La Paysanne Pervertie ou Les Dangers De La Ville
- Автор: Bretonne Nicolas-Edme Retif de la
- Язык: французский
- Жанр: Классическая проза
Электронная книга - «La Paysanne Pervertie ou Les Dangers De La Ville». Краткое содержание книги:
Deuxième billet doux.
On m’a fait entendre que vous ne receviez que des gens d’Église, et que l’on voit souvent un moine aux environs de votre demeure, quelquefois en habit de son ordre, et quelquefois mis en cavalier: à moins que l’habit de moine ne soit un déguisement? J’espère que votre réponse à mon premier billet me donnera quelques lumières; mais si je ne pouvais avoir cet avantage, répondez du moins à celui-ci: les diamants, les bijoux, un ameublement superbe, un carrosse du dernier goût, tout cela est prêt; un mot, et une bourse de mille louis va précéder.
Pour le coup, je commence à douter que cela soit sincère! car, en vérité, il faudrait y regarder à deux fois! Mais on ne jette pas ainsi l’argent par les fenêtres!…
En tout cas, je voudrais avoir ici Christine: elle est charmante; elle aurait quelqu’un des partis dont il n’est pas possible que je m’accommode: celui-ci est un jeune seigneur, assez agréable, quoiqu’un peu voûté. Un pareil mariage donnerait du relief à notre famille, qui fût autrefois plus relevée qu’elle n’est. Mais voici le.
Troisième billet doux.
Quoi! vous avez déchiré ma lettre! sans la lire! ma foi c’est m’ôter tout espoir, puisque c’est me fermer la bouche, et me condamner sans m’entendre: si celui-ci a le même sort, j’aurai recours à d’autres moyens, que je ne vous explique pas, et qui peut-être seront plus efficaces. Je n’en suis pas avec un attachement moins sincère,
Votre tout dévoué, etc.
J’ai encore déchiré le second, en recevant ce troisième billet, et ayant jeté un coup d’œil dans un beau carrosse, qui nous barrait le passage, j’y ai vu le jeune seigneur voûté, qui se mordait les doigts. Je savais que c’était lui: je me suis approchée sans affectation, et je l’ai entendu me dire: «Vous mettez au désespoir l’amant le plus tendre! Ne pourrai-je vous intéresser? Ah! daignez me lire!» Je l’ai regardé avec le plus de colère que j’ai pu: mais en vérité, j’étais presque attendrie: car un si beau parti causerait bien de la joie à nos chers père et mère! En ce moment, Mme Canon, m’ayant jointe, il n’a plus rien dit, et nous avons passé. Je suis dans l’attente de ces moyens auxquels il aura recours: nous verrons. En voici à présent d’un autre.
Premier billet doux du second amant.
Je suis jeune, mademoiselle, mais d’une famille relevée, et je puis faire mon chemin; mais je sens qu’il me faudrait tout le feu de vos beaux yeux pour m’animer: votre vue, et le peu d’espoir que j’ai de réussir auprès de vous, me plongent dans une langueur qui m’ôte tout le courage; vous pouvez être ma créatrice, et mettre dans mon cœur toute l’énergie que j’y ai quelquefois sentie. Je brûlais de l’amour de la gloire; je ne brûle plus que pour vous! Quels charmes touchants! Ah! si j’étais assez fortuné pour que vous me donnassiez un moment d’audience, je crois que vous seriez contente des choses que je vous dirais! Je suis encore page, mais j’ai les plus brillantes espérances. Je vous en prie, voyez-moi: si vous avez un vieux mari je vous consolerai, si c’est un vieil amant, je le tromperai, si vous n’avez personne, je suis bien sûr de vous faire un jour comtesse. Le malheur, c’est que je n’ai que seize ans! mais je suis orphelin, et les droits des tuteurs cessent plus tôt que ceux de pères. Je crains de vous ennuyer: je finis, en jurant de vous adorer jusqu’au tombeau, et si vous êtes cruelle, d’aller me faire tuer pour vous, à la première campagne que je ferai.
Le Comte de*******.
J’ai lu ce billet avec plaisir, et je t’avouerai, que le lendemain le jeune homme m’en ayant remis un autre, rue des Prouvaires, j’ai déchiré un papier que j’avais pris à cet effet, au lieu de celui de cet aimable page: car il est charmant, mais comme dit la chanson, C’est un enfant, c’est un enfant!
Deuxième billet doux du jeune page.
Je meurs d’inquiétude sur le sort de ma lettre; l’avez-vous lue? Hélas! peut-être que non! qui croirait que je suis tendre sous cet habit! Vous aurez pensé que c’était quelque polissonnerie, et vous l’aurez déchirée sans la lire!… Mon Dieu que je voudrais être homme, et tout au moins capitaine ou colonel! Je parlerais un autre langage que celui de promesses en l’air, qui, je le sens trop, ne peuvent faire aucune impression sur vous, dans tous les cas; si vous êtes raisonnable (ce que je crois), vous allez mépriser et mon cœur et mes offres; si vous êtes intéressée (ce que je ne crois pas), elles vous feront pitié: il faudrait que vous fussiez simple et naïve comme moi, pour que vous y fissiez attention: mais les femmes le sont-elles à Paris!… Daignez me faire un mot de réponse, dût-ce être un coup de foudre: je veux bien mourir; mais je ne veux pas languir: c’est votre intérêt, et quand on saura dans le monde que vous avez fait mourir un page d’amour, cela est capable de mettre à vos pieds et la ville et la cour. Ce sera ma consolation, en perdant la vie par vos rigueurs: car je vous aime plus que ma vie, et si c’était à vous-même que je la donnasse, je ne la regretterais pas.