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READ-E-BOOK » Романы для взрослых » Justine Ou Les Malheurs De La Vertu

Электронная книга - «Justine Ou Les Malheurs De La Vertu». Краткое содержание книги:

Rejetant la douce nature rousseauiste, Sade dévoile le mal qui est en nous et dans la vie. La vertueuse Justine fait la confidence de ses malheurs et demeure jusque dans les plus scabreux détails l'incarnation de la vertu. Apologie du crime, de la liberté des corps comme des esprits, de la cruauté 'extrême sensibilité des organes connue seulement des êtres délicats', l'oeuvre du marquis de Sade étonne ou scandalise. C'est aussi une oeuvre d'une poésie délirante et pleine d'humour noir.
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Antonin paraît.

– Voyons donc, dit-il, cette vertu si pure; endommagée par un seul assaut, à peine y doit-il paraître.

Ses armes sont braquées, il se servirait volontiers des épisodes de Clément. Je vous l'ai dit, la fustigation active lui plaît bien autant qu'à ce moine, mais comme il est pressé, l'état où son confrère m'a mise lui devient suffisant; il examine cet état, il en jouit, et me laissant dans la posture si favorite d'eux tous, il pelote un instant sur les deux demi-lunes qui défendent l'entrée; il ébranle en fureur les portiques du temple, il est bientôt au sanctuaire, l'assaut, quoique aussi violent que celui de Sévérino, fait dans un sentier moins étroit, n'est pourtant pas si rude à soutenir; le vigoureux athlète saisit mes deux hanches, et suppléant aux mouvements que je ne puis faire, il me secoue sur lui avec vivacité; on dirait, aux efforts redoublés de cet Hercule, que non content d'être maître de la place, il veut la réduire en poudre. D'aussi terribles attaques, aussi nouvelles pour moi, me font succomber; mais, sans inquiétude pour mes peines, le cruel vainqueur ne songe qu'à doubler ses plaisirs; tout l'environne, tout l'excite, tout concourt à ses voluptés; en face de lui, exhaussée sur mes reins, la fille de quinze ans, les jambes ouvertes, offre à sa bouche l'autel sur lequel il sacrifie chez moi; il y pompe à loisir ce suc précieux de la nature dont l'émission est à peine accordée par elle à ce jeune enfant; une des vieilles, à genoux devant les reins de mon vainqueur, les agite, et de sa langue impure animant ses désirs, elle en détermine l'extase, pendant que pour s'enflammer encore mieux, le débauché excite une femme de chacune de ses mains; il n'est pas un de ses sens qui ne soit chatouillé, pas un qui ne concoure à la perfection de son délire; il y touche, mais ma constante horreur pour toutes ces infamies m'empêche de le partager… Il y arrive seul, ses élans, ses cris, tout l'annonce, et je suis inondée, malgré moi, des preuves d'une flamme que je n'allume qu'en sixième; je retombe enfin sur le trône où je viens d'être immolée, n'éprouvant plus mon existence que par ma douleur et mes larmes… mon désespoir et mes remords.

Cependant dom Sévérino ordonne aux femmes de me faire manger, mais bien éloignée de me prêter à ces attentions, un accès de chagrin furieux vient assaillir mon âme. Moi qui mettais toute ma gloire, toute ma félicité dans ma vertu, moi qui me consolais de tous les maux de la fortune, pourvu que je fusse toujours sage, je ne puis tenir à l'horrible idée de me voir aussi cruellement flétrie par ceux de qui je devais attendre le plus de secours et de consolation: mes larmes coulent en abondance, mes cris font retentir la voûte; je me roule à terre, je meurtris mon sein, je m'arrache les cheveux, j'invoque mes bourreaux, et les supplie de me donner la mort… Le croirez-vous, madame, ce spectacle affreux les irrite encore plus.

– Ah! dit Sévérino, je ne jouis jamais d'une plus belle scène: voyez, mes amis, l'état où elle me met; il est inouï ce qu'obtiennent de moi les douleurs féminines.

– Reprenons-la, dit Clément, et pour lui apprendre à hurler de la sorte, que la coquine dans ce second assaut soit traitée plus cruellement.

A peine ce projet est-il conçu qu'il s'exécute; Sévérino s'avance, mais quoi qu'il en eût dit, ses désirs ayant besoin d'un degré d'irritation de plus, ce n'est qu'après avoir mis en usage les cruels moyens de Clément qu'il réussit à trouver les forces nécessaires à l'accomplissement de son nouveau crime. Quel excès de férocité, grand Dieu! Se pouvait-il que ces monstres la portassent au point de choisir l'instant d'une crise de douleur morale de la violence de celle que j'éprouvais, pour m'en faire subir une physique aussi barbare!

– Il serait injuste que je n'employasse pas, au principal, avec cette novice, ce qui nous sert si bien comme épisode, dit Clément en commençant d'agir, et je vous réponds que je ne la traiterai pas mieux que vous.

– Un instant, dit Antonin au supérieur qu'il voyait prêt à me ressaisir; pendant que votre zèle va s'exhaler dans les parties postérieures de cette belle fille, je peux, ce me semble, encenser le dieu contraire; nous la mettrons entre nous deux.

La posture s'arrange tellement, que je puis encore offrir ma bouche à Jérôme; on l'exige; Clément se place dans mes mains; je suis contrainte à l'exciter; toutes les prêtresses entourent ce groupe affreux; chacune prête aux acteurs ce qu'elle sait devoir l'exciter davantage; cependant, je supporte tout; le poids entier est sur moi seule; Sévérino donne le signal, les trois autres le suivent de près, et me voilà, pour la seconde fois, indignement souillée des preuves de la dégoûtante luxure de ces indignes coquins.

– En voilà suffisamment pour un premier jour, dit le supérieur; il faut maintenant lui faire voir que ses compagnes ne sont pas mieux traitées qu'elle.

On me place dans un fauteuil élevé, et là, je suis contrainte à considérer les nouvelles horreurs qui vont terminer les orgies.

Les moines sont en haie; toutes les sœurs défilent devant eux, et reçoivent le fouet de chacun; elles sont ensuite obligées d'exciter leurs bourreaux avec la bouche pendant que ceux-ci les tourmentent et les invectivent.

La plus jeune, celle de dix ans, se place sur le canapé, et chaque religieux vient lui faire subir un supplice de son choix; près d'elle est la fille de quinze, dont celui qui vient de faire endurer la punition doit jouir aussitôt à sa guise; c'est le plastron: la plus vieille doit suivre le moine qui agit, afin de le servir, ou dans cette opération, ou dans l'acte qui doit terminer. Sévérino n'emploie que sa main pour molester celle qui s'offre à lui, et vole s'engloutir au sanctuaire qui le délecte et que lui présente celle qu'on a placée près de là; armée d'une poignée d'orties, la vieille lui rend ce qu'il vient de faire; c'est du sein de ces douloureuses titillations que naît l'ivresse de ce libertin… Consultez-le, s'avouera-t-il cruel? Il n'a rien fait qu'il n'endure lui-même.

Clément pince légèrement les chairs de la petite fille: la jouissance offerte à côté lui devient interdite, mais on le traite comme il a traité, et il laisse aux pieds de l'idole l'encens qu'il n'a plus la force de lancer jusqu'au sanctuaire.

Antonin s'amuse à pétrir fortement les parties charnues du corps de sa victime; embrasé des bonds qu'elle fait, il se précipite dans la partie offerte à ses plaisirs de choix. Il est, à son tour, pétri, battu, et son ivresse est le fruit des tourments.

Le vieux Jérôme ne se sert que de ses dents, mais chaque morsure laisse une trace dont le sang jaillit aussitôt; après une douzaine, le plastron lui présente la bouche; il y apaise sa fureur, pendant qu'il est mordu lui-même aussi fortement qu'il l'a fait.

Les moines boivent et reprennent des forces.

La femme de trente-six ans, grosse de trois mois, ainsi que je vous l'ai dit, est huchée par eux sur un piédestal de huit pieds de haut; ne pouvant y poser qu'une jambe, elle est obligée d'avoir l'autre en l'air; autour d'elle sont des matelas garnis de ronces, de houx, d'épines, à trois pieds d'épaisseur; une gaule flexible lui est donnée pour la soutenir: il est aisé de voir, d'un côté l'intérêt qu'elle a de ne point choir, de l'autre l'impossibilité de garder l'équilibre; c'est cette alternative qui divertit les moines. Rangés tous les quatre autour d'elle, ils ont chacun une ou deux femmes qui les excitent diversement pendant ce spectacle; toute grosse qu'elle est, la malheureuse reste en attitude près d'un quart d'heure; les forces lui manquent enfin, elle tombe sur les épines, et nos scélérats, enivrés de luxure, vont offrir pour la dernière fois sur son corps l'abominable hommage de leur férocité… On se retire.

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