La Paysanne Pervertie ou Les Dangers De La Ville
- Автор: Bretonne Nicolas-Edme Retif de la
- Язык: французский
- Жанр: Классическая проза
Электронная книга - «La Paysanne Pervertie ou Les Dangers De La Ville». Краткое содержание книги:
Votre serviteur **, rue ****, hôtel de ***.
J’ai lu cette lettre en présence de la dame qui me l’a remise, parce qu’elle m’en a priée: je n’y conçois pas grand-chose; si ce n’est qu’apparemment les financiers n’épousent que les filles qu’ils n’estiment pas. Cela n’est guère flatteur!
Mais ce qu’il y a de risible, c’est un vieux, vieux seigneur, car il est décoré, qui m’a parlé à l’église, le jour que j’y ai vu le financier et mon page: (le marquis n’est pas dévot apparemment; il n’y vient jamais!) je me suis un peu prêtée, en paraissant vouloir éviter mon page et mon financier, qui cherchaient à me glisser une lettre. J’ai favorisé le nouveau venu, parce que m’apercevant bien qu’il avait envie de me parler, j’ai été curieuse de savoir ce qu’un homme de cet âge pouvait avoir à dire à une fille du mien: je me suis mise un peu en arrière de Mme Canon et de Mme Parangon, afin de n’être pas vue. Il s’est approché de mon oreille, et m’a parlé un langage comme celui des opérateurs des places publiques; et ce qui m’a surprise, c’est que c’était de l’amour: «Voi siete bella come oun Ange.» J’ai manqué deux fois de lui rire au nez: mais le respect pour le lieu où j’étais m’en a empêchée. J’ai même changé de place, et j’ai été me mettre entre Fanchette et sa sœur; ce qui a fait plaisir à mon page. En sortant, le vieillard m’a glissé un billet, que je n’ai pas fait semblant de sentir:
Billet doux d’un Seigneur Italien.
Ma belle mignonne: voilà doux semaines que je vous souis partout, sans pouvoir vous faire connaître mes sentiments, et la boune voulonté que je me sens pour vous: car je désire de faire votre fortoune, sans qu’il vous en coûte rien dou vôtre, que quelques bontés pour moi. Si je savais come vous êtes, si c’est votre mère ou votre tante qui vous condouit partout avec elle, et qu’elle espèce de femme qu’elle est, je me serais adressé à elle come il convient, c’est-à-dire la bourse d’oune main, et oun contrat de l’altre, pour loui assourer plous encore: mais cette femme ne veut rien entendre. Dans le cas où vous auriez quelqu’oun, engagez-la, je vous prie, à me le faire savoir, ou écrivez-le-moi vous-même; on pourrait s’arranger: car vous valez votre pesant d’or, Mignonne, et il n’est pas oune chose que vous n’oussiez de moi: je souis en attendant votre réponse,
Tout à vous, le S***
Celui-là ne m’a pas tentée, et un pareil mari, fût-il prince, me paraîtrait plutôt un malheur qu’un avantage: mais comme tout le monde n’a pas mon goût, et que le bien vaut toujours son prix, je voudrais avoir ici une ou deux de mes sœurs, les plus jolies, persuadées qu’elles feraient bientôt un bon mariage. Parles-en chez nous, ma chère sœur: de mon côté, je sonderai Mme Parangon, et je t’écrirai ce qui sera décidé.
Tu dois avancer, chère amie: j’ai, à ton sujet, les meilleures espérances; grande et bien faite comme tu l’es, ce ne sera qu’un jeu; car les grandes femmes ont bien moins de peine, dit-on, et de risques à courir que les petites. Je te souhaite un fils, mais si c’est une fille, ton mari n’aura pas à se plaindre; car il aura le double d’une excellente femme.
je joins à cette lettre les souhaits de la nouvelle année, pour nos chers parents et pour toi: présente-leur mes vœux avec mes respects, et mes tendresses à nos frères et sœurs.
J’apprends que M. le conseiller est ici.
Lettre 18. Réponse.
[Fanchon lui donne de bons avis; naissance de mon fils, et ce qui s’est passé de la part de mon respectable père.].
10 février.
Voilà huit jours que je suis mère d’un fils, ma très chère sœur, et c’est à vous que je donne le premier moment, où je puis tenir une plume avec quelque assurance. Je me suis très bien portée pour ma situation, mais on m’a rendu autant de soins que si j’avais été à l’agonie: cela m’aurait impatientée, sans le motif, qui était si agréable et obligeant, que j’ai eu autant de plaisir à me voir soignée, que si j’en avais eu besoin; à la fin, on me laisse un peu sur ma bonne foi, et je vous écris, ma chère Ursule; car votre dernière lettre me tient sur le cœur du depuis que je l’ai reçue, et j’espère qu’une réponse me soulagera, en vous ouvrant ma pensée.