleurait, désespérée, en pensant à Christmas.
Arrivés au commissariat, Cetta et Sal furent séparés. La jeune femme fut mise dans une cellule collective avec Madame et les autres prostituées. Sal fut brutalement battu et puis enfermé seul dans une cage placée au milieu d’une pièce : à chaque fois qu’entraient et sortaient des policiers, ils l’insultaient, le menaçaient et lui crachaient dessus.
« Je veux payer une caution, annonça Sal lorsque le commissaire du district, qui ignorait le pacte entre les Irlandais et ses hommes, se présenta.
— Toi, tu ne peux pas sortir sous caution, rétorqua le policier.
— C’est pas pour moi, dit Sal avec du sang qui lui coulait du nez. C’est pour Cetta Luminita, une des poules. »
Le commissaire le regarda, surpris.
« C’est son droit, poursuivit Sal en passant ses gros doigts propres entre les mailles du filet métallique.
— On verra demain, fit l’autre.
— Elle a un enfant en bas âge » insista Sal en secouant rageusement la grille.
Le commissaire le dévisagea en silence. Il avait un regard dur mais humain.
« Tu as dit qu’elle s’appelait comment ? demanda-t-il.
— Cetta Luminita. »
Le commissaire bougea à peine la tête, en signe d’assentiment, et quitta la pièce.
Le lendemain matin, l’avocat Di Stefano vint voir Sal. En s’approchant de la cage, il plissa le nez :
« Merde, tu t’es pissé dessus ?
— Ils me laissent pas aller aux chiottes. »
L’avocat regarda Sal, sans cesser de plisser le nez.
« Ils ont chopé le chef dans Livonia Avenue ? demanda Sal.
— Comment tu connais les déplacements de Vince, toi ? » demanda l’avocat.
Il parlait à voix basse à travers la grille métallique, afin que les policiers n’entendent pas.
« Ils l’ont chopé ?
— Non. Au dernier moment, il a changé d’avis » expliqua l’avocat.
Sal le dévisagea. Et il commença à comprendre.
« C’est qui ?
— Silver. »
Sal cracha par terre.
« T’en fais pas, cette merde n’aura plus l’occasion de dépenser le fric de sa trahison, ajouta l’avocat plus bas encore.
— Amen.
— Mais maintenant, c’est à toi de faire voir si t’es un homme ou une merde » fit l’avocat en le fixant froidement.
Sal savait bien que cette phrase était une menace. Elle voulait dire : « Tu veux rester en vie ? » Il soutint le regard de l’avocat avec la même froideur, sans cligner des paupières.
« Je suis pas une merde, affirma-t-il avec force.
— Tu vas plonger, poursuivit l’avocat.
— Je sais.
— Ils vont te cuisiner. »
Sal sourit :
« Vous êtes miro, avocat ? lança-t-il. Regardez ma gueule ! Regardez mon pantalon plein de pisse ! Ils ont déjà commencé.
— Ils vont te faire une offre.
— Moi je traite pas avec les flics. Surtout quand ils sont arrosés par un Irlandais. »
L’avocat continua à l’observer en silence. Décider si, oui ou non, on pouvait se fier à Sal Tropea, c’était son rôle. Mais il ne pouvait pas se contenter de bonnes paroles. Il devait lire la réponse dans ses yeux.
Et Sal savait que son futur dépendait de ce dernier regard. Alors, soudain, la peur qui le paralysait depuis qu’il avait été blessé à l’épaule disparut, et Sal se retrouva lui-même. Il se sentit libre. Léger. Et se mit à rire. Un rire qui venait des profondeurs, comme un rot.
Les traits délicats de l’avocat exprimèrent d’abord de la surprise, avant de se détendre. Sal Tropea ne parlerait pas. Maintenant, il en était sûr. Néanmoins, il lui restait une carte à jouer. Un dernier avertissement à donner :
« Cette poule qui te tient tellement à cœur… dit-il d’une voix lente et débarrassée de toute urgence (puisqu’il n’avait plus de doutes maintenant et pouvait simplement se permettre d’être cruel). Elle est chez elle avec son fils. Comment il s’appelle… Christmas, c’est ça ? »
Sal se raidit.
« Il te ressemble pas, ce mioche, remarqua l’avocat. Je l’ai vu, il est blond.
— C’est pas mon fils » trancha Sal, sur la défensive. Il comprenait très bien ce qui était en train de se passer.
« Il a un nom de nègre, et pourtant il est blond comme un Irlandais, ce bâtard !
— J’en ai rien à foutre, du gosse » mentit Sal.
L’avocat rit doucement. Un ricanement qui signifiait : « Je te crois pas ». Et, continuant à sourire, il reprit :
« Tu dois y tenir beaucoup, à cette grue, pour lui offrir la caution !
— Vous devriez faire le sbire, pas l’avocat. Ça vous irait bien » fit remarquer Sal.
L’avocat rit à nouveau. Avec satisfaction, cette fois. « J’y penserai, merci du conseil. » Puis il s’approcha encore de la grille. Non qu’il ait un secret à communiquer, mais il devait s’assurer que son message était interprété correctement. En même temps, il était sûr de son coup, à la fois parce qu’il se trouvait très doué et parce que ce Sal Tropea était beaucoup moins crétin que les brutes auxquelles, d’ordinaire, il adressait des menaces. Mais il adorait menacer les gens. C’était comme tirer avec un pistolet. Mais au lieu de voir le sang jaillir d’une blessure, on le voyait injecter les yeux. « Le chef a décidé de te rembourser la caution que tu as payée pour la poule, dit-il. Et vu qu’elle te tient tellement à cœur, il s’en occupera lui-même tant que tu seras en villégiature. »
Sal ne souffla mot.
« On est une famille, non ? » commenta l’avocat.
Sal hocha la tête.
« Et je m’arrangerai pour qu’on te mette en pension dans le voisinage, comme ça ta belle pourra venir te voir quand elle voudra » ajouta l’avocat Di Stefano en s’éloignant.
Sal fut passé à tabac le jour même. La nuit, ses lèvres étaient tellement tuméfiées qu’il se força à rester éveillé par peur de mourir étouffé dans son sommeil. Le matin, il ne s’aperçut pas que le soleil s’était levé car ses paupières étaient si gonflées qu’il ne pouvait ouvrir les yeux. Et il ne sentit nullement le goût des quelques trucs qu’on lui donna à manger et à boire, parce que tout avait un goût de sang. Puis on lui proposa une remise de peine. Ensuite on lui offrit même la liberté. Mais Sal ne se fatigua même pas à refuser. Dix jours plus tard, il fut condamné. On le déshabilla et on lui donna un uniforme de prisonnier. L’avocat Di Stefano tint parole : Sal ne fut pas envoyé à Sing Sing comme le stipulait sa condamnation, mais à la prison de Blackwell Island, sur l’East River, entre Manhattan et le Queens.
La semaine suivante, au parloir, assis en face de Cetta, Sal avait encore le visage marqué :
« Quand je sortirai d’ici, je serai encore plus moche ! » commenta-t-il.