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Les Chronolithes [The Chronoliths - fr]

Электронная книга - «Les Chronolithes [The Chronoliths - fr]». Краткое содержание книги:

Scott Warden était là à Chumphon, Thaïlande, quand le premier chronolithe est apparu : un obélisque de plus de cent mètres de haut, d’un bleu impossible, gelant un paysage de jungle dévasté ; un monument commémorant une victoire, celle du seigneur de la guerre Kuin, victoire qui n’aura lieu que dans vingt ans et trois mois. Mais qui est Kuin ? Un tyran, le sauveur d’une humanité à la dérive, un extraterrestre aux traits indubitablement asiatiques, un futur dirigeant chinois, une rumeur qui, grâce à la turbulence Tau, deviendra réalité ? Et que sont réellement ces chronolithes qui ravagent le monde ? C’est à toutes ces questions que Scott et son ancien professeur de physique, Sulamith Chopra, devront répondre, non sans avoir à parcourir le globe, de Chumphon à Jérusalem, du Mexique au Wyoming.
Après Darwinia, voici le second roman de Robert Charles Wilson dans la collection Lunes d’encre, un thriller temporel comme vous n’en jamais lu, qui a valu à son auteur une nomination méritée au prestigieux prix Hugo.
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Sue et Morris tenaient à ce que je reste dans les parages, Sue parce que je figurais dans son schéma évolutif de coïncidences significatives, Morris parce qu’il me croyait important pour Sue. Qu’ils disposent de moyens de pression légaux pour m’empêcher de partir était devenu moins vraisemblable. Morris n’était plus qu’un civil, mais je ne doutais pas pour autant qu’il me poursuivrait si j’annonçais mon départ. Peut-être même tirerait-il quelques ficelles pour que je reste à ma place. Morris m’appréciait, à sa manière précautionneuse, mais il était avant tout loyal à Sue.

Entre-temps, Sue essayait de remonter sous forme d’un cercle Internet son projet Chronolithe fragmenté : elle partageait toutes les données non classées par le ministère de la Défense, approfondissait et développait les mathématiques de la turbulence tau. En février 2031, elle a dû lever d’autres fonds suite au refus du ministère de l’Énergie de continuer à la financer, alors que l’argent coulait à flots dans les projets phares comme le collisionneur à laser gamma de Stanford ou le groupe Matière exotique basé à Chicago.

J’ai occupé ma matinée à nettoyer du code que j’avais cultivé pour elle, une petite routine qui parcourait le monde à la recherche de synchronicités pertinentes dans les nœuds médiatiques, selon un algorithme de tri de noms concocté par Sue elle-même. Morris est passé une fois ou deux dans mon bureau, l’air plus maigre – et plus vieux – qu’avant. Mais toujours aussi obstinément de bonne humeur.

J’ai frappé à la porte du bureau de Sue afin de l’informer de mon départ. Pour déjeuner, voulais-je dire, mais quelque chose dans ma voix a dû lui mettre la puce à l’oreille. « Un long déjeuner ? Tu comptes aller jusqu’où, Scotty ?

— Pas loin.

— Nous n’en avons pas fini, tu sais. »

Elle parlait peut-être du code que nous développions, mais j’en doutais.

Sa jambe était guérie depuis des années, mais Jérusalem lui avait laissé d’autres cicatrices. Jérusalem, m’avait-elle confié un jour, lui avait dessillé les yeux sur les risques de son travail, lui avait montré qu’en se plaçant à proximité du centre de la turbulence tau, elle mettait en danger non seulement elle-même, mais aussi son entourage.

« J’imagine que je ne peux pas l’éviter, avait-elle ajouté tristement. Et c’est bien là le pire. À rester sur une voie ferrée, on finit tôt ou tard par rencontrer un train. »

Je lui ai dit que je finirais de déboguer dans l’après-midi. Elle m’a dévisagé d’un long regard sceptique. « Tu voulais me parler d’autre chose ?

— Pas pour l’instant.

— On en rediscutera. »

Comme souvent, sa prophétie allait s’accomplir.

Morris m’a proposé de déjeuner avec lui, mais j’ai décliné, prétendant avoir des courses à faire et risquer fort de me contenter de ne manger qu’un sandwich au passage. S’il a trouvé cela suspect, il n’en a rien laissé paraître.

J’ai fermé mon compte à la Zurich American, transféré la plus grande partie de mon avoir sur une carte de transit et converti le reste en bons vieux billets de banque verts. J’ai conduit encore un peu sans destination précise, histoire d’être sûr que Morris ne me suivait pas, même si cela semblait des plus improbables. Je trouvais plus vraisemblable qu’il ait posé un mouchard sur ma voiture. Aussi me suis-je présenté chez un revendeur Chrysler du centre-ville, ai-je annoncé à la vendeuse que je ne trouvais rien qui me convenait dans les véhicules exposés et lui ai-je demandé si elle verrait un inconvénient à ce que je m’approvisionne chez un autre franchisé. Elle a répondu par la négative et s’est chargée de me présenter l’inventaire virtuel dans leur arrière-boutique. J’ai provisoirement arrêté mon choix sur une Volks Edison au museau retroussé et à la livrée bleu cendré, sans doute l’automobile la plus anonyme jamais construite ; j’ai abandonné ma Chrysler au magasin et accepté qu’on me conduise à l’autre bout de la ville. De près, la Volks paraissait un peu plus usée que dans le virtu, mais sa centrale énergétique était robuste et en bon état, pour autant que je pouvais en juger.

Toutes ces conneries d’espion amateur laissaient bien entendu une trace électronique large comme le Missouri. Mais si additionner deux et deux et retrouver ma piste ne poseraient sûrement pas le moindre problème à Morris Torrance, il ne pourrait le faire assez vite pour m’empêcher de quitter Baltimore. À la nuit tombée, j’avais déjà roulé plus de trois cents kilomètres vers l’ouest et je continuais, les fenêtres ouvertes dans la chaude soirée de juin, tout en me gavant de médicaments alcalins destinés à calmer les bouillonnements de mon estomac.

Il y avait un grand camp de réfugiés à l’intersection de l’autoroute et de l’Ohio, environ un millier de toiles de tentes usées qui claquaient dans la brise printanière et des douzaines de braseros brûlant par à-coups. Ce devait être pour la plupart des réfugiés des plaines alluviales de Louisiane, des ouvriers des raffineries et de la pétrochimie ayant perdu leur emploi, des fermiers chassés de leurs terres par les inondations. Malgré tous les efforts du génie militaire, la solidification de l’argile dans le bassin d’Atchafalaya avait fini par pousser le Mississippi hors de ses deltas ensablés en pattes d’oiseau. Les inondations du printemps avaient déplacé plus d’un million de familles, sans parler du chaos dû à l’effondrement des ponts, au blocage des voies fluviales et aux routes obstruées par la boue.

Sur les bandes d’arrêt d’urgence des deux directions, des hommes en file indienne mendiaient un bout de chemin. Sans trop de succès, l’autostop étant interdit dans la région depuis un demi-siècle. Mais ces hommes (il n’y avait presque pas de femmes) ne s’en souciaient plus. Ils restaient raides comme des épouvantails à cligner des yeux dans la lueur des phares.

J’ai espéré que Kait avait trouvé un abri sûr pour la nuit.

Aux confins de Minneapolis, je me suis inscrit dans un motel. Le réceptionniste, une espèce de vieille tortue, a ouvert de grands yeux quand j’ai sorti du liquide de mon portefeuille. « Il va falloir que j’amène ça à la banque », a-t-il dit. J’ai donc ajouté cinquante dollars pour le dérangement et il a eu l’amabilité de ne pas me demander de pièce d’identité. Il m’a donné une chambre, ou plutôt une alcôve pourvue d’un lit, d’un terminal (compris dans le tarif), et d’une fenêtre donnant sur le parking.

J’avais terriblement besoin de dormir, mais il fallait d’abord que je contacte Janice.

C’est Whit qui a décroché. « Scott », a-t-il dit d’un ton cordial mais dépourvu de joie. Il avait l’air de manquer tout autant que moi de sommeil. « Tu veux des nouvelles de Kaitlin, j’imagine. Rien de neuf, hélas. La police semble la croire toujours en ville, alors on est relativement optimistes. On fait tout ce qu’on peut, bien entendu.

— Merci, Whit, mais là il faut que je parle à Janice.

— Il est tard. Je ne voudrais pas la déranger.

— Je ne serai pas long.

— Eh bien…», a hésité Whit avant de s’éloigner du terminal. Janice est apparue quelques instants plus tard, en robe de chambre mais visiblement bien éveillée.

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