La Paysanne Pervertie ou Les Dangers De La Ville
- Автор: Bretonne Nicolas-Edme Retif de la
- Язык: французский
- Жанр: Классическая проза
Электронная книга - «La Paysanne Pervertie ou Les Dangers De La Ville». Краткое содержание книги:
Voilà bien ses vrais sentiments; et j’en suis très aise; car j’aime mieux devoir son amitié à Edmond, qu’à toute autre cause: je serais d’ailleurs charmée que Mlle Fanchette fût un jour notre sœur; je t’avouerai que je l’aimerais mieux que la défunte, et parce que c’est la sœur de Mme Parangon, et parce qu’il y avait dans l’autre quelque chose qui répugnait à la délicatesse. Ici au contraire, c’est tout honneur et profit; car Fanchette sera riche: enfin, puisque Edmond ne peut pas être le mari de la chère Mme Parangon, il faut qu’il soit son frère. En mon particulier, je ne l’oublie pas auprès de la petite Fanchette; je lui peins tout le monde en laid hors Edmond; et comme sa sœur me seconde, elle me croit autant que je puis désirer d’être crue. Ainsi, ma chère sœur, tu vois que cet attachement pour notre cher frère, dans une femme aussi vertueuse que Mme Parangon, n’aura aucune mauvaise suite, et qu’au contraire, il en aura de très bonnes pour lui et pour moi; ce qui, vu le bien que vous nous voulez tous, doit vous faire le plus grand plaisir; et ce n’est qu’à cette intention que je te le marque. L’écrit copié n’est aussi que pour te donner de bonnes preuves de ce que je dis, et te montrer l’extrême confiance que j’ai en ta discrétion; te priant, après l’avoir lu, de me le renvoyer, pour que je le garde précieusement.
À présent, il faut parler de moi. Je t’avouerai que je suis un peu curieuse; c’est ce qui fait que je sais bien des petites choses qu’on ne se doute pas que je sache. Telle est par exemple la recherche de M. H…, le conseiller: j’entendais hier Mme Parangon qui parlait de lui à sa tante, et qui lui disait qu’elle avait refusé un très joli présent qu’il voulait m’envoyer; et qu’il m’avait écrit une lettre, qu’elle avait d’abord acceptée, mais que tout considéré, il ne fallait pas que je visse; parce qu’on ne savait pas ce qui pouvait arriver; qu’un homme de cette condition-là, pouvait se retirer, ce qui donnait toujours des chagrins à une fille, et qu’elle voudrait pouvoir me les éviter tous. Mme Canon l’a bien louée de sa prudence! Et moi, tout bas, je l’ai remerciée de ses excellents sentiments à mon égard; ils marquent tant d’amitié, que j’en étais attendrie. Mme Canon a demandé à voir la lettre, et elle a cherché ses lunettes pour la lire: mais ne les trouvant pas assez vite, elle a prié sa nièce de la lire elle-même. Et voici ce que j’en ai retenu.
Lettre du Conseiller, à Ursule.
Mademoiselle,
Quoique je sois un inconnu pour vous, je viens d’obtenir de Mme Parangon la permission de vous écrire deux mots: cette respectable dame, à qui vous êtes si chère, connaît mes sentiments, et elle s’est chargée d’être mon interprète auprès de vous: si donc j’écris, c’est pour vous rendre mon hommage en personne, et vous exprimer d’une manière exempte de tout soupçon d’adulation, l’estime et le respect que vous m’avez inspirés. L’une et l’autre sont l’effet d’une impression durable, et telle que vous devez la faire sur tous ceux qui ont le bonheur de vous approcher, puisque l’absence n’a contribué qu’à la creuser davantage. C’est à l’honneur de vous obtenir pour compagne de mon sort que j’aspire.