Les eunuques ne sont jamais chauves
- Автор: Дар Фредерик
- Серия: Le Commissaire San-Antonio #164
- Год: 2005
- Язык: французский
- Год: Éditions Fleuve Noir
- ISBN: 2-265-08101-9
- Жанр: Иронические детективы
Электронная книга - «Les eunuques ne sont jamais chauves». Краткое содержание книги:
Il pleut des morts !
Partout le danger !
D'accord, je baise énormément pour pouvoir conserver le moral, n'empêche que je traverse une zone à hauts risques davantage semée d'embûches que la place de la Concorde.
Là où je vais, si tu veux revoir Paris, faut ouvrir l'œil et serrer les miches.
Seulement moi, tu me connais ?
C'est les poings que je serre et la porte de devant de mon bénard que j'ouvre.
En grand !
C'est bon pour la ventilation de mes aumônières.
Voici cet étrange tandem au sol, pêle-mêle. L’homme geint sourdement.
— A quoi qu’y joue, c’branque ? demande l’ingénu Bérurier fils.
— Va-t’en savoir, éludé-je en me remettant droit sur mes pattes de derrière, initiative fâcheuse que prit un jour un singe qui allait devenir notre grand-papa.
— Dis, tonton, c’est pas ta bagnole qu’est à côté de la cabane ?
— En effet, mon petit loup.
— T’es venu la chercher ?
— Tu as tout compris.
— Tu veux qu’j’vais mett’ nos valdingues dedans ? J’sus fort, tu sais.
— Bonne idée.
Il sort.
J’en profite pour faire le bilan de cette action ahurissante.
Celui-ci n’est pas laubé !
Ma pseudo-Neuchâteloise est cannée, pralinée involontairement par son équipier. Ce dernier agonise avec une broche dans le tiroir-caisse, ce qui le gêne considérablement pour lacer ses pompes. Le général Gheorghi Dobroujda ne reprend toujours pas conscience. D’après ce qu’il a eu le temps de révéler à ses tourmenteurs, il ne sait pas où est le trésor du Shah. Tout ce qu’il est cap’ de bonnir c’est le blase du gazier que Ceauşescu aurait mandaté pour évacuer les cailloux.
Il faut absolument que l’homme aux entrailles dilatées me confie ce nom. Je ne me suis pas payé cette croisière pour du beurre rance ! Conclusion, je dois ranimer l’ami Gheorghi en grande priorité.
Alors je m’emploie de mon mieux. Dans les bouquins pour scouts boutonneux et adolescentes masturbées, une personne inanimée, toujours on lui « bassine les tempes » avec de l’eau. La tisane ne manque pas dans les Carpates. Je ne vais pas loin avant de dégauchir un ruisselet « murmureur ». J’y trempe mon mouchoir et reviens m’occuper du pauvre mec.
Mais ça n’a pas l’air de vouloir le ressusciter, un chiftir mouillé. Il émet un râle sourd dont je n’arrive pas à déterminer s’il lui vient de la gorge ou du pif. Peut-être des deux endroits à la fois ?
De guerre lasse, je me penche sur « le peintre ». M’empare de son porte-cartes. Il n’est pas helvète le moindre, mais luxembourgeois. Se nomme Éloi Dutalhion. A profession, il y a marqué « gérant de fortunes ». Tu parles ! Je ne lui confierais pas mes pauvres éconocroques ! Effectivement, il est domicilié en Suisse.
Je prends note de son identité. Sa compagne, qu’il a appelée Gerda est sans papelards.
Retour d’Apollon-Jules, en sueur, la bouille rougeoyante.
— Ça y est ! m’annonce-t-il. J’ai déménagé ; on s’en va ?
— Encore un petit moment, monsieur le bourreau.
— Comm’ tu voudreras. Mais si on partira pas tout d’sute, je retourne manger des fraises. Elles sont fameuses. L’aut’ jour, tonton Alfred, le coiffeur, est v’nu baiser Berthe à la maison. Y m’avait apporté une tarte z’aux fraises vachetement bonne. Eh ben, ceux d’ici sont plus meilleures.
Il se tait pour regarder le couple foudroyé.
— C’est eux qu’étaient z’à l’hôtel, hein ?
— En effet, luron !
Il demande, sans émotion :
— Y sont morts ?
— Plus ou moins.
Les trépassés n’ont jamais intimidé les Bérurier, gens de la terre, habitués à voir périr les saisons et les hommes. Le grand cycle de l’azote leur est familier. A la cambrousse, on décède comme on naît. Le village vient te dire adieu au lieu de bonjour et c’est à peine triste.
Apo se taille pour une nouvelle ventrée de fraises ; c’est pas que ça tienne au ventre : la preuve, les diététiciens t’engagent à remplacer la choucroute garnie par ces fruits, mais c’est mieux que rien.
Ces deux messieurs agonisent chacun de son côté. Le Luxembourgeois, avec son épieu dans la carcasse est à l’abri des vampires carpatiens. Le général, claque plus doucettement d’une mort outrageante, mutilante.
— Vous m’entendez, Dobroujda ?
Il entrouvre ses paupières brûlées.
— Reprenez-vous ! l’encouragé-je bêtement. Vos tourmenteurs sont morts ; je vais vous conduire dans un hôpital.
M’a-t-il entendu ? Et si oui, a-t-il déchiffré le sens de mes paroles ? T’avoueras que, crever de la sorte, c’est tristounet pour un général.
— Pardon de vous harceler, reprends-je, mais c’est d’une importance capitale. Il s’agit du trésor des Ceauşescu…
J’approche mes lèvres de son oreille :
— Faites un effort, mon ami, c’est pour une juste cause.
Ça me prend plus d’une heure, de patience et d’exhortations, mais il le fait.
TROISIÈME PARTIE
Y A UN NID DE BURNES
DANS LE POMMIER
28
IL S’ÉCLATE LES VARICES, ÉVARISTE
Ce fut un jeu d’enfant que de passer en Hongrie. A un douanier qui me réclamait le passeport d’Apo, je donnai un charmant billet de cent dollars qui allait lui permettre d’acquérir une maison de campagne et il se mit à réfléchir si fortement que j’atteignis Budapest avant qu’il ne soit sorti de sa rêverie.
Nous descendîmes à l’hôtel Kastra dont la façade donne sur un fleuve qui a toutes les chances d’être le Danube, et nous prîmes un bain dans une baignoire ronde qui aurait pu tenir lieu de piscine au roi Hussein de Jordanie. Ces ablutions de concert me permirent de constater que Bérurier fils était aussi généreusement membré que son excellent père ; je m’en réjouisis pour ce sympathique gamin.
Je pars en effet de l’idée qu’un homme doté d’un chibre opulent a davantage de chances de réussir dans la vie gueuse qu’est la nôtre, car il intéresse fatalement les dames, son aura de surpafé le précédant. Or, celui qui a le beau sexe de son côté possède le plus précieux des atouts.
Nous allâmes dîner au restaurant de l’hôtel où l’on nous servit bien entendu du goulasch arrosé d’un vin rouge qui frisait agréablement. J’adore la Hongrie, ce pays fait pour le malheur. Ses habitants, à force de baigner dans le sang pendant des siècles, ont fini par acquérir une touchante soumission à l’infortune.
A Budapest, les bâtiments — y compris les plus importants — ne sont pas vieux, la guerre qui détruit engendrant inévitablement la reconstruction. Ils ne sont pas très esthétiques non plus et visent au « kolossal ».
Le communisme a laissé place au gangstérisme, c’est pourquoi le peuple regrette le régime bolchevik. Ce qu’il a gagné en liberté, il l’a perdu en sécurité.
La chiasse de l’humanité, son nouveau péché originel, c’est le surnombre ; or non seulement il est irréversible, mais il ne fera que croître vertigineusement. L’homme est devenu intolérable à l’homme. Nous sommes notre propre chancre. Et t’as plus le moindre coinceteau où te planquer. La dernière cachette est celle de l’autruche. Alors foutons-nous le nez dans le cul si nous sommes assez souples, et laissons pisser les moutons de Panurge.
— Tonton Antoine, j’peuve reprend’ du gâteau n’à la crème ?
— Tu peux, mon neveu. Ensuite nous irons téléphoner à tes parents.
Le petit monstre se rembrunit :
— Oh ! non : pas déjà ! On s’marre bien, les deux !
Cet hommage spontané me touche. Je le contemple pendant qu’il s’empiffre. Par moments (et maintenant en est un), je me dis que je ne dois plus trop tarder à convoler si je veux m’assurer une descendance. Fastoche à dire, mais dans quels brancards m’atteler ?
Tout naturellement, le souvenir de Marie-Marie vient me tarauder l’âme. Où est-elle ? Que fait-elle ? Depuis sa carte de Noël dernier, nous sommes sans nouvelles. Quel porc se vautre sur elle, en ce moment ? Sale con d’Antoine ! Tu as laissé filer la chance de ton existence. Elle était née pour toi, se préparait à toi. Combien de fois lui as-tu promis de « sceller vos destins », comme disent les glandus emphatiques ? Toujours tu as renâclé au moment suprême. Alors la vie qui ne repasse pas les plats en a eu marre. Et la « Musaraigne » itou.