Бесплатная библиотека
Читайте книгу на сайте или телефоне
Les larmes de Machiavel - Читать Любимую Русскую Полную Книгу 👉 Read-E-Book.com

Les larmes de Machiavel

Электронная книга - «Les larmes de Machiavel». Краткое содержание книги:

En ce début d'année 1498, les brumes hivernales pèsent sur le dôme de la cathédrale Santa Maria del Flore, plongeant Florence dans l'humidité glaciale. Mais pour l'heure les habitants ont d'autres préoccupations: depuis la chute des Médicis, la vindicte populaire gronde, avivée par les sermons du moine Savonarole. La découverte de cadavres atrocement mutilés échauffe davantage les esprits. Témoin d'un des meurtres, Niccolo Machiavel, jeune secrétaire de chancellerie, met à profit sa connaissance des rouages politiques pour mener son enquête et se trouve plongé au cœur du plus grand scandale de l'époque.
1 ... 33 34 35 36 37 38 39 40 41 ... 54
Перейти на страницу:

- Et alors? Que dois-je voir?

- Observez bien le retable.

Soderini fixa le tableau et murmura presque aussitôt:

- Sainte Lucie! Elle a été tuée comme sainte Lucie! Mon Dieu, ils savaient exactement ce qu'ils faisaient!

- Sainte Lucie n'est pas une martyre quelconque. C'est la patronne des aveugles.

- On en revient toujours aux yeux.

- Oui, répondit Corbinelli. Depuis le début, je me demandais pourquoi les tueurs arrachaient les yeux de leurs victimes. Je pensais à une sorte de signature, un sceau destiné à marquer leurs crimes. C'est la clé de leur folie meurtrière, en fait.

Soderini soupira, puis alla s'asseoir sur une des chaises alignées devant l'autel. La situation échappait de plus en plus à son contrôle. Il était tenaillé entre des assassins d'une audace folle et des citoyens prêts à laisser exploser leur colère à la première occasion. Le couperet commençait à s'approcher trop dangereusement de son cou. Cette affaire devait être résolue au plus vite.

Il ne nourrissait pourtant aucune illusion sur ses chances de retrouver les tueurs. À moins d'un miracle, jamais Malatesta ne mettrait la main sur eux.

Il fit alors la dernière chose qui fût encore en son pouvoir. Il se tourna vers le Christ en majesté suspendu au-dessus du chœur, ferma les yeux et se mit à prier.

- Mais laissez-moi passer, enfin!

Malgré sa petite taille, donna Stefania repoussa violemment le soldat qui tentait de s'opposer à son entrée. La maquerelle était vêtue sobrement et s'était délestée de tous ses bijoux. L'homme comprit qu'il ne parviendrait pas à la retenir bien longtemps et la laissa pénétrer dans l'église Santa Croce.

Dès qu'elle franchit le seuil, Malatesta accourut vers elle.

- Vous ne pouvez pas entrer pour le moment. Vous viendrez prier plus tard.

- Vous ne savez pas qui je suis, pas vrai? demanda la maquerelle. Poussez-vous!

Surpris qu'on ose lui tenir tête, Malatesta ne savait comment réagir. Soderini accourut à son secours, un sourire narquois aux lèvres:

- Allons, donna Stefania, cessez de taquiner ce malheureux. Il fréquente plus volontiers les salles d'armes que les établissements comme le vôtre. Qu'est-ce qui vous amène?

- Le bruit court que vous avez trouvé le cadavre d'une jeune femme.

Le gonfalonier cessa aussitôt de sourire.

- En quoi cette nouvelle vous concerne-t-elle?

- Je crois savoir de qui il s'agit. Une de mes filles a disparu hier soir. Je l'ai envoyée faire des courses et elle n'est pas revenue.

- Elle est sans doute allée voir quelqu'un de sa famille. Un amant, peut-être.

Sûre d'elle, la petite femme secoua la tête.

- Non, je ne crois pas qu'elle se soit enfuie. Où aurait-elle pu aller, d'ailleurs? Aucune de mes filles n'est originaire de la région. Quant aux relations privées, elles sont interdites dans mon établissement.

- Vous vous inquiétez sans doute pour rien.

- Je me permets d'insister, Excellence. J'aimerais m'en assurer par moi-même.

- Je veux bien vous montrer le cadavre, donna Stefania, mais il est méconnaissable. Si c'est bien elle, vous ne pourrez même pas l'identifier.

- Je voudrais quand même la voir. Je ne quitterai pas cet endroit tant que je n'en aurai pas le cœur net.

La maquerelle n'était pas disposée à abandonner la partie. Soderini haussa les épaules et se dirigea vers la chapelle Baroncelli.

- Dans ce cas, suivez-moi.

Il s'arrêta face à l'autel. La fille était toujours allongée sur le sol, mais son corps était désormais recouvert d'un drap blanc. La maquerelle se pencha sur le linceul, qu'elle souleva d'une main tremblante. Incrédule, elle observa le cadavre mutilé sans pouvoir parler.

- Alors, c'est elle? intervint finalement Soderini.

Donna Stefania se réveilla d'un coup. Submergée de dégoût, elle recula précipitamment.

- Je... je n'en suis pas certaine. La stature et la couleur de cheveux correspondent, mais il ne reste rien du visage.

- Elle n'avait pas une marque ou un signe distinctif sur le corps?

Donna Stefania réfléchit quelques instants, avant d'acquiescer d'un vague hochement de tête.

- Elle s'est brûlée le dos de la main avec de l'huile, il y a environ deux semaines. La droite. Si c'est elle, la cicatrice doit encore être visible.

Corbinelli s'accroupit auprès de la défunte. Il souleva la main assez haut pour que, de là où ils se trouvaient, le gonfalonier et la maquerelle puissent apercevoir la tache rosâtre qui l'ornait.

Cette constatation brutale acheva de briser le masque sévère de donna Stefania. Quelques larmes creusèrent des sillons clairs sur ses joues trop fardées. Elle s'agenouilla à côté du cadavre. Elle n'avait guère fréquenté les églises au cours de sa vie, aussi se contenta-t-elle de murmurer quelques mots simples en guise de prière. Gênés, Soderini et Corbinelli la laissèrent seule.

Quelques minutes plus tard, donna Stefania recouvrit le visage de la morte. Lorsqu'elle rejoignit Soderini dans la nef, ses traits avaient retrouvé leur aspect dur et froid.

- Je vous prie d'excuser cet instant de faiblesse. Vous n'avez pas idée de l'affection que je porte à mes pensionnaires. Je les aime comme si elles étaient issues de ma propre chair.

- Savez-vous ce qui aurait pu provoquer sa disparition?

- Non, pas du tout. Je n'ai jamais eu le moindre problème avec elle. Son comportement était tout à fait normal. Les autres filles l'adoraient. Je ne vois pas qui aurait pu lui en vouloir.

- Je vous remercie, donna Stefania. Vous nous avez été d'un grand secours. Vous feriez bien de partir, maintenant.

La femme acquiesça et suivit Soderini jusqu'à la porte. Avant de franchir le seuil de l'édifice, elle s'arrêta et lui dit, d'une voix qui avait retrouvé toute son assurance:

- Je vous serai reconnaissante de bien vouloir me rendre le corps lorsque votre médecin aura achevé ses constatations. J'aimerais m'occuper de son inhumation dès que possible.

- Bien sûr. Vous l'aurez dès demain.

La maquerelle le remercia, fit mine de sortir, puis se ravisa. Ses pupilles brillaient d'une colère froide.

- Quand vous aurez trouvé le coupable, punissez-le comme il le mérite..

- Vous pouvez en être certaine. J'y tiens autant que vous.

- Bien.

Soderini se contenta de pousser le battant de la lourde porte de bois et l'accompagna jusqu'à l'extérieur. Sur le parvis, le nombre de badauds s'était encore accru. L'apparition du gonfalonier provoqua une nouvelle salve de commentaires acerbes.

Tous les principaux dirigeants politiques étaient venus constater par eux-mêmes le nouveau drame, à l'exception notable de Savonarole. Au tout premier rang, Tommaso Valori commentait avec ses voisins la macabre découverte. Juste derrière lui se trouvait Bernardo Rucellai, accompagné d'Antonio Malegonnelle.

Malegonnelle était arrivé deux ans plus tôt. Nul ne savait d'où il venait, ni ne connaissait l'origine des caisses de ducats que transportait son armée de serviteurs, mais quelques mois lui avaient suffi pour pénétrer le cercle très fermé de l'aristocratie. Sûr de sa position et de son influence, il arborait en toutes circonstances une expression de froide arrogance. Rucellai tolérait sa présence parce qu'il était son principal soutien financier. Il tâchait néanmoins d'endiguer au mieux l'ambition démesurée de son conseiller.

Soderini éprouvait une répulsion particulière pour toute forme excessive de vanité, surtout lorsqu'elle était à ce point teintée de suffisance, aussi ne s'attarda-t-il pas plus sur cet être méprisable.

Sur un simple geste de Valori, le grondement de la foule cessa.

- Comptez-vous laisser ces assassins agir ainsi en toute impunité, Excellence?

1 ... 33 34 35 36 37 38 39 40 41 ... 54
Перейти на страницу:
0
Сюжет
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Атмосфера
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Главный герой
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Общее впечатление
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
Итоговая оценка: 0.0 из 10 (голосов: 0 / История оценок)