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READ-E-BOOK » Романы для взрослых » Justine Ou Les Malheurs De La Vertu

Электронная книга - «Justine Ou Les Malheurs De La Vertu». Краткое содержание книги:

Rejetant la douce nature rousseauiste, Sade dévoile le mal qui est en nous et dans la vie. La vertueuse Justine fait la confidence de ses malheurs et demeure jusque dans les plus scabreux détails l'incarnation de la vertu. Apologie du crime, de la liberté des corps comme des esprits, de la cruauté 'extrême sensibilité des organes connue seulement des êtres délicats', l'oeuvre du marquis de Sade étonne ou scandalise. C'est aussi une oeuvre d'une poésie délirante et pleine d'humour noir.
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Ne pas être levée le matin à l'heure prescrite: trente coups de fouet (car c'est presque toujours par ce supplice que nous sommes punies; il était assez simple qu'un épisode des plaisirs de ces libertins devînt leur correction de choix); présenter ou par malentendu, ou par quelque cause que ce puisse être, une partie du corps, dans l'acte des plaisirs, au lieu de celle qui est désirée: cinquante coups; être mal vêtue, ou mal coiffée: vingt coups; n'avoir pas averti lorsqu'on a ses règles: soixante coups; le jour où le chirurgien a constaté votre grossesse: cent coups; négligence, impossibilité, ou refus dans les propositions luxurieuses: deux cents coups. Et combien de fois leur infernale méchanceté nous prend-elle en défaut sur cela, sans que nous ayons le plus léger tort! Combien de fois l'un d'eux demande-t-il subitement ce qu'il sait bien que l'on vient d'accorder à l'autre, et ce qui ne peut se refaire tout de suite! Il n'en faut pas moins subir la correction; jamais nos remontrances, jamais nos plaintes ne sont écoutées; il faut obéir ou être corrigées. Défauts de conduite dans la chambre ou désobéissance à la doyenne: soixante coups; l'apparence des pleurs, du chagrin, des remords, l'air même du plus petit retour à la religion: deux cents coups. Si un moine vous choisit pour goûter avec vous la dernière crise du plaisir et qu'il n'y puisse parvenir, soit qu'il y ait de sa faute, ce qui est très commun, soit qu'il y ait de la vôtre: sur-le-champ, trois cents coups. Le plus petit air de répugnance aux propositions des moines, de quelque nature que puissent être ces propositions: deux cents coups; une entreprise d'évasion, une révolte: neuf jours de cachot, toute nue, et trois cents coups de fouet chaque jour; cabales, mauvais conseils, mauvais propos entre soi, dès que cela est découvert: trois cents coups; projets de suicide, refus de se nourrir comme il convient: deux cents coups; manquer de respect aux moines: cent quatre-vingts coups. Voilà nos seul délits, nous pouvons d'ailleurs faire tout, ce qui nous plaît, coucher ensemble, nous quereller, nous battre, nous porter aux derniers excès de l'ivrognerie et de la gourmandise, jurer, blasphémer: tout cela est égal, on ne nous dit mot pour ces fautes-là; nous ne sommes tancées que pour celles que je viens de te dire, mais les doyennes peuvent nous épargner beaucoup de ces désagréments, si elles le veulent. Malheureusement, cette protection ne s'achète que par des complaisances souvent plus fâcheuses que les peines garanties par elles; elles sont du même goût dans l'une et l'autre salle, et ce n'est qu'en leur accordant des faveurs qu'on parvient à les enchaîner. Si on les refuse, elles multiplient sans raison la somme de vos torts, et les moines qu'on sert, en en doublant l'état, bien loin de les gronder de leur injustice, les y encouragent sans cesse; elles sont elles-mêmes soumises à toutes ces règles, et de plus très sévèrement punies, si on les soupçonne indulgentes. Ce n'est pas que ces libertins aient besoin de tout cela pour sévir contre nous, mais ils sont bien aises d'avoir des prétextes; cet air de nature prête des charmes à leur volupté, elle s'en accroît. Nous avons chacune une petite provision de linge en entrant ici; on nous donne tout par demi-douzaine, et l'on renouvelle chaque année, mais il faut rendre ce que nous apportons; il ne nous est pas permis d'en garder la moindre chose; les plaintes des quatre frères dont je t'ai parlé sont écoutées comme celles de la doyenne; nous sommes punies sur leur simple délation; mais ils ne nous demandent rien au moins, et il n'y a pas tant à craindre qu'avec les doyennes, très exigeantes et très dangereuses quand le caprice ou la vengeance dirige leurs procédés. Notre nourriture est fort bonne et toujours en très grande abondance; s'ils ne recueillaient de là des branches de volupté, peut-être cet article n'irait-il pas aussi bien, mais comme leurs sales débauches y gagnent, ils ne négligent rien pour nous gorger de nourriture: ceux qui aiment à nous fouetter, nous ont plus dodues, plus grasses, et ceux qui, comme te disait Jérôme hier, aiment à voir pondre la poule, sont sûrs, au moyen d'une abondante nourriture, d'une plus grande quantité d'œufs. En conséquence, nous sommes servies quatre fois le jour; on nous donne à déjeuner, entre neuf et dix heures, toujours une volaille au riz, des fruits crus ou des compotes, du thé, du café, ou du chocolat; à une heure on sert le dîner; chaque table de huit est servie de même: un très bon potage, quatre entrées, un plat de rôti et quatre entremets; du dessert en toute saison. A cinq heures et demie, on sert le goûter: des pâtisseries ou des fruits; le souper est excellent sans doute, si c'est celui des moines; si nous n'y assistons pas, comme nous ne sommes alors que quatre par chambre, on nous sert à la fois trois plats de rôti et quatre entremets; nous avons chacune par jour une bouteille de vin blanc, une de rouge, et une demi-bouteille de liqueur; celles qui ne boivent pas autant sont libres de donner aux autres; il y en a parmi nous de très gourmandes qui boivent étonnamment, qui s'enivrent, et tout cela sans qu'elles en soient réprimandées; il en est également à qui ces quatre repas ne suffisent pas encore; elles n'ont qu'à sonner, on leur apporte aussitôt ce qu'elles demandent.

Les doyennes obligent à manger aux repas, et si l'on persistait à ne le vouloir point faire, par quelque motif que ce pût être, à la troisième fois, on serait sévèrement punie. Le souper des moines est composé de trois plats de rôti, de six entrées relevées par une pièce froide et huit entremets, du fruit, trois sortes de vin, du café et des liqueurs. Quelquefois, nous sommes à table toutes les huit avec eux; quelquefois ils obligent quatre de nous à les servir, et elles soupent après; il arrive aussi de temps en temps qu'ils ne prennent que quatre filles à souper; communément alors, ce sont des classes entières; quand nous y sommes huit, il y en a toujours deux de chaque classe. Il est inutile de te dire que jamais personne au monde ne nous visite; aucun étranger, sous quelque prétexte que ce puisse être, n'est introduit dans ce pavillon. Si nous tombons malades, le seul frère chirurgien nous soigne, et si nous mourons, c'est sans aucun secours religieux; on nous jette dans un des intervalles formés par les haies, et tout est dit; mais par une insigne cruauté, si la maladie devient trop grave, ou qu'on en craigne la contagion, on n'attend pas que nous soyons mortes pour nous enterrer; on nous enlève et nous place où je t'ai dit, encore toute vivante; depuis dix-huit ans que je suis ici, j'ai vu plus de dix exemples de cette insigne férocité; ils disent à cela qu'il vaut mieux en perdre une que d'en risquer seize; que c'est d'ailleurs une perte si légère qu'une fille, si aisément réparée, qu'on y doit avoir peu de regrets.

Passons à l'arrangement des plaisirs des moines et à tout ce qui tient à cette partie.

Nous nous levons ici à neuf heures précises du matin, en toute saison; nous nous couchons plus ou moins tard, en raison du souper des moines. Aussitôt que nous sommes levées, le régent de jour vient faire sa visite, il s'assoit dans un grand fauteuil, et là, chacune de nous est obligée d'aller se placer devant lui les jupes relevées du côté qu'il aime; il touche, il baise, il examine, et quand toutes ont rempli ce devoir, il nomme celles qui doivent être du souper; il leur prescrit l'état dans lequel il faut qu'elles soient, il prend les plaintes des mains de la doyenne, et les punitions s'imposent. Rarement ils sortent sans une scène de luxure à laquelle nous sommes communément employées toutes les huit. La doyenne dirige ces actes libidineux, et la plus entière soumission de notre part y règne. Avant le déjeuner, il arrive souvent qu'un des Révérends Pères fait demander dans son lit une de nous; le frère geôlier apporte une carte où est le nom de celle que l'on veut; le régent du jour l'occupât-il alors, il n'a pas même le droit de la retenir, elle passe, et revient quand on la renvoie. Cette première cérémonie finie, nous déjeunons; de ce moment jusqu'au soir, nous n'avons plus rien à faire; mais à sept heures en été, à six en hiver, on vient chercher celles qui ont été nommées; le frère geôlier les conduit lui-même, et, après le souper, celles qui ne sont pas retenues pour la nuit reviennent au sérail. Souvent aucune ne reste, ce sont de nouvelles que l'on envoie prendre pour la nuit; et on les prévient également, plusieurs heures à l'avance, du costume où il faut qu'elles se rendent; quelquefois il n'y a que la fille de garde qui couche.

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