La Paysanne Pervertie ou Les Dangers De La Ville
- Автор: Bretonne Nicolas-Edme Retif de la
- Язык: французский
- Жанр: Классическая проза
Электронная книга - «La Paysanne Pervertie ou Les Dangers De La Ville». Краткое содержание книги:
D’abord, ma très chère sœur, j’ai bien relu vingt fois le petit écrit de Mme Parangon: et je trouve ça bien dit, bien tourné! Oh! la chère dame! comme elle épanche ses sentiments! Il paraît qu’elle a écrit ça comme notre père dit que le Roi David faisait ses psaumes, où il exhalait tous ses sentiments, ses repentirs et ses combats: il me semble à moi, d’après mon petit jugement, que la chère dame n’a rien à se reprocher; car il n’est pas crime d’être tentée, mais de succomber à la tentation, et c’est ce qui n’arrivera jamais, s’il plaît à Dieu: mais, chère sœur, encore que j’aie eu bien du plaisir à lire et relire ce débordement de son bon cœur, si est-ce pourtant que je ne sais trop si nous l’avons eu légitimement; car pour ça, il le faudrait tenir d’elle: ce que je ne dis pas pour vous blâmer, chère sœur, mais pour vous dire ma pensée. Quant à ce que vous dites de la manière dont vous mettez bien Edmond dans l’esprit de Mlle Fanchette, je n’y trouve qu’à louer, puisqu’elle sera sa petite femme, et qu’il l’aimera chèrement, j’en suis sûre, vu qu’il aime déjà si respectueusement sa sœur; et que ce mariage innocentera bien des sentiments, qui vont et viennent à travers champ. Pour quant à ce qui est du conseiller, tout ça est bel et bon, et je crois que ça réussira, vu sa lettre; ce qui me donne une grande joie, à cause de nos chers père et mère; qui, encore qu’ils n’aient pour eux aucunes idées mondaines, ont pourtant envie que leurs enfants se poussent; ce qui n’est que l’effet de la grande amitié qu’ils leur portent, et non d’autre chose: mais je voudrais encore que nous évussions légitimement cette lettre-là, que je suis pourtant bien aise d’avoir; et je ne sais trop comment arranger tout ça. Pour à l’égard des admirateurs que vous fait votre gentillesse, ça est tout naturel, puisque dès ici, vous étiez trouvée si jolie, que plusieurs jeunes gens du bourg ont dit qu’ils passeraient par une forêt en feu, s’il le fallait, pour aller à Ursule R**, et pour l’avoir en mariage. Et vous vous souvenez bien de ce jour que nous revenions de fener au Vaudelannard, avec Edmond, vous, Madelon Polvé, Marie-Jeanne Lévêque, Marion Fouard, et moi, que des messieurs de Noyers à cheval nous rencontrèrent, et qu’ils s’arrêtèrent à nous examiner, quoique jeunettes. L’un dit: «Il y a de jolies fillettes dans ce pays-ci! – Corbleu! mon ami, dit l’autre (il me semble l’entendre encore), vois donc ce minois-là! (vous montrant). – Il est vrai, reprit l’autre, qu’elle est gentille! c’est un beau sang! – Gentille! dit un troisième, elle est belle!… Mademoiselle, qui êtes-vous? – Je suis Ursule R**, monsieur, à vous servir, que vous répondîtes en rougissant. – Ah! je ne m’étonne pas! c’est une petite cousine! – Et ils descendirent tous pour vous embrasser, et ils nous complimentèrent aussi toutes, jusqu’à moi, dont ils demandèrent le nom. Et sur ce que nous ne répondions pas, Marion, la plus hardie, le dit. «Ah! c’est la petite fille d’un honnête homme! dit un: je la croyais votre sœur, ma petite cousine? – Oh! non, monsieur; mais elle le sera, quand elle sera grande; car mon grand frère Pierre dit comme ça, qu’il ne voudra jamais en avoir d’autre que Fanchon Berthier, qui est d’honnêtes gens, et dont le grand-père est un saint homme.» Vous voyez, ma chère sœur, qu’il n’est pas surprenant, que vous soyez regardée et contemplée là que vous êtes aujourd’hui, où l’on se connaît mieux qu’en n’un lieu, en gentillesse de figure: mais je trouve un peu à redire (et pardon de ma sincère dictée) à la manière dont vous gardez et lisez les billets doux, et dont vous écoutez ce que disent leurs écrivains; car il me semble qu’il y aurait bien là quelque danger; et je vous prierais, sans vous déplaire, de vouloir en toucher deux mots à Mme Parangon; surtout, de ce vieux jargonneur italien, qui m’a fait frissonner sans que je sache pourquoi; je suis fâchée que vos gentilles oreilles l’aient écouté. Quant à ce qu’ils sont comme partis, je ne sais si l’on ferait son salut avec tous ces gens-là; pour moi, je suis pour M. le conseiller, ainsi que vous. Le richard M. de***, qu’est-ce que c’est? Ça écrit drôlement! Ce langage-là ne me revient pas, je ne sais non plus pourquoi. Le jeune page est hardi comme un page, en vérité! et il n’y a rien de solide là-dedans; ça est trop jeune, et ça n’a pas d’état; ça sera un freluquet, qui laisserait là une femme un jour, pour aller courir de garnison en garnison, comme les officiers des casernes de Joigny, et d’ailleurs. Je ne sais pas ce que vous veut dire celui que vous appelez le financier; un financier est sans doute un homme de la finance, ou de l’argent; cela est utile: mais la lettre de M. le conseiller est d’un honnête et digne homme; je suis de votre avis sur son compte. Quant à ce que vous ajoutez de quelqu’une de nos sœurs à mettre auprès de vous, j’en ai voulu toucher un mot d’abord à notre mère, qui m’a clos la bouche, et m’a bien priée de n’en rien dire à notre père; ainsi c’est une chose à ne plus penser. Voilà que je viens de répondre à toute votre lettre, chère petite sœur: il ne me reste qu’à vous recommander de faire usage de votre sagesse et prudence, que vous possédez à un aussi haut point que les agréments du corps; et c’est dire qu’il ne vous manque rien de ce côté-là: car je tremble toujours, en songeant à tout ce qui arrive, ou peut arriver de mal à Paris.