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Mille vies valent mieux qu'une

Электронная книга - «Mille vies valent mieux qu'une». Краткое содержание книги:

Jean-Paul Belmondo a aujourd’hui décidé de tout raconter. Son enfance marquée par la guerre, sa mère courage, l’atelier de son père, et ses premières amours.
Il nous entraîne dans les pas dilettantes de son service militaire en Algérie. Il nous invite aux comptoirs de la rue Saint-Benoît, pour y faire les quatre cents coups avec ses copains de toujours, Jean-Pierre Marielle, Jean Rochefort, Michel Beaune, Pierre Vernier, Charles Gérard. Jean-Paul Belmondo se raconte ici pour la première fois, nous livrant la certitude que, oui, mille vies valent mieux qu’une.
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Et, dans les années qui ont suivi, je me suis entêté à lui faire la gueule. Dès qu’il en avait l’occasion, un projet de film, il cherchait à reprendre contact avec moi. En vain.

Je suis comme je suis, je suis fait comme ça, dirait Prévert, je n’y peux rien. Je finis par effacer celui qui m’a trop embêté ou blessé. Ça ne constitue pas une vengeance, vu que j’agis naturellement, sans mauvaises pensées. Sans pensées. L’autre n’existe plus pour moi. C’est simple et sans douleur. Généralement, j’ai souffert avant.

Je ne le reverrai qu’une seule fois, par hasard. Le 17 juin 1972, j’assiste à Colombes à un match de boxe important : Carlos Monzon contre Jean-Claude Bouttier. Alors que je suis installé près du ring, un homme avec un Stetson sur la tête s’assied à ma droite et me salue. C’est Melville.

Ce soir-là, j’oublie nos vieilles querelles dans la joie de le retrouver. Je l’aime bien et le respecte infiniment. D’ailleurs, mon avis sur son talent n’a jamais varié. Pour moi, c’est un grand, et ses films sont à sa taille. Réconciliés dans la chaleur d’une salle de boxe, nous nous promettons de retravailler ensemble. Nous rions. Tout est bien qui finit bien. Ou presque : un an plus tard, il nous quitte. Dans les bras de Philippe Labro, son premier admirateur, son fils adoptif.

Après les psychodrames de L’Aîné des Ferchaux, je ne suis pas mécontent de prendre la route de la Camargue pour rejoindre les copains que j’ai proposés pour jouer avec moi sur un scénario de Claude Sautet et Marcel Ophuls, lequel réalise. Il s’agit d’une comédie, Peau de banane, qui raconte comment une femme fait appel à son ex-mari pour arnaquer des escrocs.

Une partie de la bande a répondu à l’appel : Henri Poirier, Jeanne Moreau, Claude Brasseur et mon complice inséparable, Jean-Pierre Marielle. Nous commençons par loger dans un hôtel de Martigues dont le directeur se prend rapidement à nous haïr. J’avoue que nous œuvrons ardemment à provoquer son ressentiment en créant un joyeux et permanent bordel dans ses murs. Comme il manque quelque peu d’humour, il finit par se fâcher très fort et monte sur le toit de sa bâtisse avec son fusil de chasse. N’étant pas sûrs de ses intentions, nous optons pour le repli. Derrière une cheminée !

Aux Saintes-Maries-de-la-Mer, le patron de l’hôtel Les Amphores accepte plus facilement notre allégresse excessive. Le soir, pour le récompenser de son indulgence, nous improvisons de petits spectacles de music-hall bouffon. J’imite avec plaisir Louis Armstrong tandis que Jeanne fait Ella Fitzgerald. Je m’amuse aussi à intervertir le mobilier de deux étages de l’hôtel de façon à en égarer les clients. Entre deux bêtises, nous achevons Peau de banane, et je prépare une fête pour l’anniversaire de mes trente ans, le 9 avril 1963.

C’est Maxim’s que je choisis, puisque rien n’est sacré, pour rassembler les potes. J’ai compris, en outre, que les lieux les plus onéreux ne sont pas les moins tolérants. L’orchestre du célèbre restaurant a même consenti pour me satisfaire à jouer la partition élaborée de « Tiens, voilà du boudin ».

La soirée et l’ivresse courant à notre perte, Michel Beaune, Jean-Pierre Marielle et moi sortons de chez Maxim’s. Je venais de leur vanter les qualités de mon nouveau bijou automobile, une magnifique Daimler garée devant, mais ils souhaitaient juger sur pièce. Je leur fais faire le tour du propriétaire en oubliant le coffre. Ils demandent à le découvrir, afin de soi-disant vérifier sa capacité d’accueil.

Au moment où, impérial, je l’ouvre en grand, ils en profitent pour m’attraper, me jeter dedans et le fermer, malgré mes cris affaiblis par mon rire. Je sais que les deux lascars ne vont pas s’arrêter là — je les connais. Et, en effet, ils démarrent tout en se moquant de moi. Je sens que nous tournons place de la Concorde et prenons sur notre droite l’avenue des Champs-Élysées. Que j’ai donc entièrement remontée, dans le coffre de ma Daimler, en chien de fusil, mais hilare.

En tout cas, au début. Ce qui a consommé beaucoup du peu d’oxygène disponible dans cette boîte hermétique. Au bout de quelques minutes, je commence à étouffer. Aucun moyen d’en faire part aux rieurs.

Le tour a duré une dizaine de minutes ; davantage m’aurait tué. Quand ils ont ouvert le coffre, garé à nouveau devant chez Maxim’s, j’étais agonisant. J’avais respiré tant de monoxyde de carbone que j’avais viré au vert et me trouvais proche d’un empoisonnement mortel. Les copains étaient quand même emmerdés d’avoir failli me tuer le jour de mon anniversaire.

Hélas, ce n’est pas cet épisode burlesque que les médias ont relayé dans leurs pages, mais un autre, aussi surprenant, quoique moins drôle, survenu une dizaine de jours après mon anniversaire.

Nous roulons tranquillement dans les rues de Boulogne-Billancourt, avec mes camarades Maurice Auzel et Dominique Zardi, quand nous apercevons à un croisement un type sur la chaussée, allongé, une moto couchée elle aussi, et une voiture garée n’importe comment à côté. Nous nous arrêtons pour porter secours à la victime. Qui n’est pas brillante — ni le chauffard, d’ailleurs : il pleure toutes les larmes de son corps, assis sur la chaussée.

Dans un bistrot voisin, je me presse d’appeler la police. Qui, elle, ne se dépêche pas. Quand la fourgonnette apparaît enfin, l’attroupement autour de la scène de l’accident a grossi et ses récriminations contre la lenteur et la paresse des flics, aussi. Alors qu’ils auraient pu se pointer en sauveurs, ils se présentent immédiatement en ennemis. L’un d’eux n’a pas encore mis le pied à terre qu’il me jette un expéditif : « Ta gueule ! » Je n’ai rien dit de spécial, je suis plus calme que la plupart des individus présents. Et mes mains dans les poches prouvent mes intentions pacifiques. Mais je ne suis pas non plus un saint, et j’ai l’habitude de répondre aux grossièretés, de ne pas me laisser insulter sans moufter. J’ai juste le temps d’émettre un passionnant : « La tienne ! Remonte dans ton fourgon ! », que je ressens une douleur fulgurante à l’arrière de la tête où l’on vient de m’assener un coup. Je tombe aussitôt KO, inconscient.

Je me suis à moitié réveillé dans la camionnette de police qui m’emmenait à l’hôpital. Mais, là, ils n’ont pas voulu me prendre en charge ; alors j’ai fini dans une cellule avec les bourrés du vendredi soir et mes copains qui jouaient pour de vrai, très inquiets pour moi, aux infirmières. Il faut dire que je me sentais proche de la mort, tant je souffrais.

J’ai finalement sombré dans le coma au son de la voix de mes acolytes qui suppliaient les gardiens de faire venir un médecin pour « Jean-Paul Belmondo, la vedette du cinéma ». Et eux de répondre : « C’est ça ! Et moi, je suis le shah d’Iran ! »

Le lendemain soir, mon avocat a réussi à nous faire sortir et, dès que j’ai été remis, j’ai accepté de répondre aux questions des journalistes sur mes mésaventures.

Le procès, lui, nous a déclarés ex aequo, match nul. Nous avons eu la même amende à payer. Entre-temps, j’ai offert quelques saynètes au tribunal :

« C’est parce que vous jouez les gangsters que vous vous autorisez de tels comportements ?

– Écoutez, madame, j’ai joué Léon Morin, prêtre, et je n’ai plus envie de donner l’extrême-onction à qui que ce soit ! »

La brutalité des poulets m’avait mis hors de moi, parce qu’elle me rappelait celle de l’adjudant casseur de nez et qu’elle était déloyale. Mes poings dans les poches, je n’étais pas prêt à me défendre contre un lâche qui attaque par-derrière.

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