Pot-bouille
- Автор: Золя Эмиль
- Серия: les rougon-macquart #10
- Язык: французский
- Жанр: Классическая проза
Электронная книга - «Pot-bouille». Краткое содержание книги:
-Et ton paroissien! cria tout d'un coup madame Josserand desesperee.
On etait deja dans les voitures. Angele dut remonter chercher le paroissien de velours blanc. Enfin, on partit. Toute la maison se trouvait la, les bonnes, les concierges. Marie Pichon etait descendue avec Lilitte, habillee, comme sur le point de sortir; et la vue de la mariee, si jolie et si bien mise, la remua aux larmes. M. Gourd remarqua que, seuls, les gens du second n'avaient pas bouge de chez eux: de droles de locataires qui faisaient toujours autrement que les autres!
A Saint-Roch, la grande porte venait de s'ouvrir a deux battants. Un tapis rouge descendait jusqu'au trottoir. Il pleuvait, la matinee de mai etait tres froide.
-Treize marches, dit tout bas madame Juzeur a Valerie, quand elles passerent sous la porte. Ce n'est pas bon signe.
Des que le cortege s'engagea entre les deux haies de chaises, marchant vers le choeur, ou les cierges de l'autel brillaient comme des etoiles, les orgues, sur la tete des couples, eclaterent en un chant d'allegresse. C'etait une eglise cossue, riante, avec ses grandes fenetres blanches, bordees de jaune et de bleu tendre, ses soubassements de marbre rouge, revetant les murs et les colonnes, sa chaire doree, soutenue par les quatre evangelistes, ses chapelles laterales ou luisaient des orfevreries. Des peintures d'Opera egayaient la voute. Des lustres de cristal pendaient au bout de longs fils. Lorsqu'elles passaient sur les larges bouches du calorifere, les dames recevaient dans leurs jupes une haleine chaude.
-Vous etes sur d'avoir l'alliance? demanda madame Josserand a Auguste, qui s'installait avec Berthe sur des fauteuils, places devant l'autel.
Il s'effara, crut l'avoir oubliee, puis la sentit dans la poche de son gilet. D'ailleurs, elle n'avait pas attendu sa reponse. Depuis son entree, elle se haussait, fouillait du regard le monde: Trublot et Gueulin, tous deux garcons d'honneur, l'oncle Bachelard et Campardon, temoins de la mariee, Duveyrier et le docteur Juillerat, temoins du marie, puis toute la foule des connaissances, dont elle etait fiere. Mais elle venait d'apercevoir Octave, qui ouvrait avec empressement un passage a madame Hedouin, et elle l'avait emmene derriere un pilier, ou elle lui parlait, d'une voix basse et rapide. Le jeune homme ne paraissait pas comprendre, le visage stupefait. Pourtant, il s'inclina d'un air d'aimable obeissance.
-C'est convenu, dit a l'oreille de Valerie madame Josserand, en revenant s'asseoir sur un des fauteuils destines a la famille, derriere ceux de Berthe et d'Auguste.
Il y avait la M. Josserand, les Vabre, les Duveyrier. Maintenant, les orgues egrenaient des gammes de petites notes claires, coupees de grands souffles. On se casait, le choeur s'emplissait, des hommes restaient dans les bas cotes. L'abbe Mauduit s'etait reserve la joie de benir l'union d'une de ses cheres penitentes. Quand il parut, en surplis, il echangea un amical sourire avec l'assistance, ou il reconnaissait tous les visages. Mais des voix attaquerent le Veni Creator, les orgues reprirent leur chant triomphal, et ce fut a ce moment que Theophile decouvrit Octave, a gauche du choeur, devant la chapelle de Saint-Joseph.
Sa soeur Clotilde voulut le retenir.
-Je ne peux pas, begaya-t-il, jamais je ne le tolererai.
Et il forca Duveyrier a le suivre, pour representer la famille. Le Veni Creator continuait. Quelques tetes se tournerent.
Theophile, qui avait parle de gifles, fut pris d'une telle emotion en abordant Octave, qu'il ne put d'abord trouver un mot, vexe d'etre petit, se haussant sur la pointe des pieds.
-Monsieur, dit-il enfin, je vous ai vu hier avec ma femme....
Mais le Veni Creator finissait, il fut effraye, lorsqu'il entendit le son de sa voix. D'ailleurs, Duveyrier, tres contrarie de l'aventure, tachait de lui faire comprendre combien le lieu etait mal choisi. Devant l'autel, la ceremonie commencait. Apres avoir adresse aux epoux une exhortation emue, le pretre avait pris l'anneau nuptial pour le benir.
-Benedie, Domine Deus noster, annulum nuptialem hunc, quem nos in tuo nomine benedicimus....
Alors, Theophile osa repeter, a voix basse:
-Monsieur, vous etiez hier dans cette eglise avec ma femme.
Octave, etourdi encore des recommandations de madame Josserand, n'ayant pas bien compris, conta pourtant la petite histoire d'un air aise.
-En effet, j'ai rencontre madame Vabre, et nous sommes alles voir ensemble les reparations du Calvaire, que dirige mon ami Campardon.
-Vous avouez, balbutia le mari, repris de fureur, vous avouez....
Duveyrier crut devoir lui frapper sur l'epaule, pour le calmer. Une voix percante d'enfant de choeur repondait:
-Amen.
-Et vous reconnaissez sans doute cette lettre, continua Theophile, en tendant un papier a Octave.
-Voyons, pas ici! dit le conseiller tout a fait scandalise. Vous perdez la raison, mon cher.
Octave ouvrit la lettre. L'emotion avait grandi dans l'assistance. Des chuchotements couraient, on se poussait du coude, on regardait par-dessus les livres de messe; personne ne faisait plus la moindre attention a la ceremonie. Les deux maries seuls restaient graves et raides devant le pretre. Puis, Berthe elle-meme tourna la tete, apercut Theophile qui blemissait devant Octave; et, des lors, elle fut distraite, elle ne cessa de couler des regards luisants du cote de la chapelle de Saint-Joseph.
Cependant, le jeune homme lisait a demi-voix.
-"Mon chat, que de bonheur hier! A mardi, chapelle des Saints-Anges, dans le confessionnal."
Le pretre, apres avoir obtenu du marie un "oui" d'homme serieux qui ne signe rien sans lire, venait de se tourner vers la mariee.
-Vous promettez et jurez de garder a monsieur Auguste Vabre fidelite en toutes choses, comme une fidele epouse le doit a son epoux, selon le commandement de Dieu?
Mais Berthe, ayant vu la lettre, se passionnant a l'idee des gifles qu'elle esperait, n'ecoutait plus, guettait par un coin de son voile. Il y eut un silence embarrasse. Enfin, elle sentit qu'on l'attendait.
-Oui, oui, repondit-elle precipitamment, au petit bonheur.
L'abbe Mauduit, etonne, avait suivi la direction de son regard; et il devina qu'une scene inusitee se passait dans un des bas cotes, il fut pris a son tour de singulieres distractions. Maintenant, l'histoire avait circule, tout le monde la connaissait. Les dames, pales et graves, ne quittaient plus Octave des yeux. Les hommes souriaient d'un air discretement gaillard. Et, pendant que madame Josserand rassurait madame Duveyrier par de legers haussements d'epaules, seule Valerie semblait s'interesser au mariage, ne voyant rien autre, comme penetree d'attendrissement.
-"Mon chat, que de bonheur hier...." lisait de nouveau Octave, qui affectait une profonde surprise.