Justine Ou Les Malheurs De La Vertu
- Автор: Де Сад Донасьен Альфонс Франсуа
- Язык: французский
- Жанр: Романы для взрослых
Электронная книга - «Justine Ou Les Malheurs De La Vertu». Краткое содержание книги:
Le supérieur me mit entre les mains de celle de ces filles, âgée de trente ans, dont je vous ai parlé; on la nommait Omphale; elle fut chargée de m'instruire, de m'installer dans mon nouveau domicile; mais je ne vis ni n'entendis rien ce premier soir; anéantie, désespérée, je ne pensais qu'à prendre un peu de repos; j'aperçus dans la chambre où l'on me plaçait de nouvelles femmes qui n'étaient point au souper; je remis au jour d'ensuite l'examen de tous ces nouveaux objets, et ne m'occupai qu'à chercher un peu de repos. Omphale me laissa tranquille; elle alla se mettre au lit, de son côté; à peine suis-je dans le mien, que toute l'horreur de mon sort se présente encore plus vivement à moi: je ne pouvais revenir, ni des exécrations que j'avais souffertes, ni de celles dont on m'avait rendue témoin. Hélas! si quelquefois mon imagination s'était égarée sur ces plaisirs, je les croyais chastes comme le Dieu qui les inspirait, données par la nature pour servir de consolation aux humains, je les supposais nés de l'amour et de la délicatesse. J'étais bien loin de croire que l'homme, à l'exemple des bêtes féroces, ne pût jouir qu'en faisant frémir sa compagne… Puis revenant sur la fatalité de mon sort… «Ô juste ciel! me disais-je, il est donc bien certain maintenant qu'aucun acte de vertu n'émanera de mon cœur sans qu'il ne soit aussitôt suivi d'une peine! Et quel mal faisais-je, grand Dieu! en désirant de venir accomplir dans ce couvent quelques devoirs de religion? Offensé-je le ciel en voulant le prier? Incompréhensibles décrets de la providence, daignez donc, continuai-je, vous ouvrir à mes yeux, si vous ne voulez pas que je me révolte contre vous!» Des larmes amères suivirent ces réflexions, et j'en étais encore inondée, quand le jour parut; Omphale alors s'approcha de mon lit.
– Chère compagne, me dit-elle, je viens t'exhorter à prendre du courage; j'ai pleuré comme toi dans les premiers jours, et maintenant l'habitude est prise; tu t'y accoutumeras comme j'ai fait; les commencements sont terribles; ce n'est pas seulement la nécessité d'assouvir les passions de ces débauchés qui fait le supplice de notre vie, c'est la perte de notre liberté, c'est la manière cruelle dont on nous conduit dans cette affreuse maison.
Les malheureux se consolent en en voyant d'autres auprès d'eux. Quelque cuisantes que fussent mes douleurs, je les apaisai un instant, pour prier ma compagne de me mettre au fait des maux auxquels je devais m'attendre.
– Un moment, me dit mon institutrice, lève-toi, parcourons d'abord notre retraite, observe les nouvelles compagnes; nous discourrons ensuite.
En souscrivant aux conseils d'Omphale, je vis que j'étais dans une fort grande chambre où se trouvaient huit petits lits d'indienne assez propres; près de chaque lit était un cabinet; mais toutes les fenêtres qui éclairaient ou ces cabinets ou la chambre étaient élevées à cinq pieds de terre et garnies de barreaux en dedans et en dehors. Dans la principale chambre était, au milieu, une grande table fixée en terre, pour manger ou pour travailler; trois autres portes revêtues de fer closaient cette chambre; point de serrures de notre côté: d'énormes verrous de l'autre.
– Voilà donc notre prison? dis-je à Omphale.
– Hélas! oui, ma chère, me répondit-elle; telle est notre unique habitation; les huit autres filles ont près d'ici une semblable chambre, et nous ne nous communiquons jamais que quand il plaît aux moines de nous réunir.
J'entrai dans le cabinet qui m'était destiné; il avait environ huit pieds carrés; le jour y venait, comme dans l'autre pièce, par une fenêtre très haute et toute garnie de fer. Les seuls meubles étaient un bidet, une toilette et une chaise percée. Je revins; mes compagnes, empressées de me voir, m'entourèrent; elles étaient sept: je faisait la huitième. Omphale, demeurant dans l'autre chambre, n'était dans celle-ci que pour m'instruire; elle y resterait si je le voulais, et l'une de celles que je voyais la remplacerait dans sa chambre; j'exigeai cet arrangement, il eut lieu. Mais avant d'en venir au récit d'Omphale, il me paraît essentiel de vous peindre les sept nouvelles compagnes que me donnait le sort; j'y procéderai par ordre d'âge, comme je l'ai fait pour les autres.
La plus jeune avait douze ans, une physionomie très vive et très spirituelle, les plus beaux cheveux et la plus jolie bouche.
La seconde avait seize ans; c'était une des plus belles blondes qu'il fût possible de voir, des traits vraiment délicieux, et toutes les grâces, toute la gentillesse de son âge, mêlées à une sorte d'intérêt, fruit de sa tristesse, qui la rendait mille fois plus belle encore.
La troisième avait vingt-trois ans; très jolie, mais trop d'effronterie, trop d'impudence dégradait, selon moi, dans elle, les charmes dont l'avait douée la nature.
La quatrième avait vingt-six ans; elle était faite comme Vénus; des formes cependant un peu trop prononcées; une blancheur éblouissante; la physionomie douce, ouverte et riante, de beaux yeux, la bouche un peu grande, mais admirablement meublée, et de superbes cheveux blonds.
La cinquième avait trente-deux ans; elle était grosse de quatre mois, une figure ovale, un peu triste, de grands yeux remplis d'intérêt, très pâle, une santé délicate, une voix tendre, et peu de fraîcheur; naturellement libertine: elle s'épuisait, me dit-on, elle-même.
La sixième avait trente-trois ans; une femme grande, bien découplée, le plus beau visage du monde, de belles chairs.
La septième avait trente-huit ans; un vrai modèle de taille et de beauté; c'était la doyenne de ma chambre; Omphale me prévint de sa méchanceté, et principalement du goût qu'elle avait pour les femmes.
– Lui céder est la vraie façon de lui plaire, me dit ma compagne; lui résister est assembler sur sa tête tous les maux qui peuvent nous affliger dans cette maison. Tu y réfléchiras.
Omphale demanda à Ursule (c'était le nom de la doyenne) la permission de m'instruire; Ursule y consentit sous condition que j'irais la baiser. Je m'approchai d'elle: sa langue impure voulut se réunir à la mienne, pendant que ses doigts travaillaient à déterminer des sensations qu'elle était bien loin d'obtenir. Il fallut pourtant malgré moi me prêter à tout, et quand elle crut avoir triomphé, elle me renvoya dans mon cabinet, où Omphale me parla de la manière suivante.
– Toutes les femmes que tu as vues hier, ma chère Thérèse, et celles que tu viens de voir, se divisent en quatre classes de quatre filles chacune. La première est appelée la classe de l'enfance: elle contient les filles depuis l'âge le plus tendre jusqu'à celui de seize ans; un habillement blanc les distingue.
La seconde classe, dont la couleur est le vert, s'appelle la classe de la jeunesse; elle contient les filles de seize jusqu'à vingt ans.
La troisième classe est celle de l'âge raisonnable; elle est vêtue de bleu; on y est depuis vingt-un jusqu'à trente; c'est celle où nous sommes l'une et l'autre.
La quatrième classe, vêtue de mordoré, est destinée pour l'âge mûr; elle est composée de tout ce qui passe trente ans.
Ou ces filles se mêlent indifféremment aux soupers des Révérends Pères, ou elles y paraissent par classe: tout dépend du caprice des moines; mais hors des soupers, elles sont mêlées dans les deux chambres, comme tu peux en juger par celles qui habitent la nôtre.
L'instruction que j'ai à te donner, me dit Omphale, doit se renfermer sous quatre articles principaux: nous traiterons dans le premier de ce qui concerne la maison; dans le second, nous placerons ce qui regarde la tenue des filles, leur punition, leur nourriture, etc., etc., etc.; le troisième article t'instruira de l'arrangement des plaisirs de ces moines, de la manière dont les filles y servent; le quatrième te développera l'histoire des réformes et des changements.