La Paysanne Pervertie ou Les Dangers De La Ville
- Автор: Bretonne Nicolas-Edme Retif de la
- Язык: французский
- Жанр: Классическая проза
Электронная книга - «La Paysanne Pervertie ou Les Dangers De La Ville». Краткое содержание книги:
Ce pauvre enfant! il me fait pitié: mais qu’y faire!… J’ai encore gardé ce billet, et déchiré un autre chiffon de papier.
Troisième billet doux du page.
Je devais m’y attendre, mademoiselle: un jeune homme tel que je suis, n’est pas fait pour être écouté dans ce siècle où tout est vénal, et le riche financier, qui vous a glissé un billet hier, est sûrement mieux reçu que moi… Ah, Dieu, aimer si tendrement, et ne pouvoir espérer!… Mais, hélas! que fais-je? Les expressions de ma douleur ne seront sues que de moi! Je m’arrête; je n’ai plus qu’à mourir.
Il m’a pourtant écrit encore, parce que je n’ai rien déchiré en prenant ce troisième billet, et que je lui ai jeté un coup d’œil, qui ne marquait pas de colère. J’ai en vérité eu peur qu’un si aimable jeune homme ne se fît du mal par désespoir. Il m’en remercie dans son quatrième billet, que je garde aussi.
Un autre adorateur de mes charmes appétissants (c’est le terme qu’il emploie), est le parfait opposé de celui-ci: j’avouerai que si son mérite était uni à celui du page, je serais toute déterminée. Figure-toi un gros homme rond, tout d’or des pieds à la tête; ayant une figure rouge et fraîche, malgré qu’elle date de cinquante ans, et un ventre comme une demi-tonne de bourgogne. Il m’a aussi envoyé de son style: Je ne sais comme les femmes de ce pays-ci le trouvent; mais pour moi, sans m’y connaître beaucoup, je présume qu’il doit leur paraître très persuasif.
Premier billet du financier.
Vous êtes adorable, mademoiselle; et quoique je le sache très bien, j’imagine que vous le savez encore mieux. Cependant, je le sais, pour ma partie, aussi bien qu’il est possible; et la preuve, c’est la manière dont je vais vous apprécier: je vous ferai douze mille livres de rentes, assurées pour toujours, et je vous en donnerai quarante par an, tant que vous voudrez vivre avec moi. Je ne sais qui vous êtes; mais votre mine est diablement éveillée! Cependant, je ne crois pas que vous ayez encore eu plus d’un amant ou deux; je vois cela au peu d’assurance de vos regards. Vous êtes ce qu’il me faut, je n’aime pas à briser la glace, pas plus qu’à avoir une femme si courue, qu’on ne puisse être sûr de la garder huit jours: je veux être constant; c’est ma manie à moi. Vous êtes charmante! Et je ne doute pas que vous ne fassiez de brillantes conquêtes: c’est ce qui me fait me dépêcher de vous prendre; la foule pourrait y venir, si vous étiez plus connue. Au premier signe de bienveillance de votre part, je suis à vos ordres. On ne doit rien ménager pour la beauté, dût-on, pour l’enrichir et satisfaire ses caprices, piller et voler tout le monde.
En vérité, celui-ci me tente encore! Ce serait un mariage bien avantageux, que celui qui me donnerait quarante mille livres de rentes, et qui m’en laisserait douze, si je venais à perdre mon mari! Cependant j’ai suivi à son égard la même conduite qu’avec les autres, afin d’avoir un second billet, qui n’a pas manqué:
Deuxième billet du financier.
Je crains, mademoiselle, que mon billet d’avant-hier ne soit pas tombé entre vos mains: c’est ce qui fait que je vous en fais remettre un second, où je vais vous renouveler les propositions que renferme le premier. (Elles étaient les mêmes.) Mais comme je me suis informé de vous, et que je n’en ai reçu que de bons témoignages, j’ajouterai quelque chose à ce que je viens de vous marquer: on m’a dit que vous n’aviez encore eu personne, cela mérite quelque considération; car je vous préfère ainsi, quoique j’aie dit au contraire dans ma première (supposé que vous l’ayez reçue); les hommes s’expriment toujours de cette manière, quand ils croient avoir affaire à une femme usagée, afin de ne paraître pas trop exiger; mais au fond, ils sont charmés de n’être pas pris au mot, et d’avoir l’étrenne d’un jeune cœur. Je vous ferai cinquante mille livres par an, et quinze perpétuelles. Je suis un galant homme, qui n’aurait que les procédés les plus honnêtes, et qui ne serai jamais votre tyran, mais
Votre ami.
En recevant ce billet, je déchirai le premier, suivant ma petite politique. Dès le lendemain, j’en reçus un troisième: mais il était écrit d’une manière différente des deux autres.
Troisième billet du financier.
Mademoiselle,
De meilleures informations, depuis que vous avez déchiré ma lettre, m’ont appris au juste ce que vous étiez: je vous demande pardon de mes propositions, dans le cas où vous auriez lu ma première et ma seconde lettre: je ferai en sorte que vous lisiez celle-ci. Je sais que vous êtes une jeune personne honnête, qui êtes à Paris avec Mme votre tante et Mlle votre sœur, ou votre cousine. Je ne voudrais pas qu’on pût me reprocher d’avoir cherché à séduire une fille honnête; je me retire; vous priant, au cas où il se présenterait un parti sortable pour vous épouser, de songer qu’il y a d’excellents emplois à la disposition de